Farid le Fou: « Depuis le début de ma grève de la soif, j’ai perdu plus de 11 kilos, mais le médecin ne vient pas me voir »

Depuis sa cellule, le plus célèbre des détenus belges a expliqué à Moustique les raisons de son geste désespéré.

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Il s’appelle Farid Bamouhammad, mais pour beaucoup il est, tout simplement, « le fou ». Une réputation qui lui vient de son enfance, de ce temps, où, retiré à la garde de ses parents violents et alcooliques, il se retrouva dans les institutions du Juge de la Jeunesse, à la merci des plus grands. Le petit garçon de 8 ans n’eut très vite, pour tenter de protéger son intégrité, comme possibilité que d’afficher un comportement ultra-violent et imprévisible. Triste choix des armes. Un choix qui le poursuivra pendant toute sa vie et qui se doubla vite d’une détestation de l’autorité. Ainsi, l’enfant, qui fuguait des centres fermés pour revenir chez lui protéger sa mère des coups de son père, a vite associé les policiers qui l’arrêtaient, à des « complices » de la violence paternelle. A l’âge de raison, l’autorité était, pour lui, synonyme d’injustice. Devenu adulte, cette rébellion alliée à l’imprévisibilité de son comportement l’a amené à devenir la bête noire des gardiens de prison. Entraînant un cercle vicieux, de révoltes d’un côté et de punitions de l’autre. Les passages à tabac succédaient aux agressions. Ce cercle infernal culmina lorsque « Farid le Fou » se retrouva, pendant des mois, menotté et suspendu par les bras, au milieu de ses déjections, à l’ombre d’un cachot. Pour autant, « le Fou » n’est pas un saint. Il a tué un homme, effectué des prises d’otage, séquestré. On pourrait avancer que l’homme qu’il a tué avait violé sa compagne, et que les prises d’otages et les séquestrations assouvissaient le désir de voir sa fille. Mais ça n’excuse pas tout : on ne se rend pas justice soi-même. « Je comprends que ma réputation guide les réactions à mon égards et puis, c’est vrai, je suis capable de violences. Mais, elles ont été provoquées, ces violences. Et elles le sont toujours, même ici, à Leuze, même depuis que je suis en grève de la faim et de la soif. Vous pensez qu’il me propose de manger quelque chose ou de boire quelque chose ? Même si je fais la grève, ils doivent me proposer un repas, car je pourrais changer d’avis. Et bien, cela fait 3 jours qu’ils ne le font pas ». 

Privé des visites et incapable de marcher

Farid Bamouhammad a été transféré il y a quelques semaines de Huy – où il pouvait recevoir la visite de sa compagne liégeoise et de ses enfants – à la nouvelle prison de Leuze, distante de 150 kilomètres. Il y voit une énième provocation, une dernière façon de le « casser » un peu plus. « La Cour Européenne des droits de l’Homme a rendu un jugement sur ma situation qui condamne ces transferts incessants – j’en suis à plus de 85 – et les qualifient de traitements inhumains et dégradants. Mais l’administration pénitentiaire n’en a rien à faire. J’ai eu beau faire calmement savoir qu’ils n’avaient pas le droit de me balader comme ça d’une prison à l’autre, sans raison, ça n’a rien changé. Alors, il ne me reste plus qu’une seule arme : ne pas boire, ne pas manger. Mais, là encore, je crains qu’ils ne veuillent parvenir à leur objectif : me « casser » définitivement. Faire en sorte que je meure. Vous croyez que j’exagère, que je suis parano ? Une infirmière vient me peser tous les jours et depuis mercredi dernier lorsque j’ai commencé ma grève, j’ai perdu 11,5 kilos. Pourtant le médecin n’est plus venu me voir depuis 3 jours. On me répond que si j’ai envie de le voir, je n’ai qu’à me déplacer. Mais, je ne suis plus capable de marcher et ils le savent très bien… ».

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