Stéphane Bern: “Je suis une contradiction vivante”

Avec ses mèches folles et son débit mitraillette, l’animateur de France 2 transmet sa passion de l’histoire avec toujours plus de succès. Rencontre.

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Stéphane Bern fait partie de ces personnages déconcertants. À la fois protocolaire et déjanté, enthousiaste et sage, proche et distant. Ce qu’il déteste le plus, ce sont les étiquettes. Pourtant, depuis des années, il s’est imposé dans le quotidien des téléspectateurs grâce un créneau bien particulier: celui des destins hors du commun qu’il raconte dans ses Secrets d’histoire. Son amour des têtes couronnées ne l’a jamais lâché. Le genre de prof qu’on aurait tous aimé avoir. C’est d’ailleurs cet amour de la transmission de savoirs qui le fait tenir sur la durée, il en est persuadé. Résultat, des tonnes de projets cette année encore, dont un programme sur le patrimoine nommé Visites Privées, une ébauche de série historique, une émission de radio, des   livres… Rien que ça.
Avez-vous l’impression qu’on ne s’intéresse plus assez à notre histoire, à nos racines en 2016, et qu’on risque donc de répéter les mêmes erreurs qu’avant?
STÉPHANE BERN – Un peuple qui ne sait pas d’où il vient ne sait pas où il va. En ce moment, on a tous le sentiment de manière diffuse de ne pas savoir où l’on va, on cherche un phare dans la tempête. Je crois que les gens se réapproprient leur histoire, ils ont en tout cas une appétence. Je le vois avec le succès de Secrets d’Histoire, avec mes livres, avec le magazine aussi… Cela atteste à la fois d’un manque, d’une sorte de no man’s land. 
Est-ce qu’il y a un problème du côté de l’enseignement de l’histoire, alors ?
S.B. – Les profs d’histoire sont un peu désemparés, il faut dire les choses, on leur impose un programme qui est à la fois trop lourd, trop long, de l’antiquité jusqu’à nos jours, avec des élèves qui n’écoutent pas. Les gens sont perdus, ils ont envie de réapprendre l’histoire. Et puis c’est le roman le plus intéressant du monde, c’est mieux que toutes ces romancières qui font de l’auto-fiction en se regardant le nombril. En regardant vers le passé, on peut raconter des histoires d’amour incroyables, des luttes de pouvoir, d’argent. C’est vibrant, c’est sanglant, c’est épique, bref c’est passionnant. Ça touche les gens parce que ça raconte des histoires humaines et c’est le problème de l’enseignement actuel, on refuse ce côté humain. L’histoire des idées, ça emmerde tout le monde.
Justement, dans Secrets d’Histoire, vous choisissez des personnages très romantiques, romanesques… N’allez-vous pas finir un jour par manquer de matière ?
S.B. – Non, il y a toujours des destins incroyables. Le but de Secrets d’Histoire c’est d’installer une marque qui me permette ensuite de raconter le destin de la cousine frondeuse de Louis XIV. Du coup, je peux évoquer des personnages qui sont peut-être un peu moins connus mais tout aussi passionnants et romanesques. Je ne manque pas de matière, j’en ai même pour plusieurs années encore. On rêve aussi de raconter les fondements de l’Europe, parce que je me rends bien compte que les gens ne l’aiment plus. La preuve avec le Brexit. Grâce à l’histoire, je vais essayer qu’ils se réapproprient l’Europe. Elle fait partie de notre identité, c’est ce qu’il faut raconter. Mon rêve, en Belgique, ce serait de faire la Reine Élisabeth. Elle a ce grain de folie, elle détestait les Prussiens, elle était fan de musique, elle voyage, elle va en Russie, elle va en Chine, elle met le gouvernement belge dans une position inconfortable… Bref, c’est une femme passionnante.

La suite dans le Moustique du 7 septembre 2016

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