Les Ardentes s’embrasent et affichent quasi sold-out

Pour son quatrième jour, le festival liégeois ondule entre rock et hip-hop. En attendant l’arrivée de Pharrell, ça se passe sous le soleil !

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Samedi, début d’après-midi, les guitares résonnent dans l’Aquarium. Pour le coup, l’espace fermé porte bien son nom. Ici, le son flotte et les chansons surnagent sous les voûtes en ferrailles. Sur scène, pas trop déstabilisé par les soucis acoustiques, Moaning Cities appuie à fond sur la pédale de distorsion, levant le voile sur de nouvelles chansons. Depuis quelques semaines, le quatuor bruxellois prépare activement la rentrée avec l’arrivée annoncée de son deuxième album (« D.Klein »). Du coup, aux Ardentes, le groupe affirme une esthétique renouvelée. Toujours suivi par l’ombre de quelques héros psychédéliques (The Doors, 13th Floor Elevators, tout ça), Moaning Cities joue moins qu’autrefois sur les consonances mystico-orientalisantes, préférant brûler l’encens dans des morceaux hautement inflammables : des tranches de rock qui crépitent sous un ciel orageux et électrique. Concises, les compos agrippent le cervelet avec des riffs précis, incisifs. Une excellente entrée en matière.

Quand Drake, de passage à Londres avec Rihanna pour les Brits Awards en février dernier, choisit de faire une apparition surprise dans un concert, il se pointe à celui des Section Boyz, à Shoreditch. Une belle preuve de reconnaissance… Et qu’est-ce qu’on le comprend ! La formation londonienne est l’une des plus excitantes du moment. Avec ses textes crus, ses rythmiques électroniques et la fougue de ses membres, l’album « Don’t Panic » s’est rapidement imposé au top des charts UK. Mieux, le collectif est nommé « Best Newcomer » aux MOBO Awards de 2015. Et ils n’ont pas volé ce prix. La preuve en début d’après-midi ce samedi à l’open air, devenu chape de plomb sous la chaleur. Complètement survoltés, ces princes du grime made in England (Skepta es-tu là?) ont pris possession de la scène comme une bande de gosses occuperait une cour de récréation : avec envie et énergie. A la cool, malgré leurs survêtements, les six MC exhortent la foule à sortir de sa torpeur, s’ébrouent et attirent toutes les oreilles curieuses dans leurs filets. Roll With Me, Do The Road, Don’t Like That, chaque titre, mis bout à bout, semble mener à la même direction : l’explosion. Chaud, chaud, chaud.

Dans le HF6. Caballero & JeanJass, qui ont unis leur force pour le projet en duo « Double Hélice » se lancent tout feu, tout flamme et tout de blanc vêtu. Rassérénés par de nombreuses dates, les rappeurs qui comptent chacun une dizaine d’année d’expérience à leur actif, ont fait fructifier leurs talents mutuels pour offrir un live ultra-efficace. Flow nonchalant pour l’un, pêche exemplaire pour l’autre. C’est qu’au rayon show, les deux lascars ont plus d’un tour dans leur sac-à-dos. Des titres comme Repeat ou Merci beaucoup, sont taillés pour faire réagir le public. Des gimmick scéniques comme le fameux « baisse-toi et saute » mais aussi quelques casquettes et sneakers sponsorisés à offrir à la foule, venue en masse. Ici, plus question de blaguer, le carolo et le bruxellois (espagnol de naissance) sont veni, vidi, vici. Ajoutez à ça un final en trombe, avec le morceau Bruxelles arrive en featuring avec Roméo Elvis et un joyeux bordel agrémenté par la présence de l’ami Lomepal et l’on obtient un très, très bon moment. Fallait-il encore prouver que l’union fait la force ?

Quelques minutes plus tard, au même endroit, Vince Staples emmène la communauté hip-hop valdinguer du côté de Compton. Depuis quelques années, le rappeur californien répond aux espoirs placés en lui avec un flow tranchant et des morceaux déments. Chaque sortie du rappeur marque un pas en avant. Publié l’année dernière, son dernier album (« Summertime ’06 ») est une promesse tenue au hip-alternatif. Un grand disque. Sur scène, épaulé d’un DJ, Vince Staples semble parfois esseulé, incapable d’exalter ses grands moments de studio. Ici, comme avec A$AP Rocky l’an dernier, on a l’impression de passer à côté d’une grande prestation. Après le rappeur américain ne démérite pas. Il se donne, mais un peu dans les limites du stock disponible. Un peu cheap.

Sur la grande scène, le groupe suédois Goat agite un rock mystérieux derrière des masques de transes chamaniques. Personnages énigmatiques, en robes ou en toges, les musiciens de Korpilombolo cultivent croyances vaudou et autres déviances psychédéliques dans des chansons qui campent à la belle étoile dans le désert du Sahara ou le long d’un sentier de terre rouge, quelque part, loin, en Afrique de l’Ouest. Complètement atypique, la prestation peine toutefois à séduire les foules. Le public est plutôt clairsemé. Au premier rang, les fans de Bigflo & Oli ont d’ailleurs planté le campement. Bien à l’aise. Assis en tailleur, le dos tourné à la scène, ils ne se soucient guère des figures surnaturelles qui gesticulent au-dessus de leur tête. Dommage. Parce que le spectacle valait méchamment le détour.

Marie Frankinet et Nicolas Alsteen

Photo : Vincent « kmeron » Philbert

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