Ces organes qui sauvent des vies

Au moment où sort sur nos écrans Réparer les vivants, film interpellant sur le don d’organes, focus sur le succès des transplantations. Malgré des résultats de plus en plus satisfaisants et des campagnes de sensibilisation, entre 12 et 25 % des familles refusent le prélèvement d’organes.

Don d'organes ©Getty

La décision d’être un donneur d’organes reste un acte que de nombreux Belges ne posent pas encore. Pourtant, la vie d’un enfant ou d’un adulte est en jeu. Vous avez des doutes? Vous avez pourtant huit fois plus de chances d’être receveur que d’être donneur. À ce jour, la Belgique compte 238.346 personnes qui ont enregistré une déclaration de volonté expresse de faire un don d’organes: l’âge moyen d’un donneur est de 52 ans. Au-delà de ces chiffres, la sensibilisation commence à porter ses fruits. Le nombre de transplantations d’organes réalisées a augmenté de 15 % en 2015, pour atteindre 943 transplantations. Un ou plusieurs organes ont été prélevés sur 315 personnes décédées et 90 personnes en vie. Environ 180 greffes de foie sont réalisées par an sur notre  territoire, ainsi que 470 greffes de rein. 
Aujourd’hui, la liste d’attente s’est essentiellement  allongée pour les cœurs (+ 26 %) et les poumons (+ 24 %). Elle a diminué en ce qui concerne les reins (- 1 %), qui restent les organes les plus “demandés”. Malgré tout, le nombre de personnes en attente d’une transplantation se chiffre à plus de 1.276. Un chiffre qui pourrait diminuer lorsqu’on sait, comme le rappelait récemment l’expert en don d’organes du SPF Santé publique, Luc Colenbie, qu’“en moyenne 12 % des familles refusent le don d’organes pour leur proche décédé”. Pour de nombreux patients atteints d’affections chroniques irréversibles, la transplantation d’un organe est le dernier traitement possible.

Qui ne dit mot consent

Chez nous, la campagne Beldonor connaît chaque année un certain succès. Depuis plus de 15 ans, la Belgique se trouve parmi les trois premiers pays du monde avec entre 25 et 30 donneurs par million d’habitants. Ces résultats sont la conséquence de la loi belge de transplantation (qui ne dit mot consent), et de l’information de la population. L’allocation de ces organes est gérée par Eurotransplant, une fondation créée à Leiden (Pays-Bas) en 1967. Elle coordonne l’échange des organes disponibles en établissant la meilleure combinaison possible entre organes et receveurs  potentiels – 72 centres de transplantation dans 8 pays européens (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Allemagne, Autriche, Slovénie, Croatie et Hongrie). 
Quatre grands critères interviennent dans le choix du receveur: le résultat prévisible après transplantation (selon les paramètres du donneur et du receveur – groupe sanguin, type de tissu…), le degré d’urgence établi par les spécialistes, le temps d’attente et l’équilibre entre le nombre d’organes importés et exportés au niveau national. “Il est important de préciser que ce ne sont pas les médecins qui choisissent les patients transplantés, cela se fait sur la base d’un classement objectif et transparent”, détaille Marie-Hélène Delbouille, coordinatrice des transplantations au CHU Liège. Chaque année, près de 7.000 organes sont alloués par Eurotransplant alors que 16.000 personnes figurent sur la liste d’attente, tous organes confondus. 

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La réalité en fiction

Vingt-quatre heures de la “migration d’un cœur”, c’est la folle trajectoire que propose Réparer les vivants, adapté du best-seller de Maylis de Kerangal, 400.000 exemplaires écoulés en deux ans. Ce cœur, c’est celui de Simon Limbres en état de mort cérébrale dont d’autres organes (les reins, le foie et les poumons) vont être transplantés vers “d’autres provinces, d’autres corps”. Pour l’auteur, l’enjeu littéraire du livre a autant été de rendre plausible l’acte médical que d’explorer sa dimension quasi magique, puisque le cœur est investi dans nos sociétés d’une symbolique que n’ont pas les autres organes, comme “lieu de l’amour” notamment. Plongée scientifique dans les services médicaux, descriptif clinique du muscle-machine qu’il faut “pomper” ou “clamper”, processus narratif attentif à la chaîne globale du don d’organes ainsi qu’au cadre juridique hyper-précis des greffes…  Autant d’ingrédients de ce grand “roman de la transplantation” dont l’enjeu majeur reste tout d’abord celui de raconter une “tragédie inversée”, qui commence par l’accident. Le défi reste de taille lorsque la greffe se transpose à l’écran, mais avec d’autres outils. La réalisatrice Katell Quillévéré nous a confié ses inspirations visuelles, notamment du côté de la série The Knick créée par Steven Soderbergh (sur les débuts de la chirurgie moderne à New York) comme des films gore de David Cronenberg: “Quelle que soit l’époque, quand on ouvre un corps, la notion de transgression est hyper-puissante car on touche au sacré. La pulsion scopique est forte, comme si on pouvait soudain voir au-delà. C’est la même pulsion qui anime le spectateur à travers une attraction/répulsion pour ce qu’il voit” confie celle qui a aussi souhaité se “décoller du réel” avec le film. “On a voulu styliser le bloc opératoire et apporter la distance nécessaire qui nous aide à regarder la réalité en face, ça paraît vrai mais c’est en fait très sophistiqué dans la mise en scène. La couleur des blouses n’existe pas, on est plus proche de la peinture du Caravage que de la lumière réelle du bloc”, poursuit-elle. Pour autant, Réparer les vivants est-il un manifeste pour le don d’organes? Si le film peut remuer, il invite plus à se poser des questions qu’à militer pour une cause, selon la cinéaste qui est devenue donneuse après le film. L’acteur Bouli Lanners (qui joue un médecin urgentiste) parraine désormais une campagne de sensibilisation au don d’organes avec le CHU de Liège. Mais pour Katell Quillévéré (qui s’aligne sur la discrétion de Maylis de Kerangal à cet égard), le choix moral de la greffe reste “absolument intime et personnel”.

Juliette Goudot

 

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