7 trucs à retenir de la journée de jeudi à Dour

Le hold-up de Wiz Khalifa, la niaque de The Prodigy, la coolitude de Dan Deacon, les bonnes vibes du Bar dans le Bois.
 

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Wiz Khalifa

Les rappeurs en festival, c’est tout ou (presque) rien. Ouf, ce jeudi, avec le Wiz, nous avons eu droit à un concert chaud boulette, fédérateur et généreux sur un site de la Machine à Feu plein comme un sandwiche mitraillette. Jeans impeccable qu’il doit sans doute mettre à la poubelle après son show, tatouages tapissant le corps, calebut Tommy Hilffiger, Cameron Jibril Thomaz (son vrai nom sur son ID) pète la forme. Il joue en terrain conquis, harangue les premiers rangs, est appuyé par un DJ aussi attentif qu’inspiré et suscite bien sûr des clameurs complices quand il fait l’apologie de la weed. Mi-provoc’, mi-toquard, il a déclaré jadis dans une interview qu’il « fumait 18.000 dollars d’herbe par jour ». A Dour, il n’est pas dans un nuage -enfin pas trop- et impose son flow avec aisance alors que le soleil se couche sur les terrils. C’est trop beau. Finalement, on le croit quand il chante «Work hard, Play hard ». Deux ans après avoir réalisé le hold-up parfait aux Ardentes, Wiz Khalifa signe une prestation qui va marquer les esprits à Dour. La Belgique donne les vibes au rappeur du Dakota.

Ulysse

On parle d’Ulysse, mais on pourrait citer tous ces autres jeunes artistes en devenir qui ont le privilège, mais aussi la tâche redoutable, d’ouvrir une des neuf scènes de Dour, alors qu’une majorité des festivaliers se prélasse encore dans les bras de Morphée. Sur le coup de 14h, au Jupiler Dance Hall, Arnaud, Julien et Benoît s’en tirent plutôt bien. Lauréat du Tremplin Dour en 2014, le trio a fait du chemin, assuré de belles premières parties, sorti les prometteurs EP’s « U as in Ulysse » et « Cashmere Guns » et peut déjà compter sur un fan base de jolies post-adolescentes. Les trois mecs sont plutôt beaux gosses, ont un look différent et de bons goûts musicaux. Samplers, ligne de basse, gratte et surtout vraies démangeaisons pop dans le refrain… Leur recette est particulièrement bien dosée. Entraînant et parfois un peu trop propre, leur set mériterait toutefois un peu plus d’énergie dans les enchaînements d’autant que la base est là. Cela tient de la prouesse de faire danser du public à cette heure matinale, enfin matinale selon le Dour Time. Et Ulysse l’a réussie. On les revoit avec plaisir aux Francofolies de Spa ce 23 juillet, scène Proximus et… toujours à 14h.

Le Bar dans le Bois

Avec l’espace Bières Artisanales, le service Wasman qui lave les mains des festivaliers ou encore ces faux Bobbies qui veillent à la propreté du site, le cultissime Bar dans les Bois contribue au caractère unique du Dour. Planqué au milieu d’un bois (eh oui), cet espace chill offre des hamacs, des tables en bois, des bancs et des toilettes naturelles où les copeaux  remplacent la chasse d’eau. Cerise sur le gâteau (bio), à côté du bar, on trouve la Cabane dans le bois où les dj’s se succèdent dans une ambiance « 100% bonnes vibes ». Le Team Moustique a eu le privilège d’assurer l’animation de l’ouverture du Bar ce jeudi en proposant un DJ set sans frontières: de Sugarhill Gang à Tame Impala en passant par le Supernature de Cerrone ou le Eisbaer de Grauzone… Nous nous sommes tellement amusés qu’on a joué trente minutes de plus que l’horaire prévu. L’endroit où on adore traîner entre deux concerts… Si vous n’êtes pas sur le site, sachez que Radio Dour (www.radiodour.be) diffuse tous les sets en streaming live.

Flavien Berger

Grosse ambiance au bien nommé Labo pour le zarbi Flavien Berger. Remettant les sons du rock et de la new-wave des années 80, Berger suit son étoile et affirme sa différence. Sans se prendre au sérieux, ce prof de formation casse les codes, pond des mélodies entêtantes (La fête noire, Bleu soumarin) et sous son air « je suis cool, je ne me la joue pas », séduit bien plus que toute une série de frenchies branchouilles. Entre Partenaire Particulier, Air et Sébastien Tellier, Flavien le malin a trouvé sa place.

