Énergie solaire: espoir pour la terre

Panneaux et centrales de nouvelle génération, batteries domestiques, avions zéro émission… Le boom de l’énergie solaire dépasse toutes les espérances. Et pourrait sauver l’humanité.

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Happy “Earth Overshoot Day”! Depuis ce 8 août, la Terre vit à crédit. À force de consommation effrénée et d’émission de gaz à effet de serre, l’humanité a épuisé toutes les ressources naturelles que la planète est capable de produire en une année. Un jour noir qui intervient de plus en plus tôt. L’année passée, c’était le 13 août. En 1970, le… 23 décembre. Un plaidoyer de plus pour une consommation raisonnée, mais aussi,           évidemment, pour les énergies renouvelables, voire  inépuisables. À commencer par le solaire qui équipe  notamment – non sans heurts politico-écologiques – de plus en plus d’habitations en Belgique et dont on ne mesure pourtant qu’à peine le formidable potentiel.
Regardez le Solar Impulse. Avec l’envergure d’un Boeing 747, cet avion 100 % solaire vient de boucler son tour du monde devant les yeux ébahis des écologistes de tout poil et des pontes d’Airbus et de la Nasa. “L’avenir est propre”, ont martelé ses deux pilotes, dont le Suisse Bertrand Piccard. Soulignant que cette performance – et ses avancées en termes de stockage d’énergie notamment – ouvre une nouvelle ère dans laquelle la propulsion électrique deviendra progressivement la norme. Une norme qui ne cesse d’être revue à la hausse. Selon le dernier rapport de GTM Research sur le marché solaire pour le troisième trimestre 2016, la demande mondiale atteindra d’ailleurs cette année un nouveau record à 73 gigawatts. Soit un pic de 33 % par rapport à l’année dernière. Dans certains pays, dont le Chili, le boom du solaire permet même à l’État d’offrir gratuitement de l’électricité aux citoyens de certaines villes. Et cela ne concerne que le photovoltaïque dont les derniers      panneaux “aérovoltaïques” permettent de produire      simultanément de l’électricité et de la chaleur.

Googlez aussi les nouvelles centrales thermiques à concentration XXL d’Ashalim en Israël ou de Ouarzazate au Maroc et vous verrez de quoi a l’air le solaire du  futur. La seconde devant contenir à terme quelque 500.000 miroirs paraboliques – de 12 mètres de haut – disposés sur un territoire quasi équivalent… à celui de la ville de Bruxelles. Impressionnant. Et effrayant. Leur mode de fonctionnement? Captant les rayons du soleil durant toute la journée grâce à leur forme incurvée, ces milliers de miroirs les réfléchissent ensuite vers la     méga-tour centrale, sorte de gratte-ciel solaire, afin de chauffer un fluide à très haute température et produire ainsi de la vapeur. Une technologie plus coûteuse que le photovoltaïque classique mais dont l’avantage est de continuer à produire de l’énergie même après le coucher du soleil. La plus grande ferme solaire au monde, selon ses concepteurs, devrait ainsi permettre d’alimenter à terme un million de foyers. Voire de revendre ses surplus aux pays voisins. En Allemagne, par exemple, la commune de Wildpoldsried génère ainsi quelque 6 millions d’euros de recettes annuelles en écoulant ses surplus. Hôte de la COP 22, le Maroc, lui, ne jure donc plus que par cet autre or jaune, estimant que la production d’énergie solaire pourrait avoir le même     impact économique sur sa région que la production de pétrole au siècle dernier.

