PJ Harvey et Tame Impala magiques à Werchter

La journée du samedi, la plus qualitative du week-end, a donné ses gagnants. Pour les Red Hot, par contre, ce fut un concert en roue libre...

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Polly Jean Harvey et ses dix musiciens. Tous de front. Tout de noir vêtu. Ils se partageant cinq micros pour conclure a capella River Anacostia devant une foule tétanisée qui be veut pas les laisser quitter la scène. C’est l’image que nous retiendrons de cette troisième journée de Rock Werchter. La pythie du Sommerset y a livré une prestation d’une classe folle renvoyant à leurs constats désabusés tous ceux qui pensent que le rock tourne en rond, voire même qu’il se meurt. Sous l’immense chapiteau The Barn, PJ Harvey pose son univers à l’heure de l’apéro. Il est vingt heures, les Bekende Vlamingen boivent des cocktails dans le VIP, Goose distille une pop/électro d’auto scooter sur la grande scène et Polly livre un set sans concession. Pas de batterie, mais une arrivée sur scène en tambours, trompettes, grosses caisses et saxophone sur l’enivrant Chain Of Keys, l’une des dix morceaux de son dernier album « The Hope Six Demolition Man » qu’elle va interpréter ce soir. La gestuelle est lancinante, entre la danse moderne et les incantations pour célébrer une divinité de la mythologie. La tenue est ample. Signée par notre compatriote Ann Demeulemeester et prolongée de boots élégants. Polly ne doit pas parler entre les chansons, la magie s’opère par la musique et la maîtrise des instruments. On repère l’ancien Bad Seed Mick Harvey et le fidèle John Parish s’en donne à cœur joie. Le public est en trance. Elle visite « Let England Shake » à trois reprises, délivre une version flamboyante du classique 50 ft Queenie, se montre théâtrale sur Down by the water, réçit troublant d’un infanticide et sort des basses monstrueuses sur le magistral To bring you my love. Concert du jour, du week-end, de l’été et sans doute de l’année. Dans tous les cas, on ne l’oubliera pas.

 

Une heure plus tard, sous ce même chapiteau, on se reprend une belle claque avec Tame Impala. Voici un an, la formation de Perth, au pays des moutons et des kangourous, séduisait le Pukkelpop en présentant pour la première fois en live son deuxième album « Currents ». Le live est désormais parfaitement rôdé et bénéficie d’un visuel grandiose. Stromboscopes, jeux de lumières alternant ambiances tamisées et effets psychédéliques… C’est un peu Saturday Night Fever qui croise The Dark Side Of The Moon. Après les dix minutes d’un délirant Let it happen on a même droit à un feu d’artifice de confettis. Le groupe sort la boule à facettes, multiplie les effets de pédale sur les grattes et fait monter la pression. Du grand art…

 

Avant et après Tame Impala, on s’est incrusté dans le champ de boue du Main Stage pour le retour des Red Hot Chili Peppers. Ce n’est pas dans la tendance générale du critique rock crédible, mais nous aimons plutôt bien le petit dernier « The Getaway » qui a, au moins, le mérite de l’audace. Sur scène, pour ce que nous en avons vu,  c’est la routine, la roue libre et, contrairement à ce qu’Anthony Kiedis annonce fièrement sur son t-shirt (« Be fresh like a fish »), ça manque cruellement de fraîcheur. Les chansons de «The Getaway » passent bien, mais ça manque de tonus et de niaque. Les Red Hot ne donnent jamais l’impression de faire autre chose que leur boulot et alors que ça se réveille enfin sur le final (l’impérissable Give it away qui a ouvert leurs concerts pendant près de vingt ans), ils quittent la plaine de Werchter en avance sur l’horaire fixé. Bof, bof les mecs… Ils nous doivent une revanche pour leur retour en salles, le 6 novembre au Sportpaleis d’Anvers.

 

PHOTO ROCK WERCHTER

 

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