La Super 95 ne passera pas l’hiver

Dès le 1er janvier 2017, elle sera remplacée dans les pompes par un nouveau produit: l’E10. Une essence à peine plus “verte”, et plus coûteuse.

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Il faudra s’y habituer au moment de faire le plein… Dans un peu plus de quatre mois, l’essence Super 95 fera place à l’E10, qui contiendra deux fois plus de bioéthanol. Ainsi, de SP95-E5, pour essence super sans plomb, 95 octanes, avec 5% d’éthanol, on va passer à la SP95-E10, un carburant composé de 90% d’essence sans plomb 95 et de 10% d’éthanol.
Ces changements sont la conséquence d’un arrêté royal du 21 juillet, qui impose, à partir du début de l’année prochaine, 8,5% de bioéthanol dans l’ensemble des essences – contre 4% actuellement. Une innovation qui s’inscrit dans le calendrier européen qui prévoit 10% de renouvelable en transports en 2020.
Une essence plus coûteuse
Le bioéthanol est un agrocarburant produit à partir de céréales (blé, maïs…) ou de betteraves à sucre, et destiné aux moteurs essence. Il est actuellement présent dans tous les carburants essence distribués depuis 2009 en Belgique, de façon banalisée dans le SP95 et le SP98 (à hauteur de 5%). Destiné à lutter contre le réchauffement climatique, ce carburant devrait entraîner un très léger surcoût à la pompe – la Fédération pétrolière évoque 2 à 3 cents de plus au litre, tandis que la Belgian Bioethanol Association (BBA) parle d’1 cent par litre. Pourquoi ce surcoût? L’E10 est plus coûteuse, car le bioéthanol coûte 150€ plus cher pour 1000 litres, en comparaison avec l’éthanol d’origine fossile… Pas d’économie non plus à l’usage, puisque le rendement énergétique de l’alcool éthylique étant moindre que celui de l’essence, un véhicule qui roule avec du E10 consomme 1,5 à 1,7% de carburant de plus que celui qui se fournit en SP95. 
Problèmes de compatibilité
L’E10 pourra être utilisée par la plupart des véhicules (auto et moto) construits après 2000 et certains modèles plus anciens, soit environ 60% du parc automobile. Mais toutes les mécaniques ne digéreront pas convenablement ce carburant. “Parmi les véhicules immatriculés après 2000, seulement 2% ne sont potentiellement pas compatibles avec l’E10. Cela devrait être surtout le cas des modèles sportifs ou hyper-sportifs. Mais pour ceux immatriculés avant 2000, on estime jusqu’à 60% d’incompatibilité”, explique Christophe Dubon, porte-parole de la Fédération belge de l’automobile et du cycle (Febiac). Au total, 568.502 voitures encore en circulation ont été immatriculées avant 2000. Ce qui laisse craindre une incompatibilité pour 200.000 à 300.000 véhicules. La solution pour ces voitures? Passer à la Super 98, plus chère à la pompe et qui n’offre pas de gain réel en consommation si votre moteur a été conçu pour rouler à la Super 95.
Pour éviter tout risque de corrosion du moteur ou des joints, il est tout de même conseillé de se renseigner auprès des constructeurs avant de remplir son réservoir. “On peut consulter les documents de bord de ces véhicules et voir si c’est indiqué. Sinon, dès septembre, il y aura des outils à disposition chez les concessionnaires pour voir si votre véhicule est compatible avec le bioéthanol ou non”, indique le porte-parole de la Febiac, qui, comme d’autres associations (FPB, Traxio ou la BBA des producteurs belges de bioéthanol) va, dès l’automne, lancer une campagne d’information.
Reste une catégorie de véhicules qui sera plus impactée que d’autres: les scooters. “Nous analysons les résultats au cas par cas, mais il est dors et déjà évident que le carburant E10 ne conviendra pas à tous les modèles”, confie Christophe Dubon de la Febiac. Premiers concernés: les scooters avec moteurs à carburateur de 50 cm³. “En particulier ceux du constructeur Piaggio. Y compris les Vespas”, souligne Christophe Dubon.

Un produit local?

En Belgique, l’éthanol pour moteurs est essentiellement d’origine alimentaire: il est constitué à 23% de betterave à sucre, à 35% de blé, et à 36% de maïs. Issu du bioéthanol, l’E10 peut donc apporter des débouchés substantiels pour les producteurs de betteraves et de maïs. Et surtout, faire les bonnes affaires des trois producteurs belges de bioéthanol – Alco Bio Fuel à Gand, Tereos-Syral à Alost et Biowanze, installé près de Huy. Avec une capacité de 300.000 m³ de bioéthanol par an, l’entreprise wallonne est l’un des plus importants producteurs de bioéthanol en Europe. 

La suite dans le Moustique du 31 août 2016

 

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