Francofolies de Spa 2016: trois concerts qu’on a aimés ce jeudi

Le feu d'artifice de Ghinzu, la folk des grands espaces de Dan San, le poids des mots d'Antoine Hénaut.

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Ghinzu

L’histoire se répète. Le 21 juillet 2009, Ghinzu donne l’un des meilleurs concerts de son existence dans un Parc Des Sept Heures déchaîné. La formation belge, alors en pleine tournée promotionnelle de son album « Mirror Mirror » est sur son nuage et n’entend pas en redescendre. Sept ans plus tard, Ghinzu est de retour sur la terre de ses exploits. Même groupe, même ambiance de fête nationale, mais l’enjeu est différent. Alors que les fans attendent désespérément un successeur à « Mirror Mirror », Ghinzu sort de sa retraite pour une poignée de dates servant, d’après la rumeur, « à retrouver de nouvelles sensations ». Après Couleur Café, c’est au Village Francofou que leur vaisseau se pose et ça fait des dégâts. Ghinzu est d’attaque. Ghinzu a la niaque. Le son est énorme. Le public est chaud boulette et il ne suffit que de quelques minutes pour se rendre compte que nous allons vivre le meilleur moment de la journée -si pas du Festival. Galvanisé par la clameur de la foule, John Stargasm, leader en chef du combo bruxellois, fait son John Stargasm. Lunettes noires, veste en jeans de frimeur avec des oriflammes dans le dos, t-shirt noir, il ne reste pas en place. Derrière son clavier, sur la scène qu’il arpente en se lançant dans des contorsions de derviche tourneur punk, à la gratte, il donne tout ce qu’il a, à l’image de ses musiciens. Si le set offre quelques nouveautés, ce sont  les extraits de « Mirror Mirror » (Cold love, Mirror Mirror, Take it easy) et de Blow qui nourrissent le corps de la setlist. L’instrumental 21st Century Crooners et son crescendo de fin du monde font toujours autant de dégâts. Do you read me s’impose comme un grand classique de la pop belge (ça nous change de Rope dancer) et Blow, joué en rappel avec drapeau belge enroulé autour du cou trempé de sueur de John, est imparable. Autant nous avions été mitigés par son retour l’automne dernier, lors du festival des Libertés, autant Ghinzu nous a subjugués ce jeudi. Maintenant les mecs, il est temps de sortir votre album…

Antoine Hainaut

Que joli concert, il nous a servi, l’ami Antoine. Programmé à l’heure où le soleil se couche derrière la colline d’Annette et Lubin qui surplombe le Village Francofou, Hénaut l’Hennuyer pose ses accords organiques sur la scène du Parc. Le lieu est chaleureusement garni et le public ne se fait pas prier pour embarquer dans son univers poétique pétri de réalisme magique. Contrebasse électrique, claviers, batterie et guitare en bandoulière apportent de douces nuances à un répertoire qui s’articule autour du recommandable « Poupée Vaudou » paru au début de l’année. Bébé Antoine se raconte avec beaucoup de dérision, d’humour et d’amour. On aime son sens de la formule (« On fait sa vie comme on fait son cartable », « Soulevez nos alter ego », chante-t-il dans Sportif). On apprécie ses manières de faux timide, sa complicité avec ses musiciens et son fou rire lorsqu’il se prend un pain (quand il lève sa bière et dit « santé » à son « synthé »). Et lorsqu’il déroule l’irrésistible single La vie s’écoule on se dit que, eh oui, la vie c’est cool… Pas de doute, Antoine est un type bien.

Dan San

Ne croyez pas que nous faisons un fixette sur Dan San, mais si on vous en parle chaque semaine, c’est que la formation liégeoise est présente à chaque festival depuis le début de l’été. Rencontré dans les rues de Spa,  Thomas Médard, chanteur/guitariste à la chevelure de ménestrel nous confie qu’« il se passe à chaque fois quelque chose de très fort entre les Francos et Dan San ». C’est vrai. Sur le coup de 15h00, la grande foule se presse devant la scène Sabam For Culture. Et ce ne sont pas que de simples curieux, mais bien une assistance multi-générationnelle venue se blottir au creux des mélodies néo-folk extraites du poignant « The Shelter », deuxième album de Dan San paru au printemps dernier et plébiscité un peu partout. Ce jeudi, Dan San prend le pari d’en jouer quasi l’intégralité avec deux bonus notoires: la magnifique reprise de Heroes en hommage à David Bowie et l’entraînant Question Marks exhumé de leur premier long format « Domino » que Dan San sert dans une version plus électrique. Leur ingénieur du  son fait un sans faute pour mettre en exergue les harmonies vocales, les notes délicates de violon, les touches scintillantes de clavier et ces généreux arpèges lancés comme autant d’invitations au grand voyage. Un concert quatre étoiles. C’était du tout bon Dan San.

 

Photo: Jean-Raphaël Marot

 

 

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