Benjamin Biolay: « Avec le temps, j’ai appris qu’il ne fallait jamais se plaindre »

Depuis l’Argentine, l’acteur le plus séduisant de la chanson française imagine un disque haut en couleur. Totalement à son image.

illu_biolay_cmatthiasaugustiniak

Début de soirée. Entre un verre de vin blanc et les couleurs d’un printemps éclatant, Benjamin Biolay savoure les derniers rayons du soleil dans le jardin des studios ICP, à Bruxelles. C’est ici que le chanteur nous a fixé rendez-vous. Élégant, l’artiste aborde l’interview en toute décontraction. Il est là, bien cool, une clope au bec et des rêves d’Argentine plein la tête. B.B. nous parle de sa divine idylle avec Buenos Aires, point de départ de son dixième album. « Palermo Hollywood » cultive l’héritage de Gainsbourg sur des airs de bandonéon, un pas de salsa, quelques mots d’amour et une tripotée de chansons sensuelles et sophistiquées. Quatorze morceaux et autant de baisers dans le creux de l’oreille. A 43 ans, le séducteur renouvelle la chanson française en se frottant aux racines de la musique sud-américaine. Le voyage s’avère irrésistible.

Le titre du nouvel album trouve son origine à Buenos Aires. « Palermo Hollywood » est un quartier du centre-ville. Pourquoi cet endroit plutôt qu’un autre?

Benjamin Biolay – A l’origine, Palermo est un lieu-dit de Buenos Aires. Avec la gentrification et l’afflux de nouveaux habitants, le district s’élargit d’année en année. Si bien qu’il se subdivise désormais en plusieurs secteurs. Palermo Hollywood est un de ceux-là. Un jour, on m’a proposé une virée nocturne là-bas. Quand j’ai entendu ce nom pour la première fois, j’ai adoré. Palermo Hollywood, ça claque. On dirait le titre d’un film. Ça me fait penser à du Rossellini. Sauf que, dans la réalité, c’est moins glamour. Le quartier se résume à une rue de la soif et une placette où se réunissaient autrefois tous les dealers de la ville. En Argentine, la « palermisation » est un terme utilisé pour évoquer la mondialisation…

Beaucoup présentent « Palermo Hollywood » comme votre meilleur album depuis « La superbe ». C’est un objectif de faire mieux que « La superbe »?

B.B. – J’adore ce disque. Mais même si c’était mon favori, ça ne voudrait pas dire qu’il s’agit de mon meilleur album. C’est une notion relative. Perso, mon point de repère, c’est « Trash Yéyé ». Quand je songe à me surpasser, je pense à ce disque. Mon but, c’est d’arriver à l’éclater. De faire beaucoup mieux. Commercialement, cet album était un échec. Mais je sais ce qu’il y a dedans. Je sais que j’y ai mis le meilleur de moi-même. Après, si les auditeurs trouvent que « Palermo Hollywood » est aussi bon que « La superbe », j’en suis ravi. Avec le temps, j’ai appris qu’il ne fallait jamais se plaindre.

Dans le single Miss Miss, vous chantez « Mourir, c’est trop triste ». Récemment, la chanson française a perdu Hubert Mounier, la voix de l’Affaire Louis Trio. Cette disparition vous a-t-elle affecté?

B.B. – Pire. Elle m’a dévasté. C’est une partie de moi qui est morte. Hubert, c’était plus qu’un ami. C’était mon frère, mon mentor, la rencontre la plus importante de ma vie. C’est grâce à lui que j’ai mis le pied à l’étrier. En 1994, il m’a demandé de l’accompagner en studio pour jouer des claviers et de la guitare sur l’album « L’homme aux mille vies ». Avant de sortir un disque, j’ai toujours attendu d’avoir son avis. Je l’ai eu pour « Palermo Hollywood »…

Le morceau Borges Futbol Club fait référence au « but du siècle », inscrit par Maradona contre l’Angleterre lors de la Coupe du monde 1986. Votre plus grand souvenir footballistique?

B.B. – J’ai halluciné en voyant ce truc-là. Je ne dis pas que ça a changé ma vie. Mais presque. Maradona venait de taper un goal de la main – la fameuse « Main de Dieu » – et là, il passe toute l’équipe d’Angleterre en revue avant de mystifier le gardien. La ferveur déclenchée par ce but m’a poussé à m’intéresser à l’actualité de l’Argentine, à la guerre des Malouines. Ce match est hautement symbolique. D’ailleurs, le mec que je sample dans la chanson, c’est Víctor Hugo Morales, un journaliste politique uruguayen qui était aux commentaires de ce match. Quand le but tombe, il craque littéralement son slip, faisant directement référence au conflit entre les deux pays.

La suite de l’interview dans le Moustique du 8 juin 2016

Le 22/2. Ancienne Belgique, Bruxelles.

Palermo Hollywood

Barclay/Universal

Sur le même sujet
Plus d'actualité