Les Ardentes s’offrent un tour du monde

Chanson française, hip-hop américain, rumba congolaise, électro clash, rock de chez nous, soul new-yorkaise... Pour sa troisième journée, le festival liégeois élargit sa palette et le public suit.

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Début d’après-midi, dans l’Aquarium, c’est encore l’heure de la sieste. Certains semblent assoupis, d’autres ont carrément oublié de mettre le réveil. Voilà. Il n’y pas grand monde dans la place au moment où Nicolas Michaux et ses potes débarquent sur scène. A quatre, en rang serré : un bloc, classe et distingué. Le groupe attaque le concert et canalise d’emblée l’attention avec le single A la vie, à la mort , titre pop qui donne son nom au premier album de l’artiste liégeois – bruxellois d’adoption. Une des révélations de l’année. Sur scène, l’ex-chanteur du groupe Eté 67 se faufile entre les genres avec l’élégance d’un dandy postmoderne. Pop psychédélique, yéyé désabusé, folk citadin : au-delà des styles, Nico Michaux dévoile un grain de voix mélancolique, un chant en technicolor, chargé de poésie et de refrains couleur sépia. Textes finement ciselés, basse rebondissante, guitares qui voltigent de Paris à Memphis ou de Bruxelles à Bamako : Nicolas Michaux nourrit la chanson française de voyages, d’envies d’ailleurs. À l’image d’un Bertrand Belin ou d’un François and The Atlas Mountains. Devant une assemblée de plus en plus fournie, les quatre garçons lâchent ‘Nouveau Départ’. Un moment parfait. En fin de parcours, l’artiste s’attaque au ‘What Goes On’ du Velvet underground avant de quitter la scène « Pour aller manger de la tarte au riz ! » Rien à dire : Nicolas Michaux est un type bien…

Baloji est de retour à Liège, berceau de ses premiers exploits lyriques avec Les Malfrats Lingustiques. Et il pète des flammes. Artiste pluridisciplinaire (il a deux films comme réalisateur et un nouvel album en chantier) encore trop sous-estimé sur ses terres d’adoption, Balo met toute sa classe pour transporter l’audience du bunker HF6. Il insiste longtemps sur scène pour rejeter l’étiquette « world music », appellation raciste selon lui. Il a mille fois raison. Malaxant ses racines africaines avec les beats hip-hop, la rumba congolaise avec les rythmiques funk, les nappes de claviers gospel au blues « de chez nous », Baloji propose un spectacle enivrant qui ne connaît pas de barrière de genres ou de gens. Sourire en guise de respiration, toujours juste dans le tempo, la voix et la gestuelle il dénonce les préjugés, abat les derniers tabous, éparpille son vécu sur des chansons conscientisées évitant les lieux communs, tombe la veste, se lance dans une danse de sorcier (la traduction de « Baloji » en swahili), offre beaucoup d’espace à son légendaire guitariste Dizzy Mandjeku) et remporte finalement la mise avec une élégance folle. Prochain rendez-vous ce mercredi 13 juillet au Dour Festival.

Après ce concert cinq étoiles, direction l’open air des Ardentes. Ancien membre de l’Entourage, proche de Nekfeu et de toute la clique parisienne, Guizmo est un habitué du plat pays. Depuis le début de l’année, il en est déjà à sa troisième date noire-jaune-rouge. Du coup, c’est peu de dire qu’il a l’habitude de manœuvrer avec le public belge, de lâcher des petites phrases qui piquent et qui réveillent l’attention. Accompagné d’un DJ/backeur, le rappeur crie son amour pour le Ballantine, provoque la foule avec une Heineken en terre de Jupiler et tire de grosses tafs sur son joint comme pour se donner une contenance. Bob vissé sur la tête, futile et sérieux dans le même souffle, Guizmo est un adepte du moindre effort, mais pourtant, la formule prend. Le public, manifestement ravi de l’accueillir encore, se lance par exemple dans un mosh pit sans trop de raison rythmique et reprend chaque refrain en choeur. Du pain béni pour le MC de Paname, qui pose ses titres de « Dans ma ruche », « #GPG » et « La banquise » les uns après les autres sans trop donner de sa personne. A peine fait-il l’aller retour entre le coin droit et gauche de la scène. Et ça, quand on a un nom de Gremlins, c’est un peu dommage.

Texte: Marie Frankinet, Nicolas Alsteen, Luc Lorfèvre

Photo: Vincent Kmeron Philbert

 

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