Dan Deacon

Avec ses lunettes de geek et sa dégaine d’informaticien, Dan Deacon n’a l’air de rien. L’artiste américain débarque dans Le Labo tranquillou. Avec son petit bide, un short et son beau t-shirt moulant. Connu pour ses concerts totalement délirants – avec des concours de breakdance et des farandoles géantes dedans –, le barbu de Baltimore s’est fait un nom en détournant les codes de l’électro. Bidouilleur rigolo, gigolo éclairé, l’artiste chauffe les festivaliers dans un flot continu de samples scintillants et de beats sautillants. Bonne ambiance. Volontaire, décalée, la prestation offre de beaux moments de communion dévergondée et quelques instants d’incompréhension. Quand Dan Deacon sautille par-dessus une musique électronique complètement timbrée, ça passe comme une leçon accélérée d’aérobic sous barbituriques. Par contre, quand il tente d’orchestrer une danse chorégraphiée, ça capote sévère dans la fosse. Le public de Dour est comme ça : on ne lui demande rien, il retourne tout. On lui tend la main, il s’en fout. Bon esprit.

Mac DeMarco

En face, dans la Petite Maison dans la Prairie, Mac DeMarco fait le plein. Faut dire qu’en quelques années, le Canadien de Brooklyn est monté tout en haut de l’affiche avec, dans les poches de sa salopette, le statut du « mec le plus cool du monde ». Dents du bonheur, sourire du plaisir : le guitariste divertit son public dans la joie et l’insouciance. Dopé par cet énorme capital sympathie, Mac gagne la clameur des festivaliers. Sans forcer. Clope au bec, casquette sur la tête, il retrace les grands moments de sa discographie (Salad Days, Ode To Viceroy, Let Her Go, Chamber of Reflection) du bout de sa guitare magique. L’univers décalé de Mac doit beaucoup au décor planté sur le manche de la six cordes. C’est un son chloroformé, aquatique et nonchalant qui donne envie d’aimer, de se dandiner comme un crabe au fond de l’océan. Au micro, DeMarco se démarque en chantant l’amour à sa façon. Dévoué et désinvolte, bouffon et sensuel, le crooner-bohème vise juste. Si l’émotion est au cœur de chaque chanson, il convient de souligner que les morceaux des deux disques sortis l’été dernier (« Some Other Ones » et « Another One ») passent moins bien. Trop mielleux ou pas assez accrocheurs. Qu’importe. Mac retombe toujours sur ses pieds nus. En fin de parcours, il entonne la mélodie du tube Still Together (qui singe toujours aussi bien le refrain du ‘Lion est mort ce soir’) et en profite pour se jeter dans la foule, histoire de surfer de tout son corps sur les mains levées. Avant de quitter la scène, un des musiciens du groupe se confie : « C’est l’histoire du premier CD que j’ai acheté… C’était ‘The Fat of The Land’ de Prodigy. Aujourd’hui, nous partageons l’affiche avec eux. Merci Dour ! » De rien les gars.

The Prodigy

Toujours épaulé par ses deux trublions déjantés – l’iroquois Keith Flint et le black Maxim –, le boss Liam Howlett s’affaire derrière ses machines sur The Last Arena. Plus de vingt ans après ses premiers succès, le groupe anglais cartonne, cogne et pilonne toujours aussi méchamment. De retour avec un sixième album plutôt convaincant (« The Day Is My Enemy »), la troupe concocte une implacable mécanique électronique : une sorte d’appareillage à remonter le temps (des rave parties et des champs). Taillés pour la scène, les beats XXL des hits ‘Firestarter’, ‘Voodoo People’ et ‘Smack My Bitch Up’ déclenchent de purs moments d’hystérie dans le public, composé pour l’essentiel d’ados qui n’étaient pas nés quand ces tubes intergalactiques sont tombés du ciel. Ce soir, à Dour, la transmission intergénérationnelle passe à merveille, mais jamais dans la finesse. Véritable rouleau compresseur, The Prodigy tabasse les tympans avec l’art et la manière. Mais sans jamais révolutionner son histoire.

 

Texte: Nicolas Alsteen, Luc Lorfèvre

Photo Luca Pistone/AV PRESS

 

 

 

 

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