Jean-Denis Lejeune et Raoul Hedebouw ont-ils fait sauter les derniers tabous de l’affaire Dutroux?

Avec les sorties simultanées de Jean-Denis Lejeune et de Raoul Hedebouw, ce sont des questions souvent soigneusement évitées qui font l'actualité et font écho aux débats actuels.

 

 

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Jean-Denis Lejeune, le papa de Julie, souffre depuis vingt et un ans. Depuis ce funeste jour de juin 1995 lorsque sa fille, accompagnée de sa copine Mélissa, s’était rendue sur le pont de l’autoroute pour jouer. Plus d’un an plus tard, après l’espoir suscité par la libération de Laetitia et Sabine, c’était la désolation : les corps des deux fillettes étaient retrouvés enterrés dans le jardin du désormais « ennemi public belge n°1 ». 20 ans plus tard, personne n’a oublié l’horreur. Michèle Martin, l’ex-épouse de Dutroux, refait sa vie après sa libération. Quant au pédophile, il purge sa peine assortie de petits caprices qu’une certaine presse se plaît à relever aussi souvent que possible.

Depuis lors, de l’arrestation au procès en passant par la marche blanche qui avait fait descendre 300.000 Belges dans les rues, deux questions n’ont jamais cessé de faire débat. A-t-on tout fait pour sauver « les petites » et faut-il laisser vivre des personnes capables de tels actes abjects ?

Et durant 20 ans, à qui réclamait la peine de mort pour les pédophiles, on opposait la carte « populisme » et à qui osait relever les failles de l’enquête pour retrouver les fillettes enlevées, on renvoyait aux conclusions du procès.

Mais quand, au détour d’un post Facebook empli de douleur, de ressentis et exprimant 20 ans de souffrance jamais digérée, le papa d’une des victimes, celui qui fut de l’aventure « Child Focus » dès le début, le personnage politique étiqueté Cdh, celui qui a récemment été à nouveau papa, a appelé à rétablir la peine de mort pour les meurtriers d’enfants insistant par la suite qu’être humaniste et actif dans l’humanitaire, ce n’est pas être angélique. La peine de mort en Belgique n’existe plus légalement depuis… juillet 1996. Mais si la loi d’abrogation n’était pas passée quelques jours avant la découverte de l’indicible, Marc Dutroux aurait-il été, sous la pression populaire, le premier à être exécuté depuis 1950 ? Peu problable. On ne pourrait pas le certifier avec la même assurance si les faits se passaient aujourd’hui alors que de New York à Istanbul en passant par Bruxelles, les populismes reprennent de la vigueur à cause d’une actualité dramatique (attentats,…).

Et que cette volonté de rétablir la peine de mort vienne d’une figure aussi marquante d’une affaire qui n’aura jamais cicatrisé en 20 ans risque de raviver les plaies, les cris et les passions. Il suffit de voir les commentaires et les likes suscités par le post de Jean-Denis Lejeune pour comprendre qu’on est loin, très loin, d’un quelconque apaisement.

De son côté, le député fédéral PTB, et tout jeune papa (depuis ce 12 août) Raoul Hedebouw s’est fendu d’une sortie publique qui ramène l’affaire Dutroux à la lutte des classes. Le Liégeois, spécialiste de la formule qui tue et des sorties bruyantes, affirme que les fillettes auraient pu être retrouvées si… elles avaient fait partie de familles riches et pas de familles ouvrières. Pour rappel, Gino Russo, papa de Mélissa, travaille toujours aujourd’hui chez Arcelor. Ramener une telle horreur à une affaire de classe, c’est lui qui utilise ces mots dans Le Monde, fait-il partie de ces dérapages incontrôlés de ceux qui parlent trop et trop vite ou est-ce l’expression d’une réalité qu’on veut encore (se) cacher ? Difficile cependant de voir sur base de quels éléments se base le député pour justifier ses propos. Dutroux était un prédateur déjà condamné pour des faits de droits communs mais jamais pour pédophilie et l’enquête a surtout souligné que tant la justice que les forces de police avaient été d’une incompétence surréaliste. Il ne manquerait qu’une petite touche de « réseaux qu’on nous cache encore » pour que l’intervention de Raoul Hedebouw reprenne l’ensemble des thèses de l’affaire Dutroux.

Qu’on le suive ou pas dans ses raisonnements, le député a prouvé par sa sortie que 20 ans plus tard l’affaire n’avait jamais cessé d’être un enjeu politique et une source inépuisable pour politiciens avides de visibilité.

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