Les algorithmes, la nouvelle dictature

Enseignement, justice, santé, crédit, sexualité… Non contents de nous réduire à de vulgaires données, ils régissent aujourd’hui notre quotidien. Et même notre liberté de penser? 

Algorithmes - Big Data - Kanar - Dossier

Serait-ce l’amiante du 21e siècle, les nouvelles particules fines? Invisibles à l’œil nu, les algorithmes trustent notre vie quotidienne, bousculent nos agendas et même nos relations. C’est que ces équations mathématiques nous promettent monts et merveilles et nous les servent même sur un plateau d’argent. L’algorithme du moteur de recherche Google trouve gratuitement l’info recherchée en quelques nanosecondes, celui de Wikipédia corrige automatiquement ses anachronismes et celui d’Amazon vous recommande un auteur parce qu’il a détecté que vous avez lu d’une traite son dernier e-book. Cool. Mais on le sait, la plus grosse révolution en cours concerne moins ces algorithmes eux-mêmes que la mise à disposition de nos données, d’une ampleur inédite.
Le Net, les réseaux sociaux ou les objets connectés fournissant à ces algorithmes d’apprentissage une quantité invraisemblable d’informations – de plus en plus sensibles – dont ils peuvent s’enrichir pour fonctionner de mieux en mieux et de plus en plus vite. “Il y a dix ans, explique Hugues Bersini, professeur d’informatique à l’ULB et codirecteur du labo IRIDIA dédié à l’intelligence artificielle, les systèmes de reconnaissance faciale, par exemple, fonctionnaient très mal car ils avaient à peine accès à cinq photos de vous, dont une avec un chapeau et une autre prise de loin. Aujourd’hui, avec l’omniprésence des caméras et des réseaux sociaux, ils en ont 5.000. De quoi vous reconnaître partout et en tout temps.”

Ces forces binaires obscures

Des algorithmes toujours plus efficaces dont l’un des revers serait de façonner notre façon de penser, voire de nous empêcher de penser. À tel point que les experts les plus sérieux accusent aujourd’hui l’intelligence artificielle de Google d’avoir influencé, et même provoqué… le Brexit. Le numéro un des moteurs de recherche filtrant ses résultats en fonction des affinités de chaque utilisateur. En tapant “nucléaire”, par exemple, un internaute se verra proposer en tête de page d’investir dans un fonds dédié alors qu’un autre tombera sur des sites écologiques totalement opposés à ce type d’énergie. 

Intimité Google - Kanar - Dossier

Les geeks addicts aux réseaux sociaux ne sont donc pas les seuls à subir l’emprise de ces forces binaires obscures. Boostés par ce cumulonimbus de données et par la puissance des ordinateurs actuels, ces algorithmes gouvernent le monde de la finance ou de l’assurance et supplantent même aujourd’hui les pouvoirs publics dans leurs fonctions régaliennes. De ces algorithmes de police prédictive qui arriveraient à détecter des délits avant qu’ils ne soient commis à ceux utilisés aujourd’hui par la justice pour évaluer le risque de récidive d’un condamné. Même l’attribution des écoles est aujourd’hui décidée par ces robots. Autant de preuves de l’émergence de ce qu’on appelle désormais la gouvernance algorithmique? Les quelques débats qui osent aborder le sujet sont en tout cas le théâtre d’échanges de plus en plus houleux entre ingénieurs, philosophes et juristes.

Pour découvrir l’intégralité de notre dossier, composé d’un entretien avec le philosophe Luc de Brabandere, et d’un article qui retrace d’heure en heure l’emprise qu’ont les algorithmes sur nous, rendez-vous dans Moustique ce mercredi ou sur notre édition numérique

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