À quel âge est-on vieux aujourd’hui?

Travail, santé, sport, sexualité… Les seniors sont toujours au taquet. De plus en plus actifs plus longtemps. être vieux en 2016 n’a décidément plus la même signification.

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En recherche d’emploi, Marc Schaeken affichait le profil parfait pour assumer les fonctions de vendeur indépendant auprès de la société Cuisines Dovy. Il s’est pourtant vu refuser le poste en raison de son âge. Marc a 59 ans. Marc n’a visiblement pas encore assez de cheveux gris pour se résigner. Après avoir porté l’affaire devant la justice, la firme a été condamnée à lui payer 25.000 euros de dommages et intérêts pour discrimination à l’emploi sur base de l’âge. C’est une belle revanche pour les seniors. Mais Marc est l’arbre qui cache la forêt.

Trop vieux pour travailler, mais trop jeune pour prendre sa retraite. Voilà le constat dressé par de plus en plus de séniors. Une frange de la population que l’on n’appelle plus “les vieux”. Pas uniquement parce que la bienséance le recommande, mais parce que, étymologiquement, les seniors sont de plus en plus jeunes. Ou plutôt de moins en moins âgés. Et qu’est-ce que cela implique ou n’implique plus en 2016? Si les Nations Unies nous classent dans cette catégorie dès nos 60 ans, le concept ne cesse d’évoluer. Le stade de la vieillesse reculant au fil des siècles grâce à l’allongement de l’espérance de vie. Au XVIIe et XVIIIe, un individu était considéré comme un “vieillard” dès ses quarante printemps consumés. Au XIXe, cette limite a été repoussée à 50 ans et ensuite à 60 ans en 1900. Aujourd’hui, les hommes sont considérés comme vieux à 70 ans et les femmes à 75 ans. Un bébé né en 2016 a de fortes chances de voir l’année 2116. De manière globale, les gérontologues s’accordent à dire que la santé se détériore désormais plutôt vers 75 ans. Nous avons donc encore gagné au moins une dizaine d’années.

Mais tout cela est très théorique. Et les scientifiques nous diront que l’âge ne se résume plus à celui de notre état civil. D’un point de vue médical, d’abord, l’âge chronologique ne correspond pas forcément à l’âge biologique, c’est-à-dire au vieillissement de nos cellules. Lequel est propre à chaque personne et est évalué selon de nombreux critères. À commencer par l’environnement et les habitudes alimentaires. Un fumeur ou un buveur de 30 ans peut ainsi présenter la peau, les poumons ou le foie d’un quinqua. Mais la génétique influe sur notre horloge biologique. La longueur des télomères, ces structures d’ADN situées à l’extrémité des chromosomes qui se raccourcissent lorsque les cellules vieillissent, varie d’une personne à l’autre. Nous ne sommes pas tous égaux devant la vieillesse. Pour se rassurer – ou pas –, on tendra l’oreille vers les psychanalystes qui martèlent en cœur que nous n’avons pas l’âge de nos artères mais bien celui de notre libido. On deviendrait donc vieux quand on a le sentiment de l’être.

Has been pour les selfies

Ou que les autres, surtout, ont le sentiment que vous l’êtes! Dans un papier titré “À quel âge est-on vieux?”, le sociologue Bernard Ennuyer rappelle que l’âge est une construction sociale destinée à classer et catégoriser les individus. Une catégorisation qui commence dès la prime enfance. Un enfant étant évalué “en avance ou en retard par rapport à son âge”. Ce qui a d’ailleurs valu à Einstein, qui ne savait pas parler avant quatre ans, d’être diagnostiqué débile… “L’assignation à comportement d’âge est une négation complète de la singularité et de l’essence même de l’être humain”, assène Ennuyer.
Cette image d’une échelle des âges incurvée s’impose malheureusement très tôt avec un apogée se situant vers 40 ou 50 ans, précédant l’irrévocable déclin vers une vieillesse dépréciée. Un schéma aux multiples variantes et exceptions mais qui affecterait profondément la psychologie des personnes âgées, qui intérioriseraient la dégradation de leur statut social. Auteur du livre “Sociologie de la vieillesse et du vieillissement”, Vincent Caradec pointe lui aussi le danger de toutes ces étiquettes qui “homogénéisent et décontextualisent de façon outrée un groupe aux facettes hétérogènes”. 

Tous inégaux devant l’âge, donc, mais aussi devant la perception de celui-ci. Commandé par la marque Damart, un sondage révèle d’ailleurs que les adultes se sentent vieux à 70 ans alors que les plus jeunes estiment qu’on le devient à… 46 ans. Autant dire que la question de savoir à quel âge on devient une personne âgée est de moins en moins pertinente. Tout comme celle de savoir si on est trop vieux pour… Au début de l’été, le site britannique pour seniors Retiresavvy a tout de même tenté le coup et sondé plus de 2.000 Anglais. Selon les résultats, on serait déjà trop vieux pour prendre des selfies à 35 ans, se faire un tatouage à 39 ans, porter un jean moulant à 48 ans ou sortir en boîte à 45 ans. Et s’il n’y a visiblement pas d’âge pour Facebook ou Twitter, les discussions par messagerie instantanée seraient prohibées aux plus de 36 ans. Un grand n’importe quoi qui a au moins le mérite de montrer que les stéréotypes liés à l’âge sont toujours tenaces

La suite du dossier dans le Moustique du 24 août 2016

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