Bruce Springsteen magistral à Werchter

Vingt-sept chansons et deux heures quarante-cinq de concert d'une musicalité rare. Le Patron nous a régalés ce samedi au TW Classic.

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« Est-ce qu’un rêve se transforme en cauchemar s’il ne se réalise pas? », s’interroge Bruce Springsteen, 67 ans, dans la chanson cultissime The River. Ce samedi, les 65.000 fans, dont de nombreux jeunes entassés aux premiers rangs, réunis dans la plaine du Brabant flamand n’ont pas eu à chercher la réponse. Leur rêve de voir un concert inoubliable s’est transformé en réalité. De Prove it all night à If I should fall behind, Springsteen et ses neuf musiciens du E Street Band ont offert durant près de trois une prestation rare et même historique sur un plan statistique. Pour la première fois depuis le début de cette « River Tour », ce n’est pas ce double album de Springsteen enregistré en 1980 qui a fourni la matière la plus importante de ce show. Avec six extraits, c’est « Born in the Usa » qui a été le plus visité. Autre première aussi pour les addicts, la version acoustique, harmonica/guitare, de la poignante ballade Mansion On The Hill que Bruce a interprétée à la demande d’un fan.

C’est unique pour une star de ce niveau. Avec Bruce, la setlist change en effet chaque soir. Le petit jeu, désormais bien connu des fans, est de venir au spectacle avec un carton sur lequel on inscrit le titre de son choix. Lors de ses fréquentes plongées dans la foule, Springsteen « va faire son marché », arrache, ici, une pancarte, là, une banderole. Il remonte sur scène, indique à ses musiciens quel morceau jouer et, hop, c’est parti. C’est pas avec les Red Hot ou PNL qu’on aurait ça. Ce samedi, cinq titres ont été décidés de cette manière : Thunder road, Mansion on the hill, American skin (41 shots), Bobby Jean et If I should fall behind, cette dernière jusqu’à présente inédite sur la tournée.

Avec lui, pas besoin de décor, de poupée gonflable ou de feux d’artifice. Les vrais effets spéciaux, c’est dans la musique qu’on les trouve. Bruce Springsteen n’a jamais été aussi heureux de se retrouver sur scène avec son groupe. On le constate dès le premier morceau, Prove it all night quand il éclate de rire en plein duel de guitare/voix avec le fidèle Steven « Soprano » Van Zandt. Sur Because The night, le classique qu’il a co-écrit pour Patti Smith en 1978, c’est la complicité avec Nils Lofgren qui est remarquable. Le solo tournoyant de Lofgren élève encore un peu plus cette love song intemporelle. Et quand 65.000 chantent à pleins poumons « parce que la nuit appartient aux amoureux », on peut vous assurer que les larmes vous viennent aux yeux. Sur le très Beach Boys Waitin’ on a sunny day, Bruce va chercher une gamine de dix ans dans le public et la fait chanter a capella. Grand frisson à voir dans la vidéo ci-dessous. Pendant The River, on n’entend que les moustiques voler dans la plaine. Suspendu aux mots et aux notes d’harmonica, le public se recueille religieusement alors que quelques minutes il a laissé éclaté toute sa joie hédoniste sur la ballades des cœurs perdus Hungry Heart. Sur Spirit in the night, chanté comme un prêche d’église et traversé de cavalcades de guitare, Bruuuuuce glisse plusieurs fois le mot « Belgium » dans le refrain et ça fait l’effet souhaité.

Elle est aussi là, la force de Springsteen. Il est aussi là le secret de sa longévité. Elle est aussi là sa capacité à renouveler son public et faire sold-out chaque soir. Avec lui, même un morceau « moyen » se transforme en grand moment par la magie de la spontanéité. Prenez Sherry Darling, extrait de The River, qui n’est pas à franchement parler un classique du Boss. Ce samedi, dans la nuit incandescente de Werchter, il en a fait une communion de plus de dix minutes. Le Boss au milieu de la foule serrant des mains, Little Steven tout a droite de la scène et le saxophoniste Jake Clemons (neveu de Clarence Clemons), tout à gauche, sortant un solo « de la mort qui tue ». Que c’est beau le rock and roll quand il joué de cette manière. On a dû voir le Boss plus de vingt-fois sur scène mais nous signons des deux mains s’il revient l’année prochaine.

 

La setlist

Prove It All Night

Darkness on the Edge of Town

No Surrender

The Ties That Bind

Sherry Darling

Spirit in the Night

Thunder Road

Hungry Heart

Cover Me

You Can Look (But You Better Not Touch)

Death to My Hometown

Mansion on the Hill

The River

American Skin (41 Shots)

The Promised Land

Darlington County

Waitin’ on a Sunny Day

Because the Night

The Rising

Badlands

Born in the U.S.A.

Born to Run

Dancing in the Dark

Tenth Avenue Freeze-Out

Shout

Bobby Jean

If I Should Fall Behind

 

Photo: M.G.

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