Esperanzah!

Une affiche différente pour penser le monde autrement.

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Ouvert sur les réalités d’une planète en mutation, Esperanzah! dévoile une programmation audacieuse et défricheuse. Ici, on est loin des poncifs commerciaux et autres blockbusters proposés sur les affiches du tout-venant festivalier. Pour son quinzième anniversaire, le festival, qui se déroule du 5 au 7 août, joue d’abord et surtout sur ses atouts. Déjà, il y a le cadre, historique et enchanteur, de l’Abbaye de Floreffe. Dans ce décor pittoresque, les organisateurs s’appliquent à démanteler les clichés qui collent, encore et toujours, à la semelle des musiques dites « du monde ».

Avec un ticket combi « 3 jours » à 69 euros, Esperanzah! reste certainement l’événement qualitatif le plus démocratique de l’été. Deux valeurs essentielles pour une manifestation engagée qui n’hésite jamais à se mouiller en marge des mélodies : campagne de sensibilisation (cette année, la lutte contre le TTIP et les traités de libre-échange), arts de la rue, animations, spectacles jeune public, cinéma et performances nocturnes animent autrement les festivités. Véritable acteur sur le terrain de la politique culturelle, Esperanzah! travaille avec des partenaires éthiques et reste sensible à la question du développement durable. Les forces vives du festival ont d’ailleurs pris l’habitude de se retrouver dans le Village des Possibles, un lieu de rassemblement pour semer les graines du changement.

Parallèlement à ces initiatives citoyennes, le festival propose quelques jolies sensations musicales. Tout en haut de l’affiche, l’ami Manu Chao débarque ainsi avec sa Ventura pour une formule spéciale 15 ans « Forca Esperanzah! ». L’occasion de réaffirmer les valeurs du festival avec des surprises et quelques invités inédits. L’icône punk Patti Smith est également de la partie. Entre lectures et poésie, l’Américaine a coutume de transformer ses concerts en lieux de partage et de transe collective. Un classique. Au rayon hip-hop, Esperanzah! s’en remet à Bigflo & Oli : deux petits gars qui n’ont absolument rien à envier aux grands.

À travers sa programmation, Esperanzah! met également à l’honneur la diversité et le métissage de la scène locale. Entre les envies pop et voyageuses du groupe bruxellois FùGù MANGO et les symphonies sans frontières de l’Orchestra Vivo !, on découvre le projet Refugees for Refugees. Soit vingt musiciens originaires de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan ou du Pakistan. Venus de loin, leurs instruments s’unissent en Belgique pour donner naissance à une musique singulière: un chant d’espoir qui raconte les vérités de l’exil. Un concert pour aller au-delà des préjugés. Vers plus de tolérance.

Avides de découvertes, les organisateurs restent également sensibles aux révélations, aux grands noms de demain. Cette année, Moustique mise beaucoup sur la voix envoûtante de l’Anglaise ALA.NI, sur la fanfare futuriste Too Many Zooz et sur les trois sœurs d’A-Wa. Un projet qui colore le folklore yéménite en rose fluo et passe les chants traditionnels du désert à la moulinette électro.

À l’écart des logiques du marché et de tous les buzz prémâchés, Esperanzah! prône l’avènement des musiques hybrides en programmant des artistes qui n’hésitent jamais à franchir les frontières qui séparent les genres musicaux. De ce côté-là, on s’en remet volontiers à Dub Inc., Emir Kusturica (et son Non Smoking Orchestra), au pionnier de la french touch Ludovic Nvarre, alias Saint Germain, à Odezenne ou à la délicieuse Anoushka Shankar (la fille de Ravi) qui crée des ponts entre les continents sur les cordes de son sitar. Sur la route des festivals d’été, un autre monde est donc envisageable. Bienvenue à Esperanzah!

Esperanzah! – Du 5 au 7 août 2016 – www.esperanzah.be

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