Sexisme – Toutes victimes

Même sorti du tabou, le harcèlement sexuel reste difficile à prouver devant les tribunaux. Pourtant, il touche deux femmes sur trois au travail. Plusieurs d’entre elles nous ont expliqué comment elles avaient souffert de ce véritable fléau social.

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Qui couche avec qui ? C’est le thème le plus débattu lors des conférences de machines à café. Et l’émission favorite des auditeurs de radio moquette. Le plus souvent, ce ne sont que des rumeurs. Mais derrière ces ragots, les attouchements, gestes déplacés et obscènes, propositions équivoques à caractère sexuel et autres envois de SMS et d’images pornographiques sont, eux, bien réels. En France, l’affaire Denis Baupin – ce député français accusé de harcèlement sexuel par quatre élues écologistes – a mis en lumière lesa violences à l’égard des femmes politiques. Depuis, les langues se délient. Jusqu’en Belgique où les femmes dénoncent les “grivoiseries ordinaires” et “droits de cuissage” de leurs collègues masculins. Christine Defraigne, présidente du Sénat, a ainsi témoigné pour la première fois publiquement d’agressions sexuelles qui se sont déroulées il y a plusieurs années.

Elle a aussi rappelé que les comportements sexistes ne se limitaient pas au seul monde politique. Salariées, cadres ou même dirigeantes, personne n’est épargné dans l’entreprise. Le sexisme ordinaire s’est faufilé partout. En Belgique, 60 % des femmes déclarent ainsi avoir subi une forme de harcèlement sexuel depuis l’âge de 15 ans. La moyenne européenne étant de 55 %, selon l’étude “La violence à l’égard des femmes” menée auprès de 42.000 femmes (18-74 ans) par l’Agence des droits fondamentaux de l’UE. Pire, 30 % des femmes belges ont même vécu ce harcèlement dans les 12 mois précédant l’enquête (21 % pour la moyenne européenne), réalisée en 2014.

“La forme la plus courante, ce sont les mauvaises plaisanteries, les propos sexistes quotidiens” , explique Isabella Lenarduzzi, 51 ans, fondatrice de JUMP, une entreprise qui lutte contre les inégalités entre hommes et femmes au travail. “Des petites phrases si répandues qu’on ne les perçoit même plus comme du sexisme. D’autant qu’on reproche même à la victime son manque d’humour… Personnellement, je n’ai jamais vécu cela comme du harcèlement, parce qu’en tant qu’entrepreneuse, je n’étais pas dépendante de ces hommes. Sur le moment, je ne me rendais même pas compte à quel point c’était dégradant, confie Isabella Lenarduzzi. Avec le recul, je vois que c’était une façon de me préserver. Mais la plupart des femmes, celles qui sont salariées, sont dans des environnements captifs. Il leur est impossible de dénoncer les avances déplacées d’un collègue ou d’un supérieur sans prendre de risques pour leur carrière.”
Prenez des hommes et des femmes, mélangez-les, enfermez-les dix heures par jour dans le même bureau, ajoutez une louche de stress et vous obtiendrez une recette vieille comme le monde… La séduction fait partie intégrante des relations de travail. Mais entre le jeu du cœur et le vrai délit, les dérapages sont légion. “Pendant des années, j’ai baigné dans un climat de ”gaudriole à papa ”. La journée, il était de bon ton de me demander comment je me rasais la chatte. Ou, au bout d’une journée de travail harassante, de me lâcher: “ Et toi, tes bouts de seins pointent comment? ”, témoigne sans ambage Yasmine, 42 ans. Bien sûr, il y a une sorte de folklore. Et chaque femme a sa zone de tolérance. Mais au final, ça m’a ravagée.”

La suite du dossier et les témoignages dans le Moustique du 15 juin 2016
 

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