Le drame des gueules noires

En 1956, en Belgique, on troquait encore à l’ombre des terrils des hommes contre du charbon. Jusqu’à ce jour du 8 août où 262 mineurs perdent la vie dans la catastrophe du Bois du Cazier. Ils n’ont depuis jamais quitté nos mémoires. Évocation. 

illus3016_casier_detrauxpaquay

ous les récits concernant la catastrophe minière du 8 août 1956 concordent sur ce point: ce matin-là, le ciel sur lequel se profilent les deux chevalements métalliques du charbonnage du Bois du Cazier à Marcinelle était tout bleu. Et soudain, tout s’est fait noir. Noir de fumées inhabituelles. Et l’inquiétude de gagner très vite le quartier populeux environnant. Il se passe quelque chose à la mine! Femmes de mineurs, parents, enfants, amis, voisins courent vers la haute grille d’entrée, dont l’image fera bientôt le tour du monde. 
Mais avant même que le pays tout entier n’apprenne, à la radio, l’accident survenu à Marcinelle, sur place on ne doute plus de la gravité de la situation. Sans en mesurer encore toute l’ampleur. Sans imaginer que Frans,            Fernand, Amar, Reinhold, Jan, Panayote, Istvan, Benito, Donato, Felice, Salvatore, et tant d’autres, ne remonteront pas vivants du puits Saint-Charles. Soit 262 mineurs de 12 nationalités, dont 136 Italiens.
C’était il y a 60 ans. Mais cette catastrophe, la plus grande tragédie industrielle belge à ce jour, reste inscrite dans notre mémoire collective. Il faut dire que dès le début, son impact fut énorme, “démultiplié par son contexte”, comme l’explique Alain Forti, le conservateur du Site de l’ancien charbonnage du Bois du Cazier. “Cela s’est   déroulé en plein été, à un moment où l’actualité était plus légère. Les radios, dont Europe 1, ont fait des directs pendant plusieurs jours. La télévision, dont la nôtre encore naissante, était là. Les reporters suivaient les opérations minute par minute”. Pour la première fois, des téléspectateurs totalement étrangers au monde de la mine découvrent les risques liés au métier. Et sont bouleversés par le drame qui se joue à Marcinelle. Un drame issu de gestes professionnels quotidiens, familiers, qui soudain dérapent. 

Au fond du puits d’entrée d’air, au niveau 975, Antonio  Iannetta pousse un wagonnet chargé de charbon dans la cage de remontée. Mais, ce jour-là, l’encagement se passe mal. Et à la remontée, le wagonnet accroche une canalisation d’huile, arrache des câbles. Des arcs électriques se forment, mettent le feu à l’huile. Alimentées par les coffrages en bois, les flammes descendent par la cage. Les fumées riches en monoxyde de carbone se répandent dans les galeries. Sept ouvriers parmi lesquels le malencontreux encageur du 975 parviennent à remonter assez rapidement à la surface. Mais dans les galeries qui courent dans le sous-sol, où se trouvent encore 268 ouvriers, les fumées s’infiltrent, il n’y a plus de téléphone, plus d’électricité. 

La suite du dossier dans le Moustique à lire sur kiosque.moustique.be dès le 27 juillet 2016

Sur le même sujet
Plus d'actualité