Rock Werchter: les filles plus fortes que la pluie

Ce samedi, Courtney Barnett et Savages ont fait sensation sur la plaine imbibée de Rock Werchter. Des filles pour défier la boue, du rock pour s’essorer les tympans : le plan parfait en cas d’intempérie.

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T-shirt blanc un peu trop large, pantalon noir moulant, casquette de camionneuse vissée sur une tignasse en bataille, Courtney Barnett débarque sur scène comme si elle venait de descendre d’une planche de skate. Épaulée par deux chevelus – un à la basse, l’autre derrière sa batterie-, la petite brune de Melbourne aborde son concert en jouant d’emblée sur ses atouts : un charme nonchalant, une voix furibarde, un sourire de chipie. Fender en bandoulière, la nouvelle fiancée du rock indépendant laisse traîner sa voix pantouflarde sur des riffs hérissés. Courtney Barnett pourrait être la fille de Kurt Cobain. On y croirait. À une autre époque, elle aurait même pu être son épouse. L’histoire aurait sans doute été différente… Moins arrogante que Love, aussi cool que Mac DeMarco, Courtney tricote un mur du son sur lequel son chant se déchire pour mieux entrer en fusion. Les titres de son dernier album (« Sometimes I Sit And Think, And Sometimes I Just Sit ») passent comme des lettres à la poste. Sous ses airs décontractés, cette fille a l’art d’embrasser le micro, de poser ses lèvres sur le fer, de transcender un son cracra pour délivrer des chansons sexy, terriblement aguicheuses. Dehors, il pleut. Un peu. Beaucoup. Intensément. Mais on s’en tape. On a vu l’atout féminin du rock de demain. C’est du solide.

Sous le KluB C, Savages donne dans la gravure de mode : apparence soignée, dégaine étudiée, jamais négligée. Tailleur cintré, légèrement ouvert sur les coudes, soutif apparent, cheveux laqués, l’actrice-chanteuse Jehnny Beth (Camille Berthomier à la ville) s’empare du micro pour gagner les faveurs de Werchter. Le public fait face à une entrepreneuse du rock, une conquérante qui sait construire une image, un son. Elle connaît l’histoire, la direction à prendre pour se hisser au sommet d’un monde à guitares en panne de héros. Ici, on ressasse à l’envi les mythes de Siouxsie and the Banshees, PJ Harvey ou Nick Cave. Cet après-midi, Savages donne l’impression de s’exécuter derrière une cage en verre, un univers hermétique, une vitrine de mode. Le show est volontaire, énergique, efficace. Tout ce qu’on veut. Mais ça manque d’âme et, bien souvent, de grandes chansons. En novembre prochain, les quatre filles programment le festival Sonic City, à Courtrai. Il y a fort à parier que l’affiche concoctée par Savages sera exemplaire. Sans faille. A l’image de leur prestation à Rock Werchter : irréprochable, mais sans ce surplus d’authenticité qui façonne l’aura des tous grands.

PHOTO: SOPHIE DELAPIERRE

 

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