Les Ardentes: l’Aventurier Ibrahim Maalouf en attendant Indo

Le festival liégeois a démarré ce mercredi sous le soleil et sur les chapeaux de roue. Hyphen Hyphen, Compact Disk Dummies et le génial trompettiste jazz libanais se sont particulièrement distingués.

ibrahim

Nonante-sept concerts (contre 85 l’an dernier), un journée de plus, un site agrandi, une toute nouvelle scène complètement zarbi baptisée Wallifornia Park et, c’est plutôt rare depuis le début de l’été, le soleil en invité surprise. C’est gonflé à bloc que le festival liégeois souffle ses dix bougies ce week-end avec, comme première tête d’affiche ce mercredi soir, Indochine déjà de la fête lors de la toute première édition en 2006.

Pour cette première journée de festival, seule la scène en plein air fonctionnait avec un line-up improbable comme les Ardentes en ont le secret. En attendant Nicola Sirkis et sa bande, le public (moyenne d’âge de 24 ans à en croire une étude réalisée en 2015) a ainsi pu se mettre dans les oreilles le hip-hop encore hésitant de Soul’Art, gagnant du tremplin Proximus, l’électro glam des Anglais de White, ou encore Compakt Disk Dummies. Ces deux geeks, lauréats du très médiatique Rock Rally Humo en 2012, ont le mérite d’être les premiers à faire danser l’assistance dès l’heure du goûter  avec des titres flirtant entre funk bricolée et électro rétrofuturiste. Le duo de Waregem, qui vient de publier son premier album « Silver Souls » sur le label gantois N.E.W.S, reviendra le 14 août au Brussels Summer Festival et cinq jours plus tard au Pukkelpop. On vous les conseille.

Auteur d’une prestation euphorique lors de la soirée de réouverture de la Madeleine en février dernier et Victoire de la Musique dans la catégorie « Révélation scène », Hyphen Hyphen ne doit pas attendre longtemps avant de mettre tous les Indosfans dans sa poche. Et c’est mérité. Avec sa chanteuse Santa, sorte de Beth Ditto en blonde, ce très jeune quatuor mixte originaire de Nice (deux filles, deux garçons) possède une bête de scène infatigable qui en fait presque un peu trop. Elle chante, joue de la gratte, saute, prend des poses accroupies, va haranguer le public jusqu’au bout du catwalk et repart de plus belle à l’abordage. Entre une tube néo-hippie (Just need your love), une reprise de Chris Isaak (Wicked Game) et un refrain électro/pop repris en choeur (Cause I got a chance), Hyphen Hyphen possède un répertoire taillé pour la fête et son énergie ne faiblit jamais. Pour les organisateurs de festivals, c’est le ticket de l’été et ce n’est pas étonnant si on va encore les revoir le 20 juillet aux Francofolies de Spa, le 6 août au Ronquières Festival, le 11 août au BSF ainsi que le 3 septembre au Wardin Rock à Bastogne.

La grosse première surprise de cette journée nous est venue d’Ibrahim Maalouf. Non pas que nous doutons de l’immensité de son talent live. Mais qui aurait pu imaginer que les fans d’Indo réservent un tel accueil au trompettiste jazz libanais? L’automne dernier, Ibrahim Maalouf publiait simultanément deux albums: « Red & Black Light »,  hommage aux femmes à tendance plus électro et « Kalthoum », dédié Oum Kalthoum. Ce samedi, au Ghent Jazz Festival, il présentera avec ses musiciens belges cette mini-symphonie jazz en hommage à la diva égyptienne qui flirte avec les délices des Mille et une nuits. Aux Ardentes, il a opté pour le décloisonnement des genres avec des instrumentaux tirés de « Red & Black Light » et de son disque « Illusions » qui lui a valu une Victoire de la Musique en 2015. Entre Orient et Occident, tradition et modernité, jazz élitiste et volonté de crossover (il vient sur les devants de la scène « chercher le public » comme n’importe quel rappeur), Maalouf trouve toujours le bon équilibre. Son sourire et celui de ses instrumentistes fait plaisir à voir. Avec sa tenue noire, ses baskets blanches, sa trompette aérienne et ses zestes électro savamment injectées dans ses compositions, il a signé une prestation aussi subtile qu’inespérée. Et tout ça alors que le soleil se couchait sur la Meuse. Trop beau, trop fort. Ce mercredi c’était lui l’Aventurier, le vrai héros de tous les temps…

Photo: Vincent « Kmeron » Philbert.

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