votre psy est-il en règle?

Chez qui va-t-on quand on va chez le psy? Le métier sera bientôt réglementé par la loi concoctée par Maggie De Block. En attendant de savoir si c’est une bonne ou une mauvaise chose pour les patients, le projet alimente les discussions et les pétitions.

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Oui, aujourd’hui, il y a des charlatans qui soignent les âmes. Et demain? Il y en aura encore… Sauf qu’ils ne pourront plus porter le nom de “psy”. Pourquoi? Parce que la nouvelle réforme initiée par la ministre de la Santé Maggie De Block risque de faire naître une zone grise où des personnes sans reconnaissance officielle vont s’engouffrer. Le patient devra être vigilant… Décryptage.
Plus d’un Belge sur 10 consomme des antidépresseurs. Pire, on dépasse les 90.000 burn out par an. Avec de tels chiffres, une excellente prise en charge de la santé mentale est réellement indispensable dans notre société. Si certains médicaments sont efficaces pour traiter des pathologies mentales, ils ne sont pas LA solution. Loin de là. Parler, communiquer, dialoguer peut également aider des hommes et des femmes à se sentir mieux dans leur peau. La psychothérapie trouve là sa place dans un éventail d’opportunités de soins.

Pour être certaine que cette prise en charge soit la meilleure, Maggie De Block a voulu que la psychothérapie soit reprise dans la loi comme étant un type de traitement spécialisé: volontairement réservée aux psychologues cliniciens, aux orthopédagogues cliniciens et aux médecins ayant suivi une formation complémentaire. Mais pourquoi? “En cas de problèmes, non seulement la justice mais aussi l’inspection de santé pourront intervenir. Les prestataires seront   tenus de respecter la loi relative aux droits du patient”          lâche-t-elle avec vigueur.

Marchands de l’âme

Son projet de loi permettra au “patient de vérifier si son thérapeute est autorisé à exercer sa profession”. Fini, pour elle, la présence de farfelus sur le terrain comme l’évoquait Johan Parisse, président de la Fédération belge des psychologues, dans une interview récente au site Internet du secteur, le Guide social: “Le problème, c’est que la psychothérapie est devenue un refuge pour des personnes qui font leur crise de la quarantaine. Pour donner un sens à leur vie, elles décident de devenir psychothérapeutes.” Évidemment, la nouvelle loi de Maggie ne permettra plus à ces thérapeutes, s’ils ne sont pas diplômés, de pratiquer… Toutefois, cela ne les empêchera pas d’exercer dans l’anonymat et surtout sans formation obligatoire! Dans l’ombre, ils deviendront comme les marchands de sommeil, les marchands de l’âme. D’autant plus que la ministre de la Santé a prévu, en attendant que la loi entre en vigueur, des mesures transitoires pour certains praticiens de la psychothérapie qui ne disposeraient pas du diplôme exigé.
Pour l’heure, le débat fait rage entre les différents intervenants du dossier. Ces détracteurs plus francophones que flamands condamnent “une vision scientifique anglo-saxonne peu en phase avec le terrain”. Plus de 250 institutions professionnelles, de formation, de soins ainsi que des enseignants universitaires ou des hautes écoles ont écrit au Premier ministrej Charles Michel pour lui demander de suspendre le vote de la loi: “Le projet de loi nous semble incompréhensible et préjudiciable aux patients”. La psychanalyste Laurence Erlich Hislaire, au travers d’une carte blanche dans L’Écho, s’insurge: “Contrairement à un grand nombre de pays européens, dont la France, la Belgique ne reconnaît pas la psychothérapie comme une profession, mais comme un traitement médical. Sous couvert de mettre en place, enfin, une loi encadrant une profession jugée trop floue, sous prétexte encore de protéger le grand public de “charlatans”, la pratique de la psychothérapie ne peut être exercée désormais que par des médecins, des psychologues cliniciens ou orthopédagogues formés à l’université…” Et donc une        approche basée sur la “preuve” et le “résultat”, dans un    domaine éminemment subjectif. De son côté, Cécile Jodogne, DéFI, ministre francophone bruxelloise de la Santé, regrette la démarche qui a conduit à cette nouvelle loi:  “Il n’y a pas eu de concertation, ce n’est pas acceptable”.

Face à ces critiques, Maggie De Block compte de nombreux soutiens en Flandre et aussi du côté francophone comme le Groupe de concertation sur la psychothérapie: “Le GCP     adhère aux dispositions portant sur la psychothérapie parce qu’elles contribueront à protéger réellement le patient en promouvant un exercice de qualité étayé par une formation exigeante, des méthodes rigoureusement évaluées et les apports constants de la recherche”. Reste la question: que feront les patients et les médecins qui ont l’habitude de travailler avec des psychothérapeutes, jugés compétents par eux, qui pourraient ne pas obtenir leur agrément dans la nouvelle loi?

La suite du dossier dans le Moustique du 13 juillet 2016

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