Frédéric Beigbeder: “Ma femme n’a que 25 ans de moins que moi”

Il sort L’idéal, film adapté de son livre Au secours pardon. C’est pas terrible. Mais prétexte à une très franche conversation.

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A cinquante ans, Frédéric Beigbeder a réalisé une bonne partie de ses rêves: écrivain reconnu, réalisateur à succès (L’amour dure trois ans), directeur de la rédaction de Lui (où il interviewait récemment lui-même Audrey Fleurot qui joue dans… son film), critique littéraire, ex-animateur du Cercle sur Canal +, père gâteux et époux gâté.
Une semaine à Paris, l’autre à Guéthary sur la Côte basque. Le fondateur du Caca’s Club (réunion de jeunes dandys potaches) et du Prix de Flore n’a pas pris une ride… Mieux, il se réjouirait presque d’avoir pris de l’âge! “En vieillissant, je suis devenu plus sympa et moins provocateur. Du coup j’ai voulu rester jeune et dérangeant dans mon métier. L’idéal n’est pas vraiment une suite à 99 francs. Comme 99 francs, c’est une comédie noire qui regarde les travers de ma vie. Mais en remplaçant le milieu de la pub par celui de la beauté.”
Ce monde de la beauté pratiquant un jeunisme effréné, ressemblant de moins en moins au quinqua que vous êtes devenu…
FRÉDÉRIC BEIGBEDER – J’ai 50 ans et je ne vois que des gens qui en ont à peu près 20! Qu’est-ce qui fait qu’on a si peur de vieillir, qu’on veut rester un être immature, un peu puéril? Je crois qu’être écrivain oblige à rester un enfant qui s’émerveille des petits détails de l’existence, un être qui porte sur le monde le regard d’un garçon naïf. À la source de toute création, il y a le refus d’accepter les choses telles qu’elles sont. Bref, je sais que je deviens vieux. D’un autre côté, je voudrais rester le gamin que j’étais… Peut-être un signe: je me suis marié, voilà deux ans, avec une femme très jeune (le mannequin Lara Micheli)! Pour moi, l’écart d’âge est le secret des couples qui tentent de durer.
Vous visez un record de durée dans le couple?
F.B. – Non! Ma femme n’a que 25 ans de moins que moi! D’autres couples connaissent de plus grandes différences d’âge. Et ont donc nettement plus de chances que nous de durer longtemps (rire). Pour le reste, je pense qu’être avec quelqu’un de soit plus vieux, soit plus jeune est enrichissant. On n’a pas les mêmes références. Il y a donc quelque chose d’exotique, c’est toujours étonnant. Alors qu’avec quelqu’un de son âge, j’ai essayé souvent, on a l’impression d’un miroir qui vous renvoie vos propres faiblesses. Je suis pour que les différentes générations couchent entre elles! 
L’engagement à long terme vous fait donc si peur?
F.B. – Je me suis souvent engagé: je me suis marié trois fois, j’ai divorcé deux fois. On peut dire que j’ai essayé. Et que j’essaie toujours, d’ailleurs! Puisque je suis de nouveau récemment passé devant monsieur le maire. En fait, j’ai davantage peur de l’ennui. Je n’ai jamais accepté de m’ennuyer avec quelqu’un. Le secret du bonheur est sans doute d’admettre les silences, d’accepter qu’on aille au resto sans parler.
Vous n’arrivez pas à vivre simplement le quotidien à deux, sans vous poser trop de questions?
F.B. – Non. Je suis immature, j’aime la passion, l’électricité… Je suis accro aux battements de cœur, aux scènes de ménage. J’ai connu le quotidien… Le problème est que, souvent, je me suis retrouvé à m’emmerder, me suis senti emprisonné. Mais j’en parle au passé, c’est donc la preuve que je ne désespère pas. Une chose est sûre: je ne veux en tout cas plus passer toutes mes nuits au Baron. Pour draguer toutes les filles, répéter les mêmes blagues qui vont produire les mêmes effets et les mêmes réveils coupables.

L’interview complète dans le Moustique du 15 juin 2016 

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