Iggy Pop garde la foi

Le chanteur était à l'Heineken Hall d'Amsterdam ce mardi avec son "super groupe" emmené par Josh Homme, biker en chef de Queens Of The Stone Age.  L'Iguane a donné une leçon de rock and roll et rendu implicitement  un magnifique hommage à son pote David Bowie.  Moustique était dans la salle.

 

 

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Il ne faut qu’une voix tribale sortie des enceintes acoustiques et l’intro rythmique implacable de Lust for life pour que les quelque 4.000 personnes entassées ce mardi dans l’élégant Heineken Hall d’Amsterdam se rendent compte que leur soirée va être inoubliable. Et de fait. Pendant plus de deux heures, le survivant Iggy Pop, 69 ans et orphelin de ses potes Lou Reed et David Bowie, va livrer une prestation flamboyante  comme nous n’en avons plus vu de sa part depuis belle lurette.  Ce retour en force, on le doit à l’Iguane, bien sûr,  qui reste un chanteur et un performer exceptionnel.  Mais aussi au grand échalas avec la rose à la boutonnière qui joue de la gratte à côté de lui. On parle de Josh Homme, biker en chef de Queens Of The Stone Age qui a accompagné Iggy Pop dans son retour discographique en grâce,  le bien nommé « Post Pop Depression » paru en mars dernier, et s’offre à présent quelques dates européennes live (sept seulement) avec son héros.

Enregistré dans le désert californien avec Josh Homme, son complice discret de Queens Of The Stone Age Dean Fertita et le batteur des Arctic Monkeys Matt Helders,  ce brûlot sent la tension, le cactus, la sueur, la poussière et le mezcal. Bref, c’est du rock brut. Oubliant ses poses de pantin punk, Pop y évoque  au travers de textes crépusculaires et de pulsations frémissantes l’atmosphère baroque de « The Idiot » et « Lust For Life », ses deux classiques enregistrés en 1977 avec son complice d’alors, David Bowie.  Cette filiation se prolonge  pour cette nouvelle tournée, que certains annoncent comme le chant du cygne de l’icône. Iggy et son « super » groupe puisent en effet quasi exclusivement leur répertoire dans « Post Pop Depression », « Lust For Life » et « The Idiot ».  Même le décor et le light-show évoquent la période berlinoise du « couple » Bowie/Pop. C’est aussi une première depuis longtemps: pas un seul morceau des Stooges ne figure dans la setlist.  Mais personne ne va le regretter.

A côté de Josh Homme, Dean Fertita et Matt Helders, on trouve également le claviériste Troy Van Leeuwen également de Queens Of The Stone Age et le bassiste Matt Sweeney…  Ces musiciens prennent véritablement leur pied et Iggy se sent particulièrement réconforté par leur présence. De manière peu habituelle, on le voit ainsi s’effacer régulièrement derrière ce groupe. C’est le cas sur le final époustouflant de China Girl  ou sur Baby, pépite trop longtemps oubliée de « The Idiot », où pas moins de trois guitares se superposent.  « Depuis le début de cette tournée, je redécouvre plusieurs titres de mon répertoire« , explique Iggy dans les colonnes du Rolling Stone. « Quand je jouais China Girl sur scène ces dernières années, je n’arrêtais pas d’ouvrir ma gueule. Maintenant je me tais entre le refrain et le couplet et je  me rends compte que le solo de guitare écrit par Bowie pour ce morceau en 1977 était génial.« 

Rencontrés l’après-midi de ce concert amstellodamois (interview à découvrir prochainement dans Moustique), Josh Homme, Matt Helders et Dean nous faisaient partager leur enthousiasme à jouer sur scène Lust For Life, The Passenger, Nightclubbing, Success mais aussi les nouveaux morceaux. Et cette excitation est palpable. Sur The Passenger, les musiciens se lâchent comme des gamins. Quand Iggy se jette dans la foule à deux reprises, Josh éclate de rire. Plus tard, sur une excellente version  de Sunday,  Troy et Dean se mettent même à danser comme s’il étaient à un bal de rétho.  Et c’est en chœur que le collectif reprend le refrain entêtant de Some weird sin. De son côté, l’Iguane soigne son chant et sa garde.  Tout en restant fidèle à sa légende, (torse nu après trois morceaux, la main dans le calebute sur le cinquième, des « fuck » à chacune de ses interventions), il s’offre aussi des pauses pour reprendre son souffle et ajuster sa voix de crooner baryton, un timbre parfait pour cette prestation rugueuse et sans concession qui le voit aussi offrir une relecture de Nightclubbing, assis, façon Frank Sinatra, sur un tabouret.

La bonne nouvelle, c’est que Iggy Pop sera à Rock Werchter le dimanche 3 juillet.  La mauvaise, c’est que ce sera sans  Josh Homme et sa bande qui donnent leur dernier concert avec lui au Grand Rex de Paris ce 15 mai. Puisse Iggy trouver d’autres musiciens à la hauteur et, surtout, garder l’intensité de ce répertoire offert à l’Heineken Hall. Mais on n’y croit guère. A noter enfin que le réalisateur Jim Jarmusch présentera au festival de Cannes son documentaire sur Iggy Pop.

 

La setlist

Lust for Life

Sister Midnight

American Valhalla

Sixteen

