Politique: Les gens en ont-ils soupé le dimanche midi?

La formule des Décodeurs a brouillé les téléspectateurs avec le traditionnel débat du week-end. Avec À votre avis, Sacha Daout tentera de réconcilier chiffres d’audience et politiciens du dimanche.

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Quelqu’un, au dernier étage de la maison Reyers, où siège la direction de la RTBF, doit en ce moment même contempler la citation de Boileau placardée au mur de son bureau: “Sans perdre courage, vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. Ajoutez quelque fois, et souvent effacez…”. Peut-être aussi murmure-t-il une prière, histoire de mettre la Providence de son côté. C’est que l’avenir de la sacro-sainte case politique dominicale de la chaîne publique est en jeu: l’année dernière, l’audience des Décodeurs, qui devait dépoussiérer Mise au Point, stagnait sous la barre des 100.000 téléspectateurs en moyenne.
Du métier, Sacha Daout, chargé de reprendre les choses en main, en a à revendre, lui qui a pratiqué l’actu sous toutes ses facettes (journalisme de terrain, édition web, production du JT – avant un bref passage à la direction de la communication du Standard de Liège). Mais il a aussi quelques idées pour que sa nouvelle formule, À votre avis, qui débutera le dimanche 18, endigue les départs des fidèles. Et en convertisse de nouveaux. 
Débattre de politique, faire parler les élus, le dimanche midi sur la Une, n’est-ce pas devenu mission impossible? 
Sacha Daout – Je ne le vois pas comme ça. Parce que le dimanche 4 septembre, on a eu 120.000 téléspectateurs à l’occasion du débat sur la fermeture de Caterpillar. C’était tout à fait improvisé, il n’y a pas eu de promo et sur le plateau, il y a avait des témoignages de terrain, du débat… et des politiques. Je ne pense pas que les gens en aient soupé des débats dominicaux. D’ailleurs, si c’était le cas, je n’aurais pas accepté la proposition. En fait, je vais même prendre votre question à rebrousse-poil. Je crois qu’il faut justement mettre l’accent, dans la présentation de l’émission, sur son aspect le plus politique. 
Pourtant, depuis plusieurs années, beaucoup d’émissions de société ont plutôt joué la carte conso pour faire de l’audience. La RTBF l’a d’ailleurs très bien fait avec les Pigeons, par exemple, dans cette autre case problématique qu’était l’access prime time…
S.D. – J’en suis bien conscient, mais je suis convaincu qu’il y a encore une attente du public pour une émission qui donnerait sa vraie place au débat. Parce que, justement, par le passé, on l’a peut-être un peu noyé dans des dispositifs qui mêlaient société, culture, sport, etc. Et on a trop bousculé les téléspectateurs de cette case-là dans leurs habitudes, à savoir un débat politicien, au sens noble du terme, en direct, sur des sujets sensibles du moment. Ce sont des valeurs anciennes, mais on assiste à leur retour aussi sur les télés françaises ou italiennes, où, en remodelant la forme, on a rendu la parole aux politiques.
Justement, comment renouveler un format aussi éculé que le débat politique télévisé? 
S.D. – Pourquoi pas en renouvelant aussi les invités… Contrairement à certains, je ne pense pas que le paysage politique belge est trop limité pour avoir des invités de qualité et variés toute les semaines. À charge du public d’accepter de nouveaux intervenants, lui dont on dit qu’il ne veut que des visages connus. Notre objectif, ce n’est pas une foire d’empoigne hebdomadaire avec quelques bons clients, mais développer une réflexion de fond avec des intervenants de qualité, même si sur tel ou tel sujet particulier, ce ne sont pas les plus familiers. Ça, ce serait une belle réussite en matière de service public: remettre les hommes et les femmes politiques au cœur d’un débat, dans ce lieu peut-être un peu délaissé qu’est la case du dimanche midi, où ils pourraient retrouver le public.
Les politiques ont-ils une influence – ou voudraient-ils en exercer une – sur le format des émissions qui les accueillent?
S.D. – Je ne l’ai jamais senti. Et même si on sait que certains seraient prêts à tout pour une minute d’antenne, j’ai plutôt l’impression que les ténors avaient tendance à déserter les plateaux du dimanche ces dernières années. Peut-être que les thèmes abordés dans ce qui relevait plus de talk shows, quelle que soit la chaîne, les ont éloignés et qu’ils n’y trouvaient plus leur réelle place.
Avez-vous apporté des modifications au projet initial?
S.D. – Certaines, oui. Je voulais que les questions posées dans l’émission soient claires et précisément identifiable à l’écran. Et que, tant qu’à faire, puisque ces questions sont visibles, que le public leur apporte une réponse, via les moyens les plus modernes. Ces avis aussi seront d’ailleurs visibles à l’écran. 
Réagirez-vous à l’avis du public durant le cours de l’émission? 
S.D. – Oui, il sera exploité et commenté pendant l’émission. On s’est fixé comme objectif de le faire à certains moment, dans les parties qui s’y prêteront le mieux. Et puis, dans le même ordre d’idée, nous allons chaque semaine inviter dans l’émission un jeune n’ayant pas encore eu l’occasion de voter. Il pourra évoquer certains aspects de sa vie devant une personnalité politique, pour autant qu’ils entrent dans sa sphère de compétence. 
Vous êtes-vous inspiré d’émissions étrangères? 
S.D. – Non, pas vraiment. On est parti de ce qui fonctionne parce qu’on ne prétend pas révolutionner le genre, mais le dynamiser. Pierre Kroll, par exemple, qui est là depuis 20 ans, a apporté énormément de choses et interviendra de manière renouvelée. Mais je n’en dirai pas plus… 
Dans les couloirs de la RTBF, on ne vous regarde pas comme le dernier des Mohicans ?
S.D. – Je n’ai pas participé aux débats préparatoires à l’émission, mais personne ne m’a dit qu’il s’agissait d’une dernière tentative avant de débrancher la prise ou que le dimanche midi était une case définitivement condamnée. 
Vous avez coprésenté Mise au point entre 2007 et 2009, c’est un retour aux sources pour vous?
S.D. – Pas vraiment puisque j’étais alors deuxième présentateur, alors qu’ici je prends les rênes. D’ailleurs, parmi mes nombreuses expériences à la RTBF, c’est celle qui s’inscrit le moins dans ma zone de confort. Mais c’est un défi, et si on n’en relève jamais, on tourne en rond. 
En 2004, vous avez été troisième du championnat de Belgique d’un jeu appelé Diplomatie. Ça va aider?
S.D. – Il s’agit d’un jeu de stratégie où chacun dispose d’un pays et d’unités dont il faut négocier les déplacement en organisant pactes et autres alliances. À la fin, on voit qui a respecté ses accords, ou les a trahi. Oui, ça peut aider à animer un débat politique…
 

Dès la semaine prochaine, retrouvez l’interview politique de « A votre avis » dans le Moustique

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