Dour Festival: nos 8 coups de coeur du vendredi

La Femme, La Jungle, la fête du soutif avec Peaches, la rave et Glü qui colle aux oreilles. Dour 2016, c'est énorme.

moustiquepeaches_1

La Jungle

A Dour, à l’heure de l’apéro, ça se passe dans Le Labo. Dédié aux créateurs de musiques transgéniques et autres amateurs de sons en mutation, l’espace accueille La Jungle. Un nom luxuriant sous lequel se cachent deux beaux spécimens: le batteur Rémy Venant et le guitariste Mathieu Flasse. Aux pieds des terrils, les deux garçons sont comme à la maison. C’est qu’ils jouent quasiment à domicile. Originaire de Mons, le duo dessine de nouvelles lignes d’horizons entre une six cordes chargée d’électricité et des percussions échappées d’une cavalcade sous haute tension. Une guitare, une batterie. Dans les tranchées du rock alternatif, l’équation est familière, bien rôdée, battue et rebattue. C’est là tout le mérite de La Jungle. Capable de transcender une formule largement éprouvée, le groupe culbute les idées reçues avec une collection de morceaux hyperkinétiques. En quelques minutes, Le Labo est transporté dans une transe tribale, un rituel vaudou, un trip tout fou. Sorte de kermesse psychédélique sous stroboscopes épileptiques, la prestation de La Jungle est un formidable fourre-tout. Ici, krautrock, math-rock ou noise rock défilent sur le dancefloor avec une sérieuse envie de gigoter. Entre danse et pogo, sauts de biches et cabrioles de kékés, les bras se lèvent pour saluer la performance. Énorme.

Peaches

Six ans après ses dernières prises de position, Merrill Beth Nisker enfile de nouveau se tenue d’icône dévergondée : Peaches est de retour avec l’album « Rub ». Excellente excuse pour entamer une tournée déjantée. L’étape du jour fait donc escale à Dour. Terreur qui corrige les erreurs, révolutionnaire sexuelle, la Canadienne ressort l’artillerie electroclash et agite le fessier sur une brigade de beats sans bretelle. À défaut d’être originale, la formule n’a rien perdu de son efficacité. Dans le public, le message passe d’ailleurs plutôt bien : les guiboles se dérouillent et les soutifs se dégrafent. Sous la Jupiler Dancehall, c’est carrément la fête du slip. Architecte de slogans à scander en dansant (‘Fuck The Pain Away’), Peaches tend un majeur en direction des misogynes et propose une autre image de la femme. Loin de l’objet, toujours plus près des plaisirs de la chair. Avec son show débauché et libertin, Peaches la met toujours bien profond aux machistes de tous poils. Respect.

Hamza

Nouvelle tête de série du hip-hop bruxellois, Hamza claque des mots délétères sur une bande-son synthétique et ultra raffinée. Programmé dans la Cannibal Stage ( !) juste après Dog Eat Dog ( !!) et Mass Hystéria ( !!!), l’artiste débarque sur scène avec son nouvel album sous le bras (« Zombie Life »). Casquette par-dessus la tête, lunettes de soleil vissées sur le nez, le gars embarque la langue française en city-trip. Fantasmée du côté d’Atlanta, sa musique tient à la fois du cloud rap, du trap et de tout ce que le Dirty South a infusé de toxique dans l’histoire du hip-hop. Derrière des sons affriolants et quelques mélodies bien sexy (La Sauce), la déviance fait la loi et les fantasmes ont tous les droits. Ultra influencé par les Américains Future, Migos, 2 Chainz ou Young Thug, le petit Hamza se fait des films érotico-gansta dans des morceaux dopés à l’auto-tune. Narrateur improbable d’un scénario imaginé à la croisée d’un film de boules et de Scarface, l’artiste amuse la galerie et soulève l’enthousiasme d’un public ouvert à son délire. Grosse ambiance.

 

La Femme

Après son triomphe aux Nuits Botanique, la très (trop) branchouille formation française proposait sa fête totale sous le chapiteau de La Petite Maison Dans La Prairie. En une heure d’une rare générosité, La Femme a déployé tous ses charmes. Des looks pas possibles, des notes de synthé vintage renvoyant autant à Elli & Jacno qu’aux premiers albums de Sttellla période Boucheries Productions, des grattes allant chercher leurs influences du côté de Suicide et du Velvet… Un vrai tourbillon. Contrairement à ce qu’on lit ailleurs, il n’y a rien d’original dans leur musique. Conformément à ce qu’on lit partout, c’est irrésistible et à consommer sans modération. Un vrai groupe de festival.

