La N-VA vous séduit-elle?

La Belgique francophone est de moins en moins virulente envers le parti nationaliste flamand. Que signifie ce changement?  Une N-VA fréquentable, est-ce affaire de calculs ou de circonstances? Le point avec des acteurs politiques, médiatiques du sud du pays. Et avec le ministre N-VA le plus populaire du gouvernement.

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Il y a deux ans, lors de la rentrée parlementaire qui installait la nouvelle majorité MR / N-VA à la tête du pays, Laurette Onkelinx entendait le “bruit des bottes” dans les travées du Parlement et des “collabos” étaient lancés par l’opposition à l’adresse des députés MR, comparant ainsi l’arrivée au pouvoir du parti nationaliste flamand à l’occupation allemande. Certains demandaient la démission de Theo Francken et de Jan Jambon en rappelant leurs accointances avec les milieux collaborationnistes flamands voire avec d’anciens nazis. 
Un an plus tard, lors de l’arrivée massive de réfugiés sur notre territoire, via Twitter, Theo Franken se plaint de leur mauvaise volonté à rejoindre le centre d’hébergement d’urgence installé près du parc Maximilien. Ces messages révulsent l’opposition francophone. Pas un jour sans une nouvelle charge contre le Secrétaire d’État à l’Asile et la Migration. Rudy Demotte, le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles va jusqu’à traiter Theo Francken de “primate d’extrême droite”. Il prétextera ensuite une erreur de manipulation pour calmer le jeu. 
Et, justement, depuis cette dernière phase de mobilisation anti-N-VA, le jeu s’est peu à peu calmé. Pour devenir, aujourd’hui, presque inexistant. Ainsi, le dernier tweet de Francken n’a déclenché que de faibles protestations alors qu’il affirmait que 60% des candidats-réfugiés mentaient sur leur parcours, une exagération factuelle. De la même façon, le chef de groupe N-VA à la Chambre, Peter De Roover, vient de suggérer de limiter la liberté d’expression pour mieux combattre le terrorisme. Mais qui le sait? Sa suggestion n’a pas provoqué de réelles réactions médiatiques et politiques.
Dans le même temps, la N-VA semble manifester des signes de sympathie envers la communauté francophone. On voit Jan Jambon au Télévie, chez Pascal Vrebos ou encore à Mouscron où il se rend pour s’occuper des problèmes frontaliers que connaît la cité des Hurlus. Cette sympathie serait partagée si on en croit la cote de popularité bondissante en Wallonie et à Bruxelles de “notre” ministre de l’Intérieur. De plus en plus de francophones ont moins peur d’une future dislocation de la Belgique que des menaces terroristes immédiates et des flux migratoires qu’elles provoquent. Avec un discours ferme mais sans promesses excessives, si peu traditionnellement politique, Jan Jambon rassure au sud du pays comme au Nord. Alors, la Belgique francophone serait-elle peu à peu séduite par la N-VA? Et en retour, la N-VA serait-elle, malgré elle, séduite par la Belgique? Impensable hier, cette question, on la pose aujourd’hui à Jan Jambon…
Ressentez-vous un changement dans la perception qu’a le pays envers la N-VA?
Jan Jambon
– Oui certainement, particulièrement au sud du pays. Il y a deux ans, au début de mon mandat, lorsque j’allais sur le terrain – la Police, les pompiers, les premiers secours, … – c’était difficile. Il était évident que les bourgmestres me serraient la main sans enthousiasme, c’est le moins qu’on puisse dire. Le malaise était tellement manifeste… J’avais presque de l’empathie. Je me disais “ah, le pauvre bourgmestre…”. Aujourd’hui, la situation est totalement différente. Les attitudes ne sont plus ni hostiles, ni forcées. C’est un changement radical. Au nord, le contraste n’est pas aussi grand: nous étions au gouvernement flamand durant la précédente législature et les gens ont eu le temps de se rendre compte que nous étions un parti responsable et démocratique. 
Quelle est, selon vous, la raison de ce changement?
J.J. – Je crois que cela tient au fait que l’image très négative donnée par les médias, les partis politiques, les faiseurs d’opinion francophones était tronquée. Depuis que nous avons pris nos responsabilités au gouvernement fédéral, les gens, peuvent voir ce que nous sommes et faisons réellement. 
Le dernier tweet de Theo Francken sur les réfugiés n’a fait que très peu de vagues. Il n’est pourtant pas différent de ceux qu’il écrivait il y a un an et qui déclenchaient tant de critiques…
J.J. – La société a changé. Je crois que de plus en plus de gens apprécient que nous disions tout haut ce qu’ils pensent tout bas. Et, en même temps, je pense que nous avons convaincu l’opinion que nous ne sommes pas une formation politique d’extrême droite, que nous ne sommes pas des fascistes, mais que nous sommes là pour résoudre des problèmes. Et on commence à résoudre les problèmes en les nommant. En appelant un chat, un chat. La nécessité de se distancier de la politique de l’autruche est devenue – aux yeux du public comme aux nôtres – encore plus prioritaire avec les attentats, évidemment… Je crois qu’un certain nombre de personnes apprécient la façon dont on gère ces problèmes de sécurité.

La suite à lire dans le Moustique du 7 septembre 2016

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