Hockey: du sport bcbg à la success story

Un petit pas pour les joueurs, un pas de géant pour le hockey belge.  En se hissant sur la deuxième marche du podium olympique à Rio,  les Red Lions ont fait beaucoup plus que ramener une médaille d’argent.

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Après la finale perdue face à l’Argentine, les joueurs de la sélection étaient – évidemment – déçus, à l’image de leur capitaine John-John Dohmen interrogé au micro de la RTBF: “C’est très décevant […] On a fait un superbe parcours, on arrive jusqu’ici et on est, au niveau de ce qu’on a montré, la meilleure équipe […] mais ce n’est pas toujours ça qui fait qu’on gagne.” Pourtant, leur accomplissement est énorme. Sur le plan sportif il couronne la montée en puissance de la sélection. Neuvième à Pékin en 2008, cinquième à Londres en 2012, vice-championne d’Europe en 2013, l’équipe n’a fait que grandir depuis huit ans. Une progression qui accompagne le travail de tout un groupe comme le souligne Jérôme Dekeyser, ancien Red Lion qui était du voyage en Angleterre: “Il y a six ou sept joueurs qui étaient là à Pékin. Ils en sont donc à leur troisième olympiade. Ce sont des joueurs qui se connaissent par cœur et qui savent comment réagir dans des moments difficiles. C’est le résultat d’un très long travail.” 
Si les Red Lions ont perdu la finale, leur résultat est une victoire pour le hockey, sport dont ils ont été depuis leur éclosion la locomotive. Il récompense le travail de fond entrepris pour mettre fin à des décennies de disette. Au milieu des années 2000, la fédération décide de lancer un vaste projet destiné à remettre le hockey belge sur la carte mondiale. La Belgique vient de passer à côté de sept éditions des Jeux Olympiques d’affilée. Pour mettre fin à l’hémorragie, Marc Coudron, nouveau président de l’Association royale belge de hockey (ARBH) et joueur le plus capé de l’histoire du hockey de chez nous, a une vision. Il entreprend de professionnaliser son sport pour rivaliser avec les autres nations et faire de la Belgique une équipe du top mondial. “On a clairement eu la chance d’avoir à un moment, la fédération et le COIB qui se sont dit “ça c’est un sport belge sur lequel on va miser” et ça fait quelques années que c’est exponentiel, que notre équipe est de plus en plus performante. On peut clairement parler de pays de hockey. La médaille d’argent n’est pas arrivée par hasard. Ce n’est pas un coup de bol, un petit miracle”, explique Delphine Simon qui a mis sa carrière de journaliste RTBF sur pause pour devenir manager au Royal Ombrage de Woluwe. L’ARBH engage des techniciens venus de l’étranger, demande aux joueurs (amateurs) de s’entraîner plus et met sur pied une cellule commerciale pour attirer des sponsors. Dix ans plus tard, l’objectif est atteint avec cette belle deuxième place aux J.O. de Rio. 

Le nombre d’affiliés explose

On ne le répétera pas assez: dans le sillage de l’ascension fulgurante des Red Lions, c’est tout le hockey belge qui a bénéficié de cette stratégie. Comme souvent en matière de sport, les pros ont servi de vitrine et ont eu une influence capitale sur l’engouement des amateurs. À la belle époque où Justine Hénin et Kim Clijsters régnaient sur le tennis féminin, le tennis avait aussi connu un regain d’intérêt populaire. L’Association francophone de tennis avait vu le nombre de ses membres grimper en flèche suite aux performances répétées des championnes aujourd’hui retraitées. Le hockey n’a pas échappé à la tendance. Les résultats engrangés depuis les Jeux de Pékin 2008 par les Red Lions ont permis à l’Association royale belge de hockey d’attirer de nouveaux affiliés dont le nombre a plus que triplé en huit ans seulement. Nos hockeyeurs commencent comme nos ex-championnes à susciter des vocations chez les plus jeunes. “Quand je vais dans les clubs, tous les enfants veulent que je signe leur t-shirt, constate Jérôme Dekeyser. Il y a vraiment des jeunes qui idolâtrent les Red Lions. C’est très différent par rapport à il y a quinze ans.” Après ce nouvel exploit, les inscriptions devraient continuer à affluer dans les clubs: “Cette médaille permet d’apporter une nouvelle notoriété au hockey et d’amener un sentiment de fierté à tous les Belges, amateurs de hockey ou pas. On a clairement vu une évolution au niveau des inscriptions. On s’attend à avoir de nouvelles inscriptions grâce à l’effet Red Lions”, prévoit Delphine Simon. Une nouvelle vague de pratiquants bienvenus pour un sport qui reste assez confidentiel chez nous. Fin juin, ils étaient 39.830 à être inscrits dans l’un des 83 clubs du Royaume. Une paille face aux disciplines stars comme le football (plus de 430.00 membres) et le tennis (79.000 rien que du côté francophone). Loin de jalouser la médiatisation d’autres disciplines, la famille hockey belge – les joueurs, la communauté, la fédération, les coaches – est très heureuse parce que ses efforts ont payé. Le sentiment eut été différent si ces J.O. n’avaient pas été bons… 

La suite du dossier dans le Moustique du 24 août 2016

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