Le thriller qui annonce le terrorisme nucléaire

Journaliste vedette au Portugal, J.R. dos Santos publie Furie divine, suspense géopolitique qui prévient: l’attaque nucléaire est la prochaine "ambition" des djihadistes. 

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On pourrait penser à Gérard de Villiers, toujours bien informé, qui avait infiltré SAS sur le terrain de l’actualité internationale. Le sexe en moins et sur un ton nettement moins léger mais beaucoup plus paranoïaque, José Rodrigues dos Santos, journaliste vedette à la télé portugaise et gros faiseur de best-sellers, œuvre lui aussi à la frontière de l’actu et de la fiction. Bientôt adapté au cinéma, traduit en dix-sept langues, La formule de Dieu flirte avec les hautes cimes des ventes (plus de 2 millions d’exemplaires).

Dans Furie divine, nouveau page turner du diable, il met en scène un vol d’uranium par un commando tchétchène prêt à fournir les terroristes islamistes. Parallèlement, il suit l’éducation d’un jeune Egyptien qui, dès le début des années 80, est confronté à deux interprétations du Coran – la première, classique et enivrante; la deuxième, violente et malfaisante. Cette distorsion dans l’appréhension du texte sacré reste, selon dos Santos, le point d’ancrage d’une pensée djihadiste qui fait d’une religion une idéologie et d’une idéologie une guerre. L’écrivain-journaliste prétend n’avoir « malheureusement » aucune source privilégiée au sein des services de renseignements. Comme ceux de Dan Brown, ses livres tombent sous le coup de la littérature de divertissement mais offrent aussi un éclairage pertinent sur l’histoire en train de se faire…              

Votre livre est un thriller politique qui joue avec des faits d’actualité. N’est-il pas aussi construit sur des fantasmes qui permettent d’installer un suspense?

J.R. DOS SANTOS – Je raconte des histoires qui parlent d’espionnage, d’aventure, d’amour et qui véhiculent des informations vraies. Dans La formule de Dieu, je me demandais: qu’est-ce que la science a découvert au sujet de l’existence de Dieu? Dans Furie divine, je m’attache au djihadisme, une partie particulière et très violente de l’islam. Ce que je veux faire comprendre, c’est que nous sommes en présence d’un problème idéologique et que le diagnostic des gouvernements n’est peut-être pas le bon. On a avancé que l’une des causes de l’engagement des terroristes était la pauvreté. C’est une théorie qui fait sens mais qui ne concorde pas toujours avec les faits. Le plus grand pays producteur de djihadistes est l’Arabie saoudite où les seuls pauvres sont les immigrés des Philippines. Si on comprend que le problème est idéologique, alors les mesures doivent s’attaquer, non aux gens, mais aux idées.

Quelles mesures préconisez-vous?

J.R.D.S. – On doit contrôler le contenu des cours à l’école. On ne peut pas laisser enseigner n’importe quoi et transmettre des idées qui conduisent à la violence. La France a pris des dispositions pour éviter les conversions dans les prisons. Ça veut dire qu’on commence à s’attaquer à la racine du problème. Nous avons été un peu naïfs, mais il n’est pas trop tard. Il n’est pas trop tard pour défendre nos valeurs, nos principes démocratiques et nos lois.     

Pensez-vous – comme vous le laissez entendre dans votre roman – que des terroristes sont aujourd’hui capables de fabriquer une bombe atomique?

J.R.D.S. – Pas une bombe atomique conventionnelle parce qu’il faut de l’uranium enrichi à 80 %, mais une bombe nucléaire sale, oui. Un explosif classique auquel on ajoute des matières radioactives qu’on peut trouver dans les hôpitaux, par exemple. Et c’est inévitable. Si l’on en croit les services de renseignements, la question n’est pas « si » mais « quand ». Impossible de répondre bien sûr, mais la détermination des terroristes est grande. Ils cherchent le point le plus faible pour pouvoir s’y engouffrer, c’est de là que viendra l’attaque. Il ne faut pas oublier que l’enquête sur les attentats de Bruxelles a dévoilé – et ce n’est pas un hasard – que l’une des cibles des terroristes était les centrales nucléaires. La police a quand même trouvé chez un suspect (Mohamed Bakkali, suspecté d’avoir joué un rôle dans l’organisation des attentats de Paris) une vidéo montrant la maison d’un responsable de l’industrie nucléaire belge. Ça veut dire quelque chose. 

La suite de l’interview dans le Moustique du 18 mai 2016

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