La pédagogie active: dernier bidule néo-bobo ou vraie révolution ?

Les lois naturelles de l’enfant, le livre polémique d’une jeune pédagogue française relance le débat sur l’enseignement. Son credo: une démarche de pédagogie active pour donner le goût d’apprendre, justifiée par les neurosciences. 

Education, pédagogie active_Reporters

Le décor: une classe de maternelle, école taguée Zone d’éducation prioritaire (ZEP), à Gennevilliers, dans la banlieue parisienne. 27 enfants de 3 à 5 ans interagissent calmement, se parlent respectueusement, s’entraident, se concentrent sur des activités d’apprentissage, seuls, en petits groupes, ou en individuel avec leur institutrice. L’activité finie, les kids rangent le matériel soigneusement.
Quand l’heure de la récré sonne, les petits n’ont pas envie de sortir. Dans cette classe, tous les élèves de 5 ans, certains de 4, dominent la lecture et les 4 opérations arithmétiques. Trop beau pour être vrai? En 2011, Céline Alvarez, agrégation en poche, obtient de l’Éducation nationale française l’autorisation de lancer un projet pilote basé, avec l’aide du matériel pédagogique de Maria Montessori, sur une synthèse des grands principes scientifiques qui sous-tendent les processus d’acquisition des connaissances et l’épanouissement des enfants: les lois naturelles de l’apprentissage. Des tests valident chaque fin d’année le niveau des enfants: les résultats sont bluffants. 

Dans son livre Les lois naturelles de l’enfant paru à la rentrée, Céline Alvarez revient sur l’expérience de Gennevilliers. La lecture du livre laisse éberlué, tant elle remet en cause nombre d’idées reçues et synthétise brillamment en une démarche globale plusieurs approches actuelles. On est ému, souvent, ou fasciné par la logique et la rigueur du travail de la linguiste et chercheuse: activer les leviers naturels, intrinsèques à l’enfant en lui fournissant un environnement stimulant, quelle évidence! Enthousiastes, reconnaissants, des milliers d’enseignants sont d’ailleurs en train de se rallier au mouvement initié par Alvarez. Il fait tache d’huile en France et ailleurs. Les critiques surgissent dans le même temps, pas tendres. 

Une autonomie accompagnée et structurée

C’est que la démarche Alvarez reflète à chaque page en miroir les faillites et les manques du système scolaire actuel, sinon de la société dans son ensemble. Organisation horizontale égalitaire de l’éducation plutôt que verticale hiérarchique; développement des connaissances – mais aussi de qualités sociales et morales – plutôt que système compétiteur; respect des rythmes individuels, émergence d’un esprit critique chez l’enfant, etc. Bref, de quoi irriter certains profs, et les institutions, qui ont retiré leurs subsides à la chercheuse au bout de la troisième année. L’expérience aurait-elle trop bien réussi? Remet-elle de façon trop flagrante le système actuel en cause, qui, en France comme Belgique, laisse toujours un nombre important d’élèves sur le carreau? 
Pourtant, la démarche d’Alvarez s’appuie sur les travaux de certains de ses prédécesseurs. Et pas des plus récents. Ceux du médecin Jean Itard, par exemple, qui, dès le 18e siècle, avait énoncé les grands mécanismes d’apprentissage naturel. Des recherches poursuivies ensuite par Édouard Seguin, puis développées par la première femme médecin italienne, Maria Montessori. Cette dernière crée en 1907 les “maisons d’enfants”.  Elles regroupent une quarantaine d’élèves de 3 à 6 ans.

Principe pédagogique: l’autonomie accompagnée et structurée. Les enfants choisissent eux-mêmes leurs activités, mais pas n’importe lesquelles. On est loin du lieu commun d’absence de structure, du “je fais ce que je veux” anarchique reproché à la pédagogie active des années 70. La célèbre médecin met également au point un matériel pédagogique très ciblé: tiroirs à géométrie, tableau des nombres, système de barrettes de perles, lattes rouges, etc. dont la réussite a été validée. Opposée à la fin de sa vie à une certaine sacralisation de son matériel (aujourd’hui, le label Montessori apposé sur n’importe quel jouet, en bois de préférence, sert surtout à des fins commerciales), Montessori encourageait au contraire à compléter ou modifier ses conclusions en fonction des nouvelles connaissances. Céline Alvarez a suivi son conseil, enrichissant pendant sept années les découvertes montessoriennes grâce aux connaissance scientifiques actuelles.

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