50 fois nos besoins énergétiques

Et chez nous, qui ne jouissons pas de l’ensoleillement exceptionnel du Maroc? Tordons le cou d’emblée à ce vieux canard: chaque année, nous recevons quasi 1.000 kWh d’énergie solaire par m². Ramené à l’échelle du pays, cela signifie que la Belgique pourrait donc totalement s’auto-approvisionner. Et c’est un euphémisme puisque l’énergie dégagée par son ensoleillement pourrait même couvrir 50 fois ses besoins énergétiques annuels! Reste que la Belgique, l’un des meilleurs élèves de la classe européenne il n’y a pas si longtemps encore, a fait les frais de sa générosité. La planche à certificats verts – que tout producteur d’énergie solaire peut revendre à Elia, le gestionnaire du Réseau de transport d’électricité – ayant tellement tourné que la banque a    fini par sauter. Les fournisseurs d’électricité ont donc  revu leurs tarifs à la hausse, ce qui ne plaît pas aux     détenteurs de panneaux voltaïques, floués, et encore moins à ceux qui n’en possèdent pas et se plaignent de payer les installations de leurs voisins. D’après la dernière sortie de Paul Furlan, ministre wallon de l’Énergie, ces derniers devraient bientôt voir leur facture allégée de 18 euros. Quant aux propriétaires de panneaux, ils contribueront dès l’année prochaine à l’ensemble des frais de leur utilisation du réseau. En Wallonie, on parle d’une “taxe” de 200 euros par an et par ménage.

De quoi faire de l’ombre au déploiement – certains parlent carrément d’avènement – du solaire en Belgique? Rien n’est moins sûr. D’autant que l’augmentation de la TVA sur l’électricité a sérieusement plombé la facture du fossile et du nucléaire. D’ailleurs, les derniers chiffres parlent d’eux-mêmes. On a vendu 1.500 installations solaires résidentielles en Wallonie en 2014, 4.500 en 2015, et cette année devrait enregistrer un nouveau boom de plus de 100 %. “Après le changement de politique de subsides, décrypte David Germani, spécialiste des énergies renouvelables à la Fedelec, l’union professionnelle des installateurs-électriciens, le marché s’est effondré pendant 18 mois. Principalement parce que les gens voyaient l’opportunité qu’ils avaient ratée. De retours sur investissement de plus de 20 %, on passait à “seulement” 14 % ou 12 %. Ce qui reste nettement  supérieur aux taux d’intérêt de nos placements en banque! Aujourd’hui, les gens voient à nouveau l’intérêt que représente le photovoltaïque, et le marché repart à la hausse.” Nouvelles taxes comprises, le solaire reste donc très intéressant en Belgique. Même pour les habitations qui ne possèdent pas l’orientation, la pente de toit ou la surface de panneaux optimales. D’autant que l’ensoleillement chez nous aussi progresse d’année en année. Concrètement? Le nouveau système Qualiwatt garantit un taux de rentabilité global sur 20 ans de 4 % à 7 % – selon les revenus du ménage – et un retour sur      investissement après 8 ans en moyenne. La durée de vie des panneaux solaires variant de 20 ans à 35 ans. “Au vu des variations du prix de l’électricité, se doter d’une autonomie énergétique pour les 20 ou 25 années à venir ne me paraît pas du luxe!”

Reste que le fiasco des certificats verts illustre la difficulté de revendre ses surplus aux distributeurs. Alors, de plus en plus de consommateurs pourraient bien se décider à les stocker eux-mêmes. C’est en tout cas la  vision de Tesla ou de Mercedes qui lancent leurs premières batteries domestiques en Belgique, qui permettent d’abord de stocker l’électricité produite par des panneaux solaires. Notamment durant le milieu de la journée où leur rendement est au zénith mais où        personne n’est à la maison. Le second avantage étant de pouvoir la recharger la nuit sur le réseau lorsque l’électricité est moins chère et de la consommer ensuite lorsqu’elle est surfacturée. Alors qu’est-ce qu’on attend pour prendre son indépendance énergétique?

Avec une capacité de 6,4 kW, la Tesla Powerwall proposée chez nous par l’opérateur Eneco ne sera malheureusement pas encore suffisante pour alimenter un  ménage à toute heure du jour et de la nuit, et de janvier à décembre. C’est du moins ce que disent de nombreux experts relayés par les médias. Quoique… Damien Ernst, prof d’électromécanique de l’ULg, a sorti une   étude qui prouverait qu’un ménage belge équipé en photovoltaïque et en batterie domestique aurait financièrement intérêt… à lâcher son fournisseur d’énergie. “Je pensais que ses hypothèses étaient trop optimistes, annonce David Germani, mais ORES (le gestionnaire wallon des réseaux gaz et électricité – NDLR) a fait tourner ses simulateurs et arrive aux mêmes résultats.”

La suite du dossier dans le Moustique du 16 août 2016

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