Nile Rodgers, toujours so Chic

La légende du disco/funk se produit en formule best of à Couleur Café ce vendredi 1er juillet. Interview.

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Alors qu’il planche sur un nouvel album de son groupe Chic, Nile Rodgers, 63 ans, se lance dans une tournée des festivals d’été pour toucher une nouvelle génération de fans qui l’a découvert avec le monstrueux Get Lucky de Daft Punk. Outre les tubes de son groupe (Le Freak, Good times, Chic cheer, I want your love), Rodgers est responsable de succès pour Bowie, Diana Ross, Sheila, Sister Sledge ou encore Madonna. Autant dire que c’est un juke-box de la musique groove de ces quarante dernières année qu’il présentera ce vendredi 1er juillet sur la scène Titan de Couleur Café.

Votre nom est à nouveau sur toutes les lèvres. Vous revenez avec un esprit de revanche?

Nile Rodgers. – Non, je me contente d’en profiter. Depuis les années 70, je n’ai jamais cessé de travailler mais il y a eu des vagues. Sans grosse actu à mon actif, j’ai joué en Belgique à l’Ancienne Belgique en 2011 et c’était rempli. Quand je suis revenu en 2013, c’est à nouveau complet, mais j’avais l’impression de me produire  devant les enfants de ceux qui étaient venus me voir deux ans plus tôt. Le succès interplanétaire de Get Lucky de Daft Punk était passé par là, mais les gens voulaient surtout entendre mes propres chansons. Le seul sentiment de revanche que je ressens, ce n’est pas par rapport au succès mais par rapport à moi. Dans les années 80, j’ai vraiment abusé des drogues. J’étais devenu une épave et je m’en suis sorti. Avoir pris conscience que touchais le fond et être revenu là où j’en suis, est une revanche. Je suis un survivant.

Si Chic est associé au disco ou à la musique dance, c’est plutôt le rock qui vous a inspiré pour la formation de Chic si l’on en croit votre autobiographie C’est chic.

N.R. – Avant Chic, il y a eu un très long apprentissage. Dans les années 60, je n’avais pas beaucoup d’argent. Alors je dépensais « intelligent« . Je n’achetais des singles et que des compilations. En fait, c’était un peu mes playlist iTunes. Je décortiquais tous les tubes pour essayer de comprendre la recette. C’est comme ça que j’ai tout appris. Mais pour Chic, il y a eu deux influences rock majeures effectivement. Kiss et Roxy Music. Avant d’absorber la musique de ces groupes, j’étais stupéfait par leur vestiaire. Jusqu’alors, les groupes portaient les mêmes fringues sur scène que dans la rue. Les mecs de Roxy, euxn posaient avec des mannequins sur leurs pochettes de disque. Ils avaient des plate-forme boots, des fringues glamour de couleur verte ou turquoise. Comme chez Kiss, tout était étudié et public qui assistait à leurs concerts adoptait le même look. Je trouvais ça très classe, très chic…

Bien que différents, tous les albums de Chic repose pratiquement sur le même cahier des charges. Une intro qui tue, du tube, du glamour…

N.R. – Dit comme ça, ça paraît très simple mais on a sué pour en arriver là. A nos débuts, nous voulions en découdre live et on se disait que la meilleure manière de trouver des premières parties était de faire des disques courts avec un morceau d’ouverture qui marque les esprits. « Chic », notre premier disque paru en 1977 comprenait sept chansons et on commençait tous nos shows avec le premier d’entre eux Strike up the band. L’album « C’est chic » paru un an plus tard comptait huit titres et notre carte de visite était Chic cheer. Tous nos disques ont été construits de cette manière. En fait, si nous sommes devenus célèbres, c’est parce qu’on a essayé d’être le meilleur groupe de première partie du monde.

Dans les années 80, vous étiez le producteur le plus demandé. Est-ce qu’il y a des disques que vous avez fait juste pour payer l’essence de votre Cadillac?

N.R. – Non, j’ai toujours essayé de pousser mes collaborations au plus haut. Mais ne suis pas pour autant fier de tout ce que j’ai fait. « Koo Koo », album que j’ai réalisé en 1981 pour Debbie Harry est un aveu de faiblesse. En 81, tout le monde en avait marre du disco et du son « Chic ». Aux Etats-Unis, il y avait des soirées organisées dans des stades sous le thème Disco sucks où les gens détruisaient nos disques devant les caméras. C’était très violent. De son côté, Debbie voulait se lancer en solo et s’éloigner des gimmicks de son groupe Blondie. On s’est freinés tous les deux, on a renié notre ADN, fait des compromis et « Koo Koo » est devenu un disque hybride qui a très mal vieilli. Pourtant, les chansons écrites avec Blake Edwards (son complice et co-fondateur de Chic disparu en 1996) étaient très bonnes.

Vous avez produit deux albums pour David Bowie: « Let’s dance » en 1983 et « Black Tie White Noise ». L’approche était la même?

N.R. – J’ai rencontré Bowie en 1982 au club Continental à New York. C’est un Billy Idol particulièrement éméché qui a fait les présentations. Pendant que Billy est parti vomir dans les chiottes, Bowie m’a parlé de ses héros musicaux. Tous des jazzmen, tous des blacks, tous des mecs que j’appréciais. Il m’a bluffé. On s’est promis de se revoir. Lors de notre première séance de travail, Bowie m’a dit: « je veux que tu me fasses des tubes« . Et c’est devenu Let’s dance, son plus gros succès commercial. Dix ans plus tard quand on s’est retrouvé, le truc c’était plutôt « Faisons de la bonne musique ensemble, mais surtout pas un deuxième Let’s dance ». Il a peu dénigré ce disque par la suite mais sur sa dernière tournée, il a offert une nouvelle version de Let’s dance incroyable…

Festival Couleur Café, du 1er au 3 juillet, www.couleurcafe.be

 

 

 

 

 

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