Rock Werchter: tout feu, tout Flume

Entre dunes et marécages, éclaircies et giboulées, le festivail propose une affiche tout-terrain: un péplum gothique,  la pop sophistiquée de Guy Garvey, le rock recyclé de  Jake Bugg ou la fusée électronique du capitaine Flume.

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Il faudra s’y faire ce week-end, il y a désormais une mer de boue et beaucoup de sable à Rock Werchter.  Pour colmater les brèches et dissimuler la gadoue, les organisateurs ont eu la bonne idée de répandre une plage sur la plaine. Aussi, aux abords de la scène principale, l’ambiance est plutôt « mer du Nord » : crèmes glacées, gaufres, bières et châteaux de sable.

En fin d’après-midi, Jake Bugg (photo) signe la bande-son de l’apéro. Du rock rétro, direct et décomplexé. Venu présenter les chansons d’un troisième album (« On My One « ) sorti quelques jours plus tôt, le jeune Anglais de 22 ans balance du gros son. Le single Gimme the Love résonne dans les enceintes géantes au moment où l’on entame une expédition à travers le site du festival. Au cœur de Rock Werchter, à la jonction de la dune et des premiers marécages, le ciel se déchire pour laisser place à la star incontestée de ce début d’été: la drache nationale.

Les pieds trempés, le cheveu humide, on se réfugie sous le Barn où Guy Garvey se charge de réchauffer l’ambiance en compagnie d’une chaleureuse section de cuivres. Au sec, le chanteur d’Elbow déballe les morceaux de son seul et unique album solo (« Courting the Squall »). Chaussé de Dr. Martens, l’artiste marche tranquillement sur les traces de Peter Gabriel. Avec bonhommie, sans mégalomanie, il survole de grandes fresques poético-romantiques d’une voix d’ange. Dehors, le miracle se produit : les nuages se disloquent et laissent entrer le soleil sur un terrain aussi imbibé qu’une colonie de festivaliers hollandais. Pour laisser sécher la pelouse et éviter de sortir la pirogue, Moustique se fait une petite toile. Toujours sous le Barn, tout le monde s’installe pour mater le film Gutterdämmerung, un nanar gothico-grostesque dopé par un casting démentiel: Iggy Pop, Lemmy (paix à son âme de rockeur) ou Slash s’exhibent sur la pellicule pendant qu’un Henry Rollins (Black Flag, Rollins Band) en chair et en os joue le méchant narrateur-prédicateur sur une musique d’enfer. Spectacle bourré de reprises qui tachent (de Black Sabbath aux Doors) et de guitares qui éclaboussent, cette comédie musicale n’est pas dingue (on trouvera toujours mieux à Broadway), mais elle a le don de déclencher des sourires et quelques franches rigolades. C’est donc l’éclate dans la gadoue au moment où le programme annonce l’arrivée du kangourou de la soirée.

Planqué sous les plumes de Flume, l’Australien Harley Streten donne un bon coup de pied dans la fourmilière électro. Seul derrière son laptop, le garçon détricote le beat et asticote sa passion pour le r’n’b, le dubstep et le hip-hop. Les filles du premier rang (sur)kiffent, les mecs adorent. Rien a dire : Flume met tout le monde d’accord. Les sons ultra commerciaux de son petit dernier (« Courting the Squall ») ont (au moins) une longueur d’avance sur la concurrence. Sous le chapiteau du KluB C l’ambiance est énorme. Ça claque. C’est la fête à Flume, à fond la forme.

PHOTO: SOPHIE DELAPIERRE

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