Bruce Springsteen: la genèse d’un chef

Au casting de septembre: Norah Jones, Nick Cave, Julien Doré... Mais le disque de la rentrée est un livre. Accompagnée d’un album-portrait compilé par Monsieur, l’autobiographie du Boss – Born To Run – paraît le 27 septembre. C’est un événement.

illus3516_springsteen_getty

C’est sa chanson la plus longue: cinq cents pages. C’est celle qui lui a pris le plus de temps: sept ans d’écriture. C’est celle qui paraît partout dans le monde en même temps: le 27 septembre. Bruce Springsteen publie son autobiographie et c’est l’événement musical de la rentrée. Un livre à son image, sincère et droit . “Écrire sur soi est une drôle de chose, prévient-il. Mais dans un tel projet, l’écrivain fait une promesse: se montrer dans sa vérité à ses lecteurs. C’est ce que j’ai essayé de faire.” On peut aborder Born To Run (c’est le titre du livre) comme le millième bouquin de people, mais on peut aussi le lire comme un grand roman américain. 

Rien d’étonnant pour un artiste dont le répertoire s’est déployé au fil des ans dans une dimension romanesque qui fait référence aux grands thèmes de la littérature américaine. Les connaisseurs le savent, mais Born To Run est un titre emprunté à celui d’un fameux album, le troisième dans la chronologie des sorties qui, en 1975, place Springsteen à l’avant-plan sur l’échiquier international. À l’époque, les médias spécialisés, qui ont encore un réel poids sur l’industrie de la musique, voient en lui le futur du rock. Ils soulignent la qualité d’écriture d’un disque s’ouvrant sur Thunder Road, l’histoire d’un homme qui cite Roy Orbison et promet à sa petite amie la rédemption des âmes tristes et un peu de la terre promise si elle saute dans sa voiture. Tout n’est pas dit dans Thunder Road mais presque… Roy Orbison, immense influence de Springsteen, la voiture comme symbole de la liberté des pauvres, l’amour avec les filles du coin, pas des bombes (“You ain’t a beauty, but hey you’re alright”) mais passables. Born To Run (la chanson) fait mieux apparaître encore les obsessions du chanteur, obnubilé par le désir de faire exploser le cadre des petitesses provinciales, à la recherche d’un rêve qui ne se laisse pas attraper (“On the street of a runaway american dream.”) Cette musique, qui raconte avec densité les amours et l’ennui de la banlieue, n’aurait sans doute pas été la même si Springsteen avait suivi ses parents lorsqu’ils partent s’installer en Californie. À 18 ans, il décide de rester à Freehold, ville du New Jersey où il vit de petits boulots et fait de la musique dans des groupes du coin. Fils d’un ouvrier et d’une secrétaire, élevé dans une famille catholique, il mettra un point d’honneur, de chanson en chanson – Promised Land, The River, My Hometown… – à faire la chronique de cette vie prolétaire, menée entre le travail à l’usine, la fatigue et les passe-temps de fin de semaine. Dans cet univers sans grande joie où chaque destin est tracé, il raconte comment il a vécu ce qu’il appelle “le big bang”: l’apparition d’Elvis Presley à la télé. 
Garçon romantique à l’allure de bad boy et musicien qui aime déjà faire danser les filles (en concert, inviter une jeune femme sur scène deviendra l’un de ses rituels), Springsteen – italien de par sa mère – est d’une beauté sidérante, évoquant les grandes figures du cinéma – Marlon Brando, Al Pacino. Dans It’s Hard To Be A Saint In The City – sur le premier album “Greetings From Asbury Park, NJ” (il a alors 24 ans) – il décrit un homme “à la peau de cuir et au regard diamant de cobra”, sorte de double romanesque qui servira à lancer le mythe du Boss. C’est ainsi – le patron – que ses musiciens l’appellent lorsqu’en fin de mois vient le temps de la paye qu’il distribue lui-même

La suite dans le Moustique spécial rentrée du 31 août 2016

Sur le même sujet
Plus d'actualité