Rio 2016: des hauts et débats

Ultra-médiatisés, les Jeux Olympiques apportent chaque jour leur lot de polémiques et d'histoires qui dépassent le cadre du sport. Retour sur cinq instants qui ont marqué les esprits.

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Les Jeux Olympiques ont toujours été le théâtre de quelques gestes de revendications historiques. On se souviendra par exemple de ce poing levé des deux athlètes américains en soutien aux Black Panthers à Mexico en 1968. Rio 2016 ne déroge par à la règle. Cette édition carioca a été à la fois prétexte et caisse de résonnance à des débats sensibles de nos sociétés. Une tendance qui tranche pourtant avec l’esprit olympique qui veut que l’idéologie soit laissée au vestiaire.

Beach-Volley et choc des cultures

Le 8 août, il y a d’abord eu cette photo du match de beach-volley entre l’Allemagne et l’Égypte. En pleine action, deux joueuses se disputent le point de chaque côté d’un filet qui n’est pas la seule chose qui les sépare. D’un côté, l’Égyptienne entièrement vêtue et voilée. De l’autre, l’Allemande arborant le traditionnel maillot de bain qui fait en partie le succès de la discipline. Déclaré « photo du tournoi » à peine trois jours après l’allumage de la flamme, le cliché a fait le tour d’un monde où la question de la laïcité se pose tous les jours. La polémique sur l’interdiction du burkini sur certaines plages fait les gros titres de la presse française et est encore là pour le prouver. Dans l’effervescence et la médiatisation intense des Jeux, un simple instant suspendu où deux sportives se disputent un ballon a suffit à faire écho au fossé entre sociétés laïques et religieuses.

Antio-sionisme sur le tatami

Les tensions géopolitiques se sont aussi invitées sur les tatamis lors du tournoi de judo. Islam  El Shebaby, kimono égyptien sur les épaules, a refusé de serrer la main de son adversaire Or Sasson après son combat perdu en huitième de finale. Comportement antisportif  d’un mauvais perdant? Si seulement… En réalité, c’est la nationalité israélienne de Sasson qui a posé problème à El Shebaby: « c’était une réaction humaine […] je précise que je n’ai pas de problème avec les Juifs ou n’importe quelle autre croyance. En revanche, vous ne pouvez pas me demander de serrer la main de quelqu’un de cet État, surtout devant le monde entier » a déclaré l’Égyptien à l’Esprit du Judo. L’affaire qui enflait déjà plusieurs jours avant le combat a pris des allures d’affaires d’État en Égypte et la délégation a renvoyé le judoka chez lui.

L’équitation: terrain de jeu des défenseurs des animaux

Nicola Philippaerts quitte les Jeux sur une bien triste note. Inscrit ce week-end au concours de saut d’obstacle, le cavalier belge n’a pas brillé et est sorti la tête basse au premier tour de l’épreuve. Après son élimination suite à deux refus de son cheval, Zilverstar T,  le jury a décidé d’enfoncer le clou en le disqualifiant pour avoir abuser des éperons sur sa monture. Une sanction prévue par le règlement et aussi infligée au Néerlandais Jur Vrieling coupable d’avoir eu la main trop lourde avec sa cravache. Comme si cette double peine ne suffisait pas, Nicola Philippaerts subit depuis l’annonce de sa disqualification, les foudres de certains sur les réseaux sociaux qui crient à la maltraitance animale à coups de #animalabuse. Insultes, appels à la radiation à vie ou propositions d’éperonner le cavalier à son tour, les réactions diffèrent par leur véhémence et leur degré d’intelligence mais s’accordent sur un point: le jury a bien fait. À l’inverse, la toile avait sorti ses plus beaux émojis, quelques jours auparavant pour applaudir la décision d’Adelinde Cornelissen d’abandonner le concours après avoir constaté que son pur-sang présentait des signes de mauvaise santé. Ce qui n’était à la base que de l’information sportive est devenu pour certains l’occasion de défendre la cause animale. 

Les JO, tribune pour le droit des femmes

La grande messe du sport se tenant dans un pays démocratique, elle en devient aussi l’occasion de se faire entendre pour des supporters habituellement mis en sourdine chez eux. Ainsi, une jolie Iranienne a profité du match de volley masculin entre son pays et la Russie pour exhiber une banderole sur laquelle elle avait inscrit: « Let Iranian women enter their stadiums ». Les femmes n’ont pas le droit d’assister à des matchs opposant des hommes en Iran, Darya Safai, qui réside en Belgique d’après son compte Twitter, n’aurait donc pas pu trouver meilleur terrain pour diffuser son message. D’abord empêchée par la sécurité de réaliser son geste lors d’une précédente rencontre puisque les messages politiques sont interdits dans les enceintes olympiques, elle a finalement réussi à convaincre les officiels de changer d’avis. « Ce n’est pas un message politique, mais un message positif. Un message en faveur de la paix et des droits des femmes » s’est-elle défendu au micro de la BBC.

Nage à contre-courant

Dernière illustration du phénomène: les propos de la nageuse chinoise Fu Yuanhui sur sa défaite en finale du 4x100m 4 nages.  À l’issue d’une course où la Chine a terminé 4ième, elle a déclaré sur CCTV: “Mes règles ont commencé hier, je me sens très fatiguée. Je sais, ce que n’est pas une excuse, je n’ai pas bien nagé quoi qu’il arrive.” En parlant de ses règles, la chinoise a déclenché une avalanche de réactions dans son pays où le sujet est toujours un tabou.

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