Glass Museum

Lauréat du Tremplin Dour 2016 qui a enregistré pas moins de 300 candidatures, Glass Museum est un duo atypique originaire de Tournai. Après avoir œuvré dans différents projets, deux potes d’enfance, le pianiste Antoine Flipo et le batteur Martin Grégoire, ont uni leurs forces voici six mois en choisissant comme nom de baptême le titre d’une chanson de Tortoise. Leur prestation au Labo du Dour Festival, ce vendredi sur le coup de 14h15, était seulement le deuxième concert de Glass Museum. Mais on peut déjà mesurer toute la maîtrise musicale et la pertinence du propos. Antoine et Martin sont face à face et développent des trames instrumentales qui s’inspirent du jazz, de la techno light, voire au classique. On pense aux effluves de Craig Armstrong, aux tracks ambient du Moby du début des années nonante mais aussi au Placebo de Marc Moulin. En six mois de répétition, le Musée de Glace a réussi à concocter une cocktail enivrant de morceaux. Le projet doit encore mûrir, le live s’agrémenter de l’un ou l’autre élément visuel mais la substance est là. A la fois riche, originale et à croisée des chemins. Glass Museum s’est donné un an pour enregistrer un premier EP. Nous en reparlerons.

Dan San

Après les Ardentes, une série de concerts au Québec et avant les Francofolies de Spa où ils sont attendus ce 21 juillet à 15h00, Dan San débarquait en plein jetlag sur le site de La Machine à Feu. Programmés au Labo en début de soirée, les Liégeois devaient jouer face à une rude concurrence qui se déployait sur les scènes voisines. Etincelante et euphorique aux Ardentes, leur folk crépusculaire et onirique aurait mérité de toucher plus de cœurs ce vendredi. Car i y avait vraiment peu de monde pour apprécier l’enchaînement magistral de Nautilus I et II, Dream ou encore America. Même si on les adore, il faut reconnaître qu’il leur a manqué cette petite étincelle pour transformer un bon concert en un  souvenir incandescent. Dan San aurait gagné à jouer plus tôt dans l’après-midi ou après une nuit de repos dans un vrai lit douillet.

La Redbull Elektropedia Balzaal

Un festival dans le festival, un lieu extraordinaire dans le sens « hors de l’ordinaire », une réussite majeure du Dour Festival. Bref, un truc de dingue où l’irréel devient la norme. Soit une scène plantée au pied des terrils. Sur ces amas de résidus miniers, de drôles d’engins semblables à des mini-soucoupes (non) volantes balancent leur gyrophares aveuglants dans la nuit. Sur les armatures de la scène, des écrans LED proposent les dernières créations d’un collectif de video jockeys, tandis que derrière la console se succèdent les meilleurs producteurs techno, house, drum & bass du moment. On ne sait pas toujours qui joue, on s’en fout, tout comme les 10.000 raveurs qui squattent l’endroit et s’éclatent jusqu’à en perdre la raison. Si vous voulez vivre une expérience inoubliable, vous êtes au bon endroit. C’est ici que le réalisateur Danny Boyle doit tourner la version 2.1 de Trainspotting.

Glü

C’est facile de l’affirmer avec un nom comme ça, mais c’est la réalité. Glü propose une musique qui colle aux oreilles. Soit un mélange hybride dr drum & bass, de hip-hop, de trip-hop, de dubstep et de breakcore boosté par de nombreuses références cinématographiques. La particularité de ce projet bruxellois et de tout jouer en live. Pas de triche avec Glü, comme le souligne Ponpon en présentant la groupe au Labo. Le son est puissant et hypnotique. La musique évoque des groupes comme Red Snapper, voire Soul Coughing avec une batterie impressionnante, de la basse, des grattes, un Korg et un MC qui débarque toujours au bon moment. Une découverte pour nous, un plaisir pour leur fan base qui squattait les premiers rangs, une claque pour tous. On va foncer sur leurs deux EP’s disponibles sur le site www.leglu.com.

Texte: Nicolas Alsteen, Luc Lorfèvre

Photo: Alexis Taminiaux/AVPRESS

 

 

 

 

Sur le même sujet
Plus d'actualité