Qui est Alda Greoli?

Elle est ministre de la Culture et de l’Éducation permanente, mais personne ne la connaît vraiment. Une heure et sept minutes de conversation n’ont pas suffi à en faire le tour. Voici toutefois ce qu’elles ont permis de livrer d’elle. 

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Cadeau surprise de Benoît Lutgen au lendemain de la démission de Joëlle Milquet (inculpée dans un dossier d’emplois fictifs lors de la campagne de 2014), Alda Greoli est une femme de l’ombre. Informaticienne de formation – “Je peux retenir tous les numéros de téléphone que vous voulez, mais j’ai un problème avec les noms ”, ancienne secrétaire nationale de la Mutualité chrétienne, elle est passée en un week-end du poste de cheffe de cabinet de Maxime Prévot à celui de ministre de la Culture. Produit estampillé 100 % cdH, Alda Greoli est d’abord une spécialiste de la santé. Ce qui dans un domaine culturel mal en point, peut toujours servir.
Avec la prudence de celle à qui on ne la fait pas, à 54 ans, elle affiche plus de convictions que d’ambition – ce qui, sur la scène politique, la rend fraîche. De jour en jour, celle qu’on décrit comme  une bosseuse et comme une femme à poigne, découvre l’échiquier public, ses chausse-trapes, ses sourires et ses peaux de banane. En avril, son entrée médiatique a été soigneusement calibrée – deux jours après sa nomination, les JT la filment au Musée d’Ixelles où elle tient à payer sa place – laissant transpirer le message selon lequel elle n’aime pas les privilèges et lançant sa nouvelle carrière où, dit-elle, “ chaque jour, on reçoit un nouveau CD d’un groupe belge sur son bureau. ”  
Quand Benoît Lutgen vous propose le poste de ministre de la Culture, acceptez-vous tout de suite ou hésitez-vous longtemps? 
ALDA GREOLI – J’ai accepté assez rapidement. Les circonstances faisaient que je n’avais pas un long moment pour réfléchir. J’ai téléphoné à mes trois fils, qui ont 28, 26 et 23 ans, et qui tous les trois, en substance, m’ont dit “Vas-y”. Mon grand fils travaille chez Sotheby’s à Londres, il est expert du marché de la montre. Le deuxième est juriste fiscaliste et le dernier termine ses études à l’ICHEC. J’ai un rapport très intime avec mes fils même si je ne sais pas tout d’eux et qu’ils ne savent pas tout de moi. C’est important qu’on ne se dise pas tout dans une famille. 
Dans quel genre de famille avez-vous grandi? 
A.G. – Une famille où on a le sens de la fête, le sens de l’autre et le sens de l’entreprenariat. Mes grands-parents étaient indépendants. Une famille aux trois-quarts d’origine italienne puisque ma grand-mère paternelle est une vraie Spadoise. Mon grand-père paternel, qui était croupier, est arrivé en Belgique dans les années 30. Il faisait les saisons, il tournait de casino en casino. Monaco, Spa et c’est là qu’il a rencontré ma grand-mère. Ils se sont mariés et ils ont ouvert un restaurant. Mes arrière-grands-parents maternels étaient des Italiens, vendeurs de fruits et légumes à Liège, leur fille a épousé mon grand-père et ils ont été marchands de glaces. 
Vous avez donc été bercée par  l’Italie?
A.G. – Non. Je ne parle pas italien et je le regrette. C’est quand même une langue extraordinaire. 
Quelle est l’importance de la culture dans votre famille?
A.G. – La musique a toujours joué un rôle important chez nous. Dans ma généalogie, il y a beaucoup de musiciens – des chefs d’orchestre, des violonistes, des chanteurs d’opéra…. Nous avons aussi un rapport particulier à la peinture puisqu’à la fin de la guerre, ma grand-mère, qui adorait l’art, servait en fruits et légumes toute une série de peintres liégeois et se faisait payer en toiles. 
Quel est votre premier choc esthétique?
A.G. – Bach et les Variations Goldberg à 14 ans. Je dois avoir une trentaine de versions des Variations, qui, pour moi, évoquent un rapport à la transcendance. Un peu plus tard, j’ai écouté Machiavel, Pierre Rapsat, Georges Brassens et Michel Fugain. En gros, je ne suis allergique à rien, même pas à Fats Domino, mais je suis surtout une baroqueuse, de Bach à Vivaldi. Même si, aujourd’hui encore, j’adore William Sheller et Véronique Sanson, que j’ai vue récemment pour le concert des années américaines et ça reste super.  
Qu’allez-vous voir au cinéma? 
A.G. – Les films de Bouli Lanners, du cinéma belge, j’ai adoré La merditude des choses. Je suis assez attirée par le cinéma asiatique – Tigre et dragon, In the Mood For Love sont des chefs-d’œuvre, The assassin est un film formidable. En revanche, j’ai vu hier à la télé Ce que le jour doit à la nuit, qui est un des meilleurs livres de Yasmina Khadra, et on perd beaucoup de la subtilité du bouquin dans cette adaptation…
 

La suite dans le Moustique du 29 juin 2016

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