Maladie de lyme: serez-vous aussi mordus?

Cette infection bactérienne se contracte via une simple morsure de tique. Elle est encore difficile à diagnostiquer. Mais le débat autour de ses nombreux symptômes et de son traitement, lui, est déjà fiévreux.

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C ’était début juin. Je me suis fait piquer par une tique et j’ai fait comme d’habitude: je l’ai enlevée sans faire vraiment attention à la suite, notamment aux tâches rouges qui sont apparues puis ont disparu quelques jours voire quelques semaines plus tard. C’est là que j’ai commencé à avoir des douleurs aux articulations, à me sentir fatigué… un vrai état grippal. Le médecin m’a donc fait une prise de sang avant de déterminer la semaine d’après que j’avais la maladie de Lyme. Ma première réaction? Qu’est-ce que c’est que ce machin?!” Comme beaucoup de gens, Jean-Pierre ignorait ce que représentait ce fameux mal dont le nom, prononcé à l’anglaise (“ Laïme ”), fait référence à une ville du sud-est des États-Unis. 
C’est là-bas, un jour de 1975, que le premier cas de cette maladie aurait été diagnostiqué. Et c’est la tique, cet acarien – et non insecte – qui est responsable de ce trouble physique qu’elle cause en amenant une bactérie, la borrelia, à l’intérieur du corps humain. “La bactérie est présente dans son estomac, précise Tinne Lernout, médecin épidémiologiste. Quand elle a mordu et qu’elle est attachée au corps, il faut un certain temps pour que sa bactérie migre de l’estomac jusqu’aux glandes salivaires puis qu’elle soit transmise par la salive.” En deux mots: la tique prend du sang humain, elle le digère puis le régurgite. 
Dans le cas d’une infection par la borrelia, un très grand nombre de symptômes sont suceptibles d’apparaître. Le premier, et plus fréquent, est l’apparition d’un érythème migrant. Autour de la morsure de la tique se développent ainsi une tâche ainsi qu’un disque rouge, le tout pouvant atteindre jusqu’à 15 centimètres de diamètre. Il existe également deux autres stades qui comprennent notamment l’attaque des articulations et du système nerveux central. “On ne passe d’ailleurs pas nécessairement d’un stade à l’autre de manière progressive. On peut très bien avoir comme première manifestation de la maladie ce qu’on appelle un stade “ tardif ”, ajoute Tinne Lernout. Mais en principe, quand on soigne bien, la bactérie est éliminée.” Sauf que la question de la maladie de Lyme beaucoup plus complexe et crée d’ailleurs des dizaines de débats depuis un certain nombre d’années en Europe, mais également en Belgique. Mordu par une tique il y a environ deux ans, Yves s’est rapidement rendu auprès d’un médecin… sans grand succès. “ Elle n’a pas voulu me soigner alors que je présentais un début d’érythème migrant. Elle me conseillait d’arrêter de lire ce que je trouvais sur Internet, que c’était juste une question psychologique. ” 

Dard Devil

Yves a ensuite consulté plusieurs autres docteurs avant de recevoir un traitement avec antibiotiques. Frustré par la situation, l’ancien malade a décidé de rejoindre un groupe, “Pour que la Maladie de Lyme soit reconnue en Belgique et ailleurs”, dans l’espoir que son cas ne reste pas isolé. Mais pourquoi cette maladie ferait-elle autant débat? “Simplement parce qu’elle est très complexe et qu’elle prête donc à la discussion, éclaire Valérie Obsomer, bioingénieur docteur en sciences agronomiques. Premièrement, les symptômes sont différents d’une personne à l’autre, il y en a 80 possibles. Ensuite, la maladie attaque le système immunitaire donc, comme beaucoup de tests sont basés sur le niveau d’anticorps, les personnes qui sont fort atteintes ne font plus assez d’anticorps (protéines du sang, Ndlr) pour être positifs à ces tests. Et puis la maladie est plus présente dans les tissus que dans le sang, ce qui la rend plus difficile à dépister…”
De son côté, Tinne Lernout estime qu’il existe une pression exagérée de la part de certaines personnes qui cherchent à mettre la maladie de Lyme sur le devant de la scène. “Certains présentent beaucoup de symptômes pour lesquels on n’a pas trouvé de causes et de solutions. Ils sont donc à la recherche de réponses, ce qui est compréhensible. Mais cette pression n’est pas spécialement acceptée par les scientifiques qui refusent que l’on fasse l’amalgame entre symptômes inexpliqués et maladie de Lyme.”
Pour Yves, la question va néanmoins plus loin… “Il y a d’abord une méconnaissance des médecins, mais aussi un matraquage de ces derniers par certaines autorités médicales pour ne pas reconnaître cette maladie. Je pense que les lobbys pharmaceutiques n’ont pas intérêt à ce que cela change !”
Valérie Obsomer ne partage pas totalement ce point de vue, mais elle concède que quelque chose bloque au niveau des autorités compétentes. “L’Europe tape sur les doigts de la Belgique parce qu’on consomme trop d’antibiotiques. Or, les méthodes pour soigner les malades chroniques devraient pourtant intégrer l’utilisation d’antibiotiques pendant parfois un an ou plus, ce qui est déjà d’application aux États-Unis. Et si on se retrouve soudainement avec 200.000 patients chroniques qui doivent recevoir cette posologie, le gouvernement ne pourra pas accepter. Surtout que le groupe qui fait les recommandations pour le traitement de Lyme est le même que celui qui gère la diminution d’utilisation des antibiotiques… ”
Quoi qu’il en soit, l’ISP a lancé en 2015 le site Tiquesnet en permettant à quiconque d’y signaler une morsure subie par une tique. L’objectif est de pouvoir recenser les lieux et les fréquences des morsures afin d’améliorer la prévention de la maladie de Lyme. Entre juin et décembre 2015, 5.200 personnes ont ainsi rapporté une ou plusieurs morsures de tique(s). Un bon premier pas pour Valérie Obsomer, mais cela reste insuffisant. “Pour bien traiter les maladies à vecteur comme celle-ci, il faut une approche pluridisciplinaire: des gens qui connaissent l’épidémiologie des traitements, l’écologie des tiques, etc. Mais ce n’est pas très populaire dans le monde médical vu que la Belgique n’a pas d’autres maladies que Lyme, comme la malaria, par exemple.” Résultat: on ne sait pas trop qui doit payer quand on doit faire des recherches… donc personne ne le fait.

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