Georges Huercano « Si on parle magazines, c’est RTL le service public »

Journaliste avant tout, il apparaît peu à l'écran. Mais dans l'ombre, ce grand professionnel a fait évoluer les magazines de RTL avec humanité et rigueur. Et si, en matière de docu, c'était la chaîne privée la vraie référence?  

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Il a travaillé des années à la RTBF. Dans Au nom de la loi, Actuel, Dossier noir, le formidable C’est la vie, il a forgé un talent exceptionnel pour écouter les gens et partager leur émotion en évitant le piège gluant du pathos. Depuis 2008, il œuvre sur RTL dont il dirige aujourd’hui les magazines. Avec une même envie de raconter de belles histoires et de les raconter bien.  

Quel bilan tirez-vous de ces deux ans et demi à la tête des magazines?

GEORGES HUERCANO – C’est évidemment une expérience passionnante. Parce qu’il faut tout le temps se redonner du challenge pour être plus attractif. Quand on est leader dans sa tranche, la tentation c’est de ne pas bouger. Entre le journal qui draine une audience formidable et un produit fort, comme une série ou L’amour est dans le pré, on se dit qu’on ne peut pas se casser la gueule. Pourtant si. Il y a des magazines qui fonctionnent mieux que d’autres, et on sait très bien que si on met tel sujet dans tel magazine on va moins bien marcher. Faire mieux, être plus lisible, plus regardé dépend du travail qu’on fournit dans le choix et le traitement des sujets. Les fondamentaux, c’est raconter des histoires, et être proche des gens. C’est pour cela que toutes les présentations se font dorénavant sur le terrain, et qu’on a un maximum de productions maison. La proximité, c’est l’ADN de RTL. Aller à la mer, aller à Liège, ça coûte plus cher, forcément, qu’envoyer nos journalistes faire leurs plateaux à l’étage en dessous. Mais le résultat est tellement satisfaisant…

Les thèmes qui coincent dans un magazine peuvent séduire dans un autre?

G.H. – Pas vraiment. L’enseignement est un thème passionnant mais qui ne fonctionne pas. L’étranger non plus. Le sujet des réfugiés, par exemple, marche très bien dans un magazine polémique, comme C’est pas tous les jours dimanche, parce que chacun a son avis. Si on fait un reportage, O.K., on aura un public sensible à ce genre de choses. Mais pour atteindre nos niveaux à nous, il faut qu’on le traite autrement. On a trouvé une astuce. Charles (Neuforge – NDLR), par exemple, est allé à Calais, dans la jungle. Quand on a fait des magazines avec l’Unicef l’année passée, on a envoyé Sandrine Corman et Jean-Michel Zecca en Roumanie et en Afrique, et ça a très bien marché. Avec des personnalités de RTL qui s’immergent pendant plusieurs jours, le public se sent un peu représenté, comme s’il y allait par procuration. Pour nous l’objectif est atteint.

C’est pour cette raison que vous avez supprimé Grand angle?

G.H. – Non, il y a plein de documentaires super-intéressants et on en utilise pas mal dans Reporters. On garde l’enquête faite en France par exemple, et on ajoute l’angle belge. Dans Grand angle, on n’avait pas les moyens de belgiciser – ça ne vaut pas la peine d’investir autant, surtout pour la tranche 22h30-23 h. Mais on réfléchit à proposer ce genre de sujets à une autre heure d’écoute, avec un autre emballage. C’est toujours la même chose: la télé, c’est raconter des histoires, et pour être passionnant il faut des histoires intéressantes et bien les raconter. Ce n’est pas chinois, mais il faut y penser tout le temps.

Vous n’avez plus envie de raconter des histoires, vous?

G.H. – Mais si, mais si, mais… Je suis frustré à mort quand je vois mes petits camarades partir en tournage. Mais c’est ce que je referai un jour, ça c’est sûr. Si ma santé me le permet. Si si, bien sûr, ça me manque. Mais si je peux aider à ce que des projets puissent naître et qu’à l’antenne on ait des produits dont on est fier, je me sens quand même utile. Mais bien sûr que ça me manque.

Vous n’avez jamais été tenté de travailler en France?

G.H. – Si, ça a failli se faire. Au moment de l’affaire d’Outreau, j’ai beaucoup travaillé là-bas mais c’est un choix de vie. Avec beaucoup moins de moyens, on fait quand même un boulot remarquable en Belgique. Moi, j’ai beaucoup appris avec plein de gens à la RTBF, des gens que j’admire comme Gérard Rogge, René-Philippe Dawant, Marc Dechamps, du temps d’Au nom de la loi. On nous apprenait le journalisme rigoureux, le journalisme d’investigation. Enfin « on »… Eux! N’avoir peur de rien ni de personne, ne pas avoir peur d’attaquer un sujet, ne pas avoir peur de dire qu’on s’est trompé… Ils m’ont donné de grandes leçons. Si je peux contribuer un tout petit peu à faire la même chose, je trouve que c’est déjà pas mal. Donner de la rassurance à des jeunes journalistes ou producteurs, c’est important. Pour qu’ils sachent qu’ils sont soutenus, qu’ils ne vont pas être flingués parce qu’il y a une erreur. Tout le monde peut se tromper. Tout le monde. Et c’est important de permettre aux gens d’oser, d’aller plus loin, toujours aller plus loin.

La suite dans le Moustique du 1er juin 2016

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