Les Belges enchantent les Nuits (2)

De Baloji aux revenants de La Muerte en passant par le prometteur Le Colisée, la soirée noir-jaune-rouge a été belle en contrastes.

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La Nuit belge est, d’une certaine façon, la soirée la plus excitante des Nuits Botanique. Pas forcément d’un point de vue artistique, mais nécessairement pour son côté pratique. Il s’agit, en effet, du seul rendez-vous de la quinzaine où l’on peut voyager librement de salle en salle avec un seul et même ticket et beaucoup de curiosité. Prendre des risques, faire des choix, oser découvrir, préférer papoter ou s’hydrater au risque de louper le concert de l’année : tout ça (et plus encore) fait partie de l’esprit d’un festival. C’est dans cette formule que le public profite le mieux des Nuits Bota. Un ticket acheté pour une Nuit devrait permettre au festivalier d’accéder à toutes les salles d’une même soirée. Et pas exclusivement à celles de la Nuit belge. En attendant, lundi soir, le sentiment de fierté nationale a repris des couleurs.

Il est 19h30. Les premiers visiteurs de la Nuit belge dévalent les escaliers du Bota et se précipitent dans le Chapiteau pour découvrir le phénomène Bots Conspiracy. Planqué derrière une toile, un DJ assemble ses envies hip-hop à des beats postindustriels : une bande-son rétro-futuriste qui, sur scène, donne vie à un impressionnant monstre en ferraille. Le robot, qui se prénomme ‘SCARABée’, plie les papattes en rythme et desserre la mâchoire dès qu’un son humanoïde lui télécommande des envies de chanter. Les cinq premières minutes, la prouesse électro-technologique fonctionne ou, du moins, intrigue. Mais au bout d’un moment, la lassitude se fait sentir: on a l’impression de zoner dans une manufacture d’effets spéciaux pour le prochain Alien. 

Dans le Grand Salon. Le Colisée rêve à voix haute. Longtemps, les morceaux imaginés par David Nzeyimana se sont épanouis dans une petite bulle élémentaire. Aujourd’hui, son projet s’est métamorphosé en collectif. Pour l’essentiel, Le Colisée enchante son public en français. Mais rien ne l’empêche de s’évader en anglais. Au final, la langue utilisée importe peu. Car la voix empruntée s’expose toujours à distance, un peu légère, vraiment flottante. Avec son timbre de Laurent Voulzy en expédition spatiale, l’artiste explore un univers féérique, surréaliste. Entouré par un excellent groupe, le chanteur convie quelques éclairés de la pop francophile à le rejoindre sur scène : François Marry (Frànçois and The Atlas Mountains), Témé Tan et même Stromae – qui n’a pas fait d’apparition, mais était bien présent dans une chanson. Un peu hipster, vraiment ailleurs, Le Colisée médite sur sa condition d’artiste, élève sa voix éthérée, traverse les nuages, le pays des Bisounours, voyage à travers la cinquième dimension avant de retomber au Botanique grâce à une pirouette poético-synthétique dont il a le secret.  À un moment, David Nzeyimana pousse sa voix fluette au milieu des gens et en profite pour embrasser sa maman. Un grand moment d’amour.

Au même endroit, quelques minutes plus tard, le festivalier savoure une symphonie de poche imaginée à la faveur d’un rapprochement entre les musiciens flamands d’Illuminine et le Mons Orchestra. En répétition intensive depuis le petit matin, les deux formations unissent leurs forces dans des harmonies ourlées de cuivres et de cordes. Attiré par la musique classique, mais imprégné par la culture rock, Illuminine (qui a enregistré son premier album dans le studio islandais de Sigur Rós) façonne des compos partagées entre décharges électriques et rêveries sonores. Dans une veine néo-classique proche des avancées de Nils Frahm et Peter Broderick, le concert suspend le temps avec grâce, passion et minutie. Magnifique.

 

Derrière, c’est un peu le choc des cultures, voire la guerre des mondes. Les revenants de La Muerte crament des riffs et brûlent de l’encens dans un Chapiteau aux aguets. C’est que le groupe de rock bruxellois est culte de chez culte. Apparue sur les écrans radar en 1984, disparue en plein vol en 1994, la formation marque son retour sur scène avec un line-up aussi costaud que sa musique: sac sur la tête, le chanteur Marc Du Marais est épaulé par la guitare du fidèle Dee-J, mais aussi par le batteur de Lenght Of Time (Christian Z), le guitariste d’Arkangel (Michel Kirby) et le bassiste de Channel Zero (Tino de Martino). Les mecs tiennent une forme d’enfer. Si leur style renvoie à une période reculée de l’histoire (de Killing Joke à Ministry), leur musique s’affirme au présent avec force et conviction. Show incandescent livré avec le pied enfoncé sur la pédale de distorsion, ce concert exclusif de La Muerte est aussi l’occasion de retrouver de vieilles connaissances sur scène : Vive la Fête! Et Front 242 font irruption dans l’arène et assurent l’excellente tenue de la prestation.

 

Dans l’Orangerie, Baloji peaufine son retour discographique en rodant ses nouveaux morceaux sur scène. Né au Congo, élevé en Belgique, l’artiste affirme son identité plurielle dans des chansons qui doivent autant  au hip-hop qu’aux musiques traditionnelles africaines. Classe, ultra élégant, le chanteur débarque tiré à quatre épingle et taille des mots sur-mesure pour offrir un point de vue censé sur l’état du monde. À plusieurs milliers d’années-lumière de la période Starflam, Baloji impose sa vision musicale dans la modernité avec des mélodies chaloupées qui appellent inévitablement au bouger-bouger. Entouré par des musiciens africains, le chanteur belge a de quoi voir venir. Si son prochain album est à l’image du concert délivré ce lundi soir aux Nuits Botanique, il peut en effet croire en ses chances. Parce qu’elles sont énormes.  

PHOTO VINCENT KMERON PHILBERT

 

 

 

 

 

 

 

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