Michael Kiwanuka fait décoller le Trix

L'Anglais est venu présenter son petit dernier jeudi soir. Entre sincérité soul et envolées rock. Débriefing de ce mélange bourbon-acide.

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Il est arrivé comme « Love & Hate », son dernier album, discrètement. Son deuxième effort, restera sans doute comme l’un des disques de l’année et pourtant il est sorti au beau milieu d’un mois de juillet où la planète musique a traditionnellement les oreilles plus tendues vers les plaines des festivals de l’été que vers les bacs. C’est, cette fois-ci, dans la banalité d’un jeudi soir de novembre qu’il est revenu le présenter. Dans un Trix bien rempli mais pas plein à craquer où quelques francophones ont tout de même fait le déplacement jusqu’Anvers pour écouter sa voix éraillée. Ils n’ont pas été déçus de cette petite heure et demie passée en sa compagnie.

Il a commencé comme son chef-d’oeuvre, par Cold Little Heart, titre d’ouverture de son dix pistes. Quelques nappes distillées par son claviériste, histoire de planter le décor. Puis une longue intro à la guitare lancinante qui renvoye à d’autres temps, ceux où les guitares héros régnaient encore sur les charts. Cinq minutes d’un décollage fabuleux pour lancer Air Kiwanuka. Un A380? Un Concorde? Un F16? Non, une fusée qui fend les nuages, perce ce qu’il reste de la couche d’ozone avant de quitter l’atmosphère. Le moment est venu d’ajouter des mots sur sa montée sublime.  « Did you ever wanted? » « Did you wanted bad? » Le chant précieux du fils d’immigré ougandais s’échappe. Le capitaine vous parle, il fixe l’altitude. Contrairement à l’hyperespace d’Interstellar et Gravity, il ne fait pas froid dans l’univers de Michaël Kiwanuka, bien au contraire. Sa présence réchauffe une salle sympathique mais aux murs noirs et bruts. Sans cérémonial, il enfile les perles de sa dernière création  (Falling, Black Man In a White World, One More Night, I’ll never Love,…) et enchaine les guitares qu’un roadie – qui aura bien mérité sa paie – vient lui apporter toutes les deux chansons maximum. Acoustique et électrique, rock et soul, Michael fait le tour de sa galaxie riche et bien équilibrée. L’album ne s’appelle pas « Love & Hate » pour rien…

Seul bémol de l’odyssée, l’absence de choristes qui ampute un peu de magie à certains morceaux, notamment Rule The World. Il n’y avait visiblement plus de place dans la soucoupe qui embarquait déjà guitariste, claviériste, bassiste, batteur et percussionniste. Habité dans la performance, l’homme noir dans un monde de blancs n’a pas la même aisance quand les chansons viennent à mourir. Quelques Thank you timides pour remercier l’audience mais pas davantage. « Je suis plutôt discret mais je m’amuse beaucoup ne vous inquiétez pas » rassure-t-il presque en s’excusant. Il est déjà tout pardonné. Ce qu’il a à dire se trouve au coeur de ses textes directs et doux et puissants à la fois. Après avoir offert presque tout son trésor, il annonce sa dernière chanson à la déception générale. Devant la tristesse qu’il vient de provoquer, le vrai gentil se ravise à moitié et promet d’autres morceaux en échange d’un peu de bruit. Deal. Le fils spirituel d’Otis Reading revient pour tirer sa révérence. Sur Home Again, titre d’éponyme d’un premier album qui lui avait valu d’être désigné Best New Sound 2012 par la BBC. Puis avec Love & Hate, enfin. Malgré l’absence des choeurs, l’atterrissage est sublime. Comme une descente en parachute, on profite de chaque note tout en sachant qu’elle nous rapproche inexorablement de la terre ferme. Voilà, ça y est, c’est fini, dernier merci, dernier signe de la main, l’homme est parti comme il est. Simplement.

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