The Catch: mauvaise prise

Malgré Grey’s Anatomy, Murder et Scandal, la reine du soap aurait-elle perdu la main? La dernière série labellisée Shonda Rhimes est une déception.

illus3116_catch

C’est l’histoire d’une série sur les fraudes à l’arrière-goût d’arnaque. Attendue par certains comme un matin de Noël, la dernière production Shonda Rhimes a déçu au déballage. À la fois “trop” et “pas assez”, The Catch régurgite mal les éléments du succès, pourtant puisés dans la bible d’une des femmes les plus puissantes de la  télévision américaine. Qui est cette quadra au succès retentissant qui vend des programmes sur son nom et sera honorée en tant que personnalité télé de l’année lors du MIPCOM de Cannes, à la rentrée? 

Alice Vaughan (Mireille Enos, de The Killing) est détective privée. Avec son amie Valerie Anderson (Rose Rollins), elle a monté l’un des plus importants cabinets de L.A. Sa spécialité? Démasquer les escrocs. Elle n’a pas vraiment le temps de choisir un cake pour son mariage avec le doux Christopher Hall (Peter Krause, Six Feet Under) car elle est très     occupée à chasser le mystérieux Mr. X. Elle aurait pourtant pu faire d’une pierre deux coups puisque le vaniteux arnaqueur n’est autre que le futur mari. Oups. À quelques semaines des noces, il embarque toutes les traces de son existence, les économies d’Alice et une partie non négligeable de son amour-propre. Double gloups. La détective privée n’a même plus une seule photo de lui. En parcourant ses albums, elle réalise que le parfait fiancé s’est toujours arrangé pour être flou, de profil, se cacher derrière sa main… Ah l’amour! Fou ce que ça rend aveugle quand même! On parie qu’elle l’aime encore, en plus. De son côté, le téléspectateur a plus de mal que la détective glamour à avaler les couleuvres qui rampent dans le script de The Catch. 

Comment cette série à la fois alambiquée et fadasse s’est-elle retrouvée sur Be tv, chaîne habituée à des produits haut de gamme? Deux mots magiques: Shonda Rhimes. En une bonne décennie, l’ex-gamine du Midwest a créé une marque surpuissante autour de sa boîte de production, Shondaland. Créatrice et scénariste du carton hospitalier Grey’s Anatomy, elle a réussi de nombreux tours de force, notamment celui de faire encenser le soap par des critiques allergiques aux bluettes. 
Ceux qui ne pouvaient citer Les feux de l’amour que du bout des lèvres se sont mis à crier leur amour pour ces intrigues mêlant coucheries et rebondissements fracassants. Il faut dire que Shonda Rhimes a su doper le style et lui imposer de nouveaux codes. Le sourire Ultra brite d’un casting over blanc, c’est fini. Sur ses plateaux, les chefs-opérateurs doivent s’adapter à toute la gamme Pantone qui va de la peau noire à la pâleur des rousses. Chez les stylistes, on lorgne enfin du côté des robes de couturiers pour habiller les rôles principaux, très souvent tenus par des femmes: Olivia Pope (Scandal), qui dissimule les actions douteuses de ses clients – quand elle n’est pas occupée à faire tourner la tête du président des États-Unis – ou Annalise Keating, avocate badass (Murder). Shonda Rhimes, c’est la diversité. La Directors Guild of America l’a d’ailleurs récompensée pour cela l’an dernier. C’est surtout l’égalité, des chances et des existences, dans une nouvelle télévision avec des scènes de sexe entre hommes tout aussi dénudées que quand il y a des seins à montrer. Des prises de position qui, dramatiquement, choquent encore en 2016 et donnent donc envie d’applaudir les monologues passionnés qui clament tout haut ce que l’humanité vit tout bas. 

La suite dans le Moustique du 3 août et sur notre kiosque en ligne

 

Sur le même sujet
Plus d'actualité