ALA.NI, reine des Nuits

Dimanche soir, sous les serres, les Nuits  se jouaient essentiellement entre filles : Lola Marsh, Vanessa Carlton, un peu de LUH et, surtout, ALA.NI. L’ex-choriste de Blur a délivré une prestation inoubliable. Sur scène, la chanteuse marche sur les traces de Billie Holiday avec un humour et un charisme à l’épreuve du temps. Une révélation.

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Nuits Botanique

Ce n’est plus vraiment l’apéro, pas encore l’heure du repas. Il est 19h30 aux abords du Bota et le grand monde ne se presse pas. Pourtant, dans le Chapiteau, Lola Marsh passe déjà à l’action. Le groupe de Tel Aviv tourne plutôt bien en radio ces jours-ci, mais pour rameuter le public si tôt dans la soirée, ça ne suffit pas – ou plus – forcément. Ouvrir le Chapiteau reste une mission compliquée. Même un dimanche. Pourtant, Lola Marsh s’en tire sans stress. Dans la fosse, les gens se dandinent et tapent dans les mains. C’est que le groupe israélien possède un atout de choix dans ses rangs : Yael Shoshana, chanteuse mimi à craquer, dotée d’une voix légère comme l’air. Tellement légère qu’elle siffle régulièrement comme un merle au lever du soleil. Entourée de « ses gars » (un batteur, un bassiste et deux guitaristes), la jolie brune jongle entre sa six cordes et un ukulélé, offrant quelques bons moments aux festivaliers. Entre électro-pop bucolique et folk glamour, Lola Marsh invente un complément aux mélodies sexy de Lana Del Rey, Bat For Lashes ou The Dø. Le tube ‘You’re Mine’ passe comme une lettre à la poste et les charmes boisés du morceau ‘Wishing Girl’ font leur petit effet. Ailleurs, la musique tente souvent le passage en force là où tout devrait s’imposer avec délicatesse. Lola Marsh perd parfois son âme par soucis d’efficacité.

Changement d’ambiance dans le Grand Salon. Londonienne exilée à Paris pour mieux danser avec les fantômes de ses héroïnes (de Joséphine Baker à Edith Piaf), ALA.NI se faufile entre une harpiste et un guitariste pour imposer un charme naturel et des chansons hors du temps. Nouvelle star d’une soul rétro bordée de jazz et de relents bluesy, l’Anglaise est née sous une bonne étoile. Un temps choriste de Blur, elle s’est vue encouragée depuis ses débuts par Damon Albarn. Le leader de Gorillaz a en effet poussé la jeune femme à enregistrer ses morceaux. Comme souvent, l’Anglais ne s’y est pas trompé. ALA.NI possède une voix comme on n’en fait plus : un timbre sépia qui redonne des couleurs aux triomphes d’Ella Fitzgerald et Billie Holiday. Sur scène, la chanteuse sublime ses ruptures sentimentales (Roses & Wine) et active les glandes lacrymales du public avec des ritournelles émouvantes (Suddenly), mais jamais chagrines. Drôle, elle désamorce volontiers les points de tension par quelques touches d’humour arrachées au moment présent. Ouverte à l’improvisation, l’artiste joue de son corps, escalade les rambardes et enchante les étages du Grand Salon en refilant du frission en flux continu. A ses heures perdues, il paraît qu’ALA.NI aime dégoter de vieux vinyles en brocante. L’occasion pour elle de chiner quelques reprises oubliées de la grande histoire : des relectures sublimes qui, sur scène, semblent lui appartenir depuis toujours. En sortant du concert, on se dit que cette fille a vraiment quelque chose en plus. La classe, sans doute.

Sous le Chapiteau, c’est l’invitée surprise des Nuits qui achève son concert devant un parterre clairsemé et plutôt sceptique… L’Américaine Vanessa Carlton s’est fait un nom en 2002 avec ‘A Thousand Miles’, hit radiophonique propulsé par un piano aérodynamique (à la clef, plusieurs nominations aux Grammy Awards et plus de 3, 5 millions d’albums vendus dans le monde). One-hit wonder de chez one-hit wonder, la chanteuse ne s’est jamais réinventée… Dimanche soir, elle pianote ainsi, tranquillou, sur des airs mélos-romantiques, assurant ses arrières avec un homme à tout faire (violon, guitare, programmations). L’incompréhension atteint son paroxysme en fin de parcours : Vanessa Carlton laissant son tube interplanétaire au placard pour abandonner sa voix sur une énième ballade sirupeuse. S’il y a bien un truc qu’on n’attendait pas aux Nuits Bota, c’était bien ça.

Après cet étrange retour vers le futur, on escalade la ligne du temps : en 2011, un disque de rock incendiaire avait suffi aux Mancuniens de WU LYF pour embrasser le statut de nouveau chouchou de la scène britannique. Débordé par la pression médiatique, le groupe a finalement implosé en plein vol. Loin de la hype, le chanteur Ellery Roberts flâne désormais le long des canaux d’Amsterdam au bras d’Ebony Hoorn. Ensemble, les tourtereaux viennent d’emballer le premier album (« Spiritual Songs For Lovers To Sing ») d’une romance électrique baptisée LUH (qui se prononce « LE »). Dans une Orangerie à moitié vide, le duo balance du décibel en compagnie d’un batteur et d’un claviériste. Sur scène, LUH chante l’amour dans un va-et-vient d’hymnes enflammés et de bourrasques épiques. Là, deux soucis majeurs : LUH cache trop souvent la faiblesse de ses compos derrière un mur du son à vous raboter les oreilles pour toutes les Nuits Bota et, surtout, l’emphase vocale d’Ellery Roberts efface complétement la présence de sa jolie compagne. Show boursouflé et terriblement maniéré, le concert de LUH sent le lendemain de hype qui déchante.

PHOTO CHARLOTTE BIDEE

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