The Get Down cherche son tempo

Sortie sur Netflix ce 12 août, la série musicale prometteuse de Baz Luhrmann a quelques problèmes de rythme.

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Roméo et Juliette du Bronx

Dans le South Bronx, Ezekiel (Justice Smith) et Mylene (Herizen Gardiola) vivent une histoire d’amour et de musique compliquée. Si le jeune afro-américain à la poésie aiguisée, se lance dans le mouvement hip-hop, en pleine émergence dans la banlieue de New-York, l’adolescente, d’origine portoricaine, poursuit un rêve: devenir chanteuse de disco. Excepté le quartier, tout les sépare. Rapidement, Ezekiel et ses amis; Dizzee le graffeur (Jaden Smith), les frères Kipling Ra-ra et Boo-boo (qui semblent à peine entré dans l’âge pubère) et Shaolin Fantastic, légende du graffiti reconverti en DJ après sa rencontre avec GrandMaster Flash, découvrent les soirées «underground» de leur quartier. De la musique en «sample» (passage joué en boucle), du breakdance et des maîtres de cérémonie qui posent des rimes énergiques et rapides le tout entre les murs graffés des cités; les quatre axes fondateurs du hip-hop y sont réunis. De son côté, Mylene, prête à tout pour accomplir son rêve, brave les interdictions et les coups de son révérend de père pour se frayer un chemin vers la célébrité.

Mauvais tempo

Dès les premières minutes, la série tient en haleine. Trop, d’ailleurs, car l’enchaînement successif de scènes, d’histoires et de personnages ne laisse pas le temps de souffler. Chaque protagoniste est présenté rapidement, on apprend sa place, son importance, sa vie puis «cut», dans la musique et dans la scène, et on passe au suivant. Ces transitions bancales entre des séquences rythmées de deux à trois morceaux sans jamais poser l’action, rendent la trame de départ difficile à suivre. Heureusement, la série parvient progressivement à ralentir la cadence et laisse vivre un moment sublime; le premier poème d’Ezekiel. Pour illustrer avec plus de réalisme la vie dans le Bronx, le réalisateur a choisi d’utiliser des images d’archives. Si le choix de celles-ci est généralement payant (on reconnaît les quartiers, parfois même le nom d’un personnage de la série), elles ne sont pas toujours agencées très subtilement avec le reste des plans et le passage de l’un à l’autre peut sortir le spectateur de l’histoire.

South Bronx Musical

Comme Martin Scorsese pour Vinyl, Baz Luhrmann a porté une attention toute particulière au décor, pour mieux dépeindre l’atmosphère des 70’s. Mélangeant personnages fictifs et réels (GrandMaster Flash, Afrika Bambaataa, Ed Koch), la série parvient à nous plonger dans les cendres fertiles des quartiers défavorisés du Bronx. Et le jeu excellent des acteurs principaux compense les maladresses de rythme et rend les héros d’autant plus attachants. Mais au milieu de cet environnement pauvre, sombre et parfois grave, les compétitions de danse, de rap, les effets dramatiques (bruitages de film d’art martial pour Shaolin Fantastic) et les séquences musicales ne parviennent pas toujours à renforcer, voire à garder intact le charisme des personnages. On frôle parfois la comédie musicale là où moins de moments rap, breakdance, ou graffiti plus forts auraient suffi (comme c’est le cas dans Mile – film biographique sur Eminem).

 

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