Zéro déchet

Technologie, culture, mobilité…, la Belgique est un nid d’innovateurs. Les génies qui y naissent aujourd’hui mèneront les révolutions de demain. Cette semaine: la gestion des déchets. Une série en partenariat avec BX1.

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Et si le terme déchet venait carrément à disparaître? À Bruxelles, les initiatives pour les revaloriser poussent comme de la mauvaise herbe, sauf qu’elles rendent nos rues plus agréables à vivre. Tommy’s Gazette, par exemple, s’intègre totalement dans ce courant. Basée à Laeken, l’entreprise utilise du vieux papier 100 % recyclé pour créer des granulés de litières pour chats biodégradables. Un peu plus loin, à Anderlecht, Julien De Visscher, directeur de l’Atelier MCB, construit des décors de théâtre et d’événements réutilisables. Pour ce faire, il a mis au point des modules en bois “ venant de Belgique ” qu’il peut assembler et habiller selon les besoins. De retour à l’entrepôt, les plaques sont nettoyées et redécorées. Certes, après une cinquantaine d’utilisations, les décors deviennent trop usés, mais ils peuvent être entièrement recyclés! Quant à ces quatorze rhétoriciens de Notre-Dame des Champs, à Uccle, ils ont eu la bonne idée de créer une entreprise de gobelets… 100 % biodégradables à l’aide de gélatine d’algues pour remplacer le plastique.

Ce n’est que le début d’un mouvement. En mars dernier, la Région bruxelloise a libéré 13 millions d’euros pour lancer sa politique d’économie circulaire – par opposition à l’économie linéaire (récolte des matières premières, fabrication de produits, consommation, dépôt à la poubelle). Elle espère créer 200 nouvelles start-up d’ici 2019 et limiter au maximum le gaspillage. Au même moment, en Wallonie, le ministre de l’Environnement Carlo Di Antonio annonçait un “ plan wallon des déchets ”. Dans les cinq ans, toutes les communes devront ainsi s’équiper de poubelles à puce. Chastre, notamment, a pris de l’avance dès le mois de janvier. Chaque ménage possède deux conteneurs de taille variable: un pour les détritus résiduels (tout ce qui n’est pas repris dans le cadre des collectes sélectives) et un autre pour les ordures organiques (petits déchets de jardin, papier essuie-tout, produits biodégradables, etc.). Ainsi, au lieu d’acheter des sacs-poubelles, les Chastrois paient au poids. Cette mesure devrait les pousser à entretenir un compost et à limiter leurs immondices. Et pour les ménages qui n’auraient pas la place de garder deux conteneurs à domicile, le ministre wallon laisse le choix: les conteneurs peuvent être installés par quartier. Les communes pourront aussi continuer avec des sacs qui devront malgré tout être pesés. Cette mesure régionale n’empêche pas les initiatives individuelles d’apparaître. Il n’y a qu’à voir le nombre de “ repair cafés ”, visant à aider les     citoyens à donner une seconde vie à leur grille-pain ou à leur vieux vélo, et les magasins de “vrac”, comme l’Épicerie du Nord à Liège, qui n’emballent plus leurs produits. Chacun y vient faire ses emplettes avers ses paquets réutilisables.

Poubelle à la demande

Aucune étude récente n’énonce le taux de revalorisation des déchets en Belgique. Les études, notamment de l’Agence européenne de l’environnement, vieilles d’au moins trois ans, évoquent entre 40 et 60 %. Ce qui, à l’échelle planétaire, n’est pas si mal et nous placerait au troisième rang européen derrière l’Allemagne et l’Autriche. Depuis, cependant, de nombreux pays ont fait des progrès en la matière. En Finlande, certaines villes utilisent désormais la technologie Enevo. Chaque poubelle publique est composée d’une puce qui alerte les autorités communales en cas de débordement. Ainsi, les éboueurs viennent récupérer les ordures en fonction des besoins et non plus lors d’une tournée quotidienne. Cela évite la disparition de certaines matières dans la nature et ne coûterait pas plus cher qu’un système de collecte à la belge. Le système finlandais a en effet permis de découvrir que certains conteneurs publics étaient vidés deux ou trois fois par semaine alors qu’ils mettaient une semaine à se remplir. Reste que ne plus les remplir du tout, ce serait encore mieux. Pour tenter de venir à bout de la pollution marine constituée à 75 % de plastique (soit 250 millions de tonnes selon la fondation Ellen MacArthur), le groupe indien Bakeys propose désormais une alternative aux couverts en plastique: des cuillères et fourchettes comestibles fabriquées à partir de farine de blé, de farine de riz et de farine de sorgho. Ce mélange curieux procure aux couverts la résistance       nécessaire pour qu’ils ne se cassent jamais, peu importe la température de la nourriture, de la glace à la soupe brûlante. Vu le succès de ses produits, l’entreprise ouvre cet été une nouvelle usine afin d’augmenter sa production de 1,5 million d’unités par an à 800.000 ustensiles par jour. Dans la même vague, une chercheuse en génie industriel thaïlandaise propose de remplacer les assiettes en plastique par des plats en feuilles d’arbres locaux particulièrement rigides et résistants à la chaleur. 

Autre exemple de réutilisation de matières premières, le “ granulateur mobile ” inventé en Alsace: une machine installée sur un camion qui aspire et transforme les résidus de maïs et de colza en granulés de chauffage. La technologie n’échappe pas non plus à l’innovation. Nos voisins néerlandais ont planché sur le smartphone, dont, en moyenne, seuls 7 % des composants sont recyclables. Le Fairphone 2, sorti l’été dernier, est, lui, recyclable à plus de 50 %.

En Californie, San Francisco parvient désormais à réutiliser, composter ou recycler 80 % de ses ordures (un record planétaire!). Avant tout parce que la ville est en train de gagner le pari de l’économie circulaire. La ville californienne entend même d’ici 2020 arriver au fantasme du “ zéro déchet ”. Comment fait-elle? D’abord, elle a mis en place les services adéquats. À Vacaville, à une heure de route de San Francisco, existe un compost géant où les restes de nourriture, les herbes coupées et les branchages sont conservés. 
Sur le plan législatif aussi, ça suit. Les bouteilles en plastique sont interdites et remplacées par de nombreuses fontaines à eau publiques. Les sacs en plastique ont, eux, été troqués contre des sacs en papier. Quant aux professionnels du bâtiment, ils ont désormais l’obligation de recycler 65 % de leurs déchets et les citoyens sont forcés de trier sous peine d’amende allant de 100 à 1.000 dollars. La Belgique semble d’ailleurs lui emboîter le pas. Les sacs plastique à usage unique d’une épaisseur de moins de 0,05 millimètre et ceux fournis aux rayons fruits et légumes seront interdits dans tous les espaces de vente en Belgique d’ici deux ans. Un pas de plus dans la bonne direction. Mais pour réussir le pari du “ 0 % de déchet ”, c’est un autre défi qu’il faudra relever: recycler les mentalités.

Retrouvez nos journalistes sur BX1, la télé locale de Bruxelles, pour parler de ces sujets « Un autre monde »

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