Le Dalaï Lama en 10 points

Il est cool et il a le rire le plus célèbre du monde. Sa religion est tendance. Son pays fait un peu figure de paradis perdu et, à Bruxelles, le Dalaï-lama est sold-out pendant trois jours.

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1  Enfance

En juillet 1938, à l’âge de 3 ans Tenzin Gyatso est reconnu, grâce à une série de signes, comme la réincarnation de ses treize prédécesseurs. L’enfant est envoyé à Lhassa, la capitale du Tibet, pour y être intronisé Dalaï-lama. “On me demande souvent si je crois réellement à la réincarnation, disait-il en 1991. Il n’y a pas de réponse simple à cette question. Mais considérant mon expérience dans cette vie et mes croyances bouddhistes, je n’ai aucune difficulté à accepter que j’ai un lien spirituel avec le Bouddha lui-même.”

2  Océan de sagesse

En tibétain, dalaï signifie “océan” et lama “maître spirituel”, ce qui, en accolant les deux, se traduit par “océan de sagesse”. Pour les Tibétains, le Dalaï-lama est une émanation de Chenrezig, le bodhisattva (équivalent d’un saint, dans le bouddhisme) de la compassion et protecteur du Tibet.

3  Exilé

En 1959, neuf ans après l’invasion du Tibet par l’armée chinoise, le 14e Dalaï-lama est “viré de son pays” et s’enfuit vers l’Inde dans la ville de Dharamsala. Lhassa la sainte devient Lhassa la chinoise. “L’exil, c’est pour lui une épreuve immense. D’autant plus qu’en fuyant le Tibet, il était persuadé qu’il y reviendrait après deux ou trois ans, explique Sofia Stril-Rever, amie et interprète du Dalaï-lama. Mais il n’a jamais perdu l’espoir de revoir son pays de son vivant.” 

4  Ennemi public

Aujourd’hui, le Dalaï-lama appelle à davantage d’autonomie pour le Tibet plutôt qu’à une indépendance formelle. Il parle des Chinois comme de ses frères et sœurs et leur trouve des qualités. “Son vocabulaire à leur propos est plein de compassion, confie son interprète. À la mort de Mao, il avait même demandé à son monastère de prier pour lui. Ce qui dénote avec la propagande chinoise qui, encore aujourd’hui, le qualifie de ’dangereux séparatiste’ et de ’loup en robe de moine’.” Au Tibet, un simple poster à son effigie constitue un crime contre la Sûreté de l’État, passible de travaux forcés.

5  Démission

En 2011, le Dalaï-lama mettait un terme à sa fonction de chef d’État. C’était la fin de la théocratie tibétaine. Aujourd’hui, il est prêt à renoncer à son pouvoir spirituel, c’est-à-dire à supprimer purement et simplement le dalaï-lama et son cycle de réincarnation. “La tradition bouddhiste au Tibet remonte au VIIIe siècle. L’institution du dalaï-lama a été créée au XVIe siècle, une époque féodale. On peut aujourd’hui s’en passer, déclare-t-il. Nous vivons dans l’ère de la démocratie. Il faut changer de mentalité.”

6  Réincarné

Tenzin Gyatso peut se réincarner sous plusieurs apparences en même temps. Il peut même de son vivant transférer l’essence de sa réalisation spirituelle sous la forme d’une “émanation”. “Les Chinois sont fous de rage quand je parle de nommer quelqu’un de mon vivant”. Ils apprécient encore moins l’idée qu’il mette un terme à son cycle de réincarnation… Car, comble de l’ironie, c’est aujourd’hui le Parti communiste chinois qui est soucieux de préserver l’institution du dalaï-lama car, une fois Tenzin Gyatso décédé, Pékin désignera un 15e dalaï-lama, moyen le plus sûr de contrôler un peuple tibétain toujours rebelle. 

7  Moine iconoclaste

Chef spirituel, le Dalaï-lama ne parle pourtant que de science ou d’éducation et affiche volontiers son scepticisme à l’égard des pratiques religieuses – “À quoi bon prier, parler du ciel, il faut être dans l’action pour la paix.” Ses passions privées vont plutôt au jardinage et à la mécanique. “Il peut passer des heures à démonter des montres, des radios ou de vieux moteurs pour ensuite les remonter. Juste pour le plaisir de bricoler”, confie Sofia Stril-Rever. Ce qui ne l’empêche pas de se lever tous les jours à 3 heures du matin et de méditer pendant deux heures. En bon moine, il ne prend que deux repas par jour.

8  Écolo

Le Dalaï-Lama a beaucoup réfléchi, ces dernières années, aux causes profondes de l’effondrement de la biosphère et à la façon d’inverser la tendance. Son idée: équiper le désert du Sahara de panneaux solaires pour désaliniser l’eau de mer et faire reverdir les sables. “C’est un écologiste au sens noble du terme, explique son interprète. Dans la culture tibétaine, l’altruisme ne se limite pas aux êtres humains. Il y a un respect de la totalité du vivant, y compris des formes animales et végétales.” Pour lui, tout est relié et interdépendant, de l’infiniment petit à l’infiniment grand.

9  Nobel de la paix

Apôtre de la non-violence, il y a du Mahatma Gandhi en lui. Quand, après l’attribution du prix Nobel de la paix en 1989, le scientifique américain Paul Ekman lui demande s’il est heureux, Tenzin Gyatso répond: “Ça semble faire plaisir à tout le monde, alors oui, je suis heureux.” Depuis, il est reçu par les grands de la planète, quitte à provoquer les foudres de Pékin et les annulations de contrats commerciaux.

10  Féministe 

Dans le monde du bouddhisme lamaïste (Himalaya, Mongolie, Russie), les femmes n’ont pas le droit à accéder au statut de chef spirituel tibétain… Les moines tibétains prolongent donc une longue tradition patriarcale et vivent dans le célibat. Mais, rapporte Sofia Stril-Rever, le Dalaï-lama a dit vouloir se réincarner “dans une femme, car biologiquement parlant, elles ont plus de potentiel pour développer de l’affection ou de l’amour pour autrui et peuvent, exercer une meilleure influence sur la société”. 

Livre: Nouvelle réalité, le livre Manifeste du Dalaï-lama, par le Dalaï-lama et Sofia Stril-Rever, Les Arènes, 263p.
Conférence “Power & Care”, les 9 et 10/9, BOZAR à Bruxelles. Complet.  
Conférence “Engagement individuel et responsabilité collective”, le 11/9, Palais 12 du Heysel à Bruxelles. Complet.

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