La trêve nous a donné la foi

Le visage de la fiction télé belge francophone a changé à tout jamais. La sortie en DVD de ce petit bijou vient en témoigner.

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Quelles que soient les séries qui viendront après, le très bon Ennemi public compris, La trêve restera pour toujours gravé dans l’histoire de la télévision belge francophone et de ses séries. Il a marqué un basculement qu’on n’osait pas espérer. Vers de vraies créations modernes là où des Septième Ciel Belgique ou Melting-Pot Café reposaient sur des formules désuètes (qui pouvaient aussi faire leur charme) où tout semblait fait pour qu’on n’oublie jamais que tout cela était de la fiction, comme des programmes pour enfants à l’ancienne mais pour adultes.

Tout cela sans transition: on est immédiatement passé à une histoire de meurtre aux accents parfois glauques voire sordides sans tomber dans les travers de ces séries françaises produites par Canal + qui misent trop souvent sur la valeur choc en manquant de discernement. Quand on regarde La trêve, on se dit que ses créateurs se sont posé les bonnes questions et leur ont trouvé les bonnes réponses. Ainsi ce couple SM incestueux que l’on prend soin de ne pas charger outre mesure. La trêve est une œuvre incroyablement vivante et stimulante qui prend tous les risques et s’en sort chaque fois avec brio. Des défauts, il y en a certainement mais combien de séries n’en ont pas? Et qui a envie de sortir le feutre rouge pour souligner les manquements éventuels quand Matthieu Donck et ses comparses semblent n’avoir jamais transigé sur rien. On a juste envie d’être heureux d’avoir nous aussi nos séries, d’en être fiers, qu’elles séduisent un large public chez nous, séduisent hors de nos frontières (France 2 la diffusera), fassent mieux connaître un superbe aréopage de très bons comédiens belges, dans les petits comme les grands rôles.

Une sortie DVD s’imposait pour donner à La trêve une pérennité. L’occasion, pour ceux qui ne l’ont pas encore vu, de s’adonner aux joies du « binge watching » (enchaînement de très nombreux épisodes à la suite), pratique généralement déconseillée mais indissociable de la consommation des séries aujourd’hui. La courte durée (12 minutes) du making of en bonus peut paraître frustrante mais il est assez dense, n’abuse pas trop de l’autocongratulation et est riche en informations. On apprend ainsi que les créateurs avaient initialement envisagé la possibilité d’une série très différente, avec un concept fort de type Lost. De nombreux aspects sont passés en revue, de la construction du décor pour le commissariat tout en bois à la restauration de l’équipe via quelques images à la cantine.  

> LA TRÊVE SAISON 1, créé par Matthieu Donck, Stéphane Bergmans et Benjamin d’Aoust. Avec Yoann Blanc, Guillaume Kerbusch, Anne Coesens. RTBF/Twin Pics – 10 x 50’.

 

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