Le vrai coût des études

Frais de scolarité en hausse, prêts étudiants à taux indécents, parents surendettés. À l’aube de la plus grande réforme scolaire depuis les années 70, focus sur le véritable prix de l’excellence.

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Vice-recteur aux affaires étudiantes, Jean-Michel De Waele dresse un constat alarmant: “Si on en faisait un film, on dirait qu’on a exagéré”. Les demandes de bourses et autres aides sociales explosent. En dix ans, le nombre d’étudiants qui font appel au CPAS a ainsi bondi de 125 % en Wallonie et de plus de 200 % à Bruxelles. Au point de (re)faire de l’argent un facteur essentiel d’inégalités scolaires? “Outre ceux qui émargent au CPAS ou ceux qui préfèrent cacher leur précarité, un étudiant de l’ULB sur quatre demande une aide sociale. Il y a davantage de dossiers et les demandes sont de plus en plus lourdes.” Il faut dire que le coût d’une année d’étude en Belgique est lui aussi de plus en plus élevé. Selon que l’étudiant loge en kot ou chez ses parents, il leur (ou lui) en coûtera en moyenne entre 1.500 et 6.000 euros par an. En intégrant la totalité des dépenses d’un étudiant universitaire (minerval, logement, syllabus, alimentation, loisirs…), l’ULg arrive même au montant de 10.000 euros  annuels. Un couple issu de la classe moyenne avec deux enfants à l’université y consacrera donc la moitié de ses revenus. 

Un boom des frais de scolarité dont on ne compte plus les répercussions. Selon le dernier coup de sonde du prestataire de services RH Randstad, le nombre d’étudiants exerçant une activité rémunérée pendant l’année scolaire a ainsi presque doublé par rapport à la première enquête de 2004. Aujourd’hui, plus d’un étudiant sur deux travaille pour payer ses études. Une précarité qui en appelle une autre. Malgré les quelques assouplissements de la réglementation sur le travail étudiant et le renforcement de la lutte contre la fraude sociale,      18 % des étudiants affirment qu’ils bossent sans avoir le moindre contrat. “On remarque bien cette tendance via la présence au cours, poursuit Jean-Michel De Waele. De plus en plus de jeunes écrivent en effet à leur professeur pour s’excuser de ne pas participer à tel séminaire ou tels travaux pratiques parce qu’ils doivent travailler pour payer leur loyer et leur nourriture.”

Ce qui n’est heureusement pas encore le cas dans    l’enseignement obligatoire. Quoique, là aussi, les frais de scolarité ne soient plus ce qu’ils étaient. En moyenne, une année scolaire coûte 1.225 euros dans le primaire et plus de 1.500 euros dans le secondaire, selon la dernière enquête menée par la Ligue des Familles. Un constat d’autant plus interpellant que certains frais   normalement interdits (la vente du journal de classe, la location de la salle de gym ou le forfait “frais administratifs”, par exemple) continuent d’être demandés aux parents. Des parents de plus en plus sur la corde. Un ménage sur quatre indique d’ailleurs que la scolarité de son ou de ses enfants l’a obligé à rogner sur certaines dépenses de la famille. Tandis qu’un parent sur dix admet avoir sollicité une aide financière auprès d’un proche pour faire face aux dépenses scolaires. Alors que la Constitution belge et la Convention internationale des Droits de l’enfant garantissent pourtant la gratuité de l’enseignement…

À l’heure du Pacte d’excellence – le plus gros chantier depuis celui du rénové dans les années 70 -, doit-on craindre une nouvelle envolée de ces frais de scolarité? L’État sera-t-il en mesure, comme il le promet, d’inscrire cet éventail de réformes (lire ci-dessous) dans une neutralité budgétaire? Débarquée au pupitre de ministre de l’Enseignement en remplacement de Joëlle Milquet    (inculpée pour “prise illégale d’intérêt” dans le dossier concernant certains employés de son cabinet), la CDH Marie-Martine Schyns aura-t-elle les épaules assez      larges pour faire atterrir ce Pacte? Rencontre avec cet ex-prof de français, de religion et d’histoire.

La suite du dossier dans le Moustique du 21 septembre 2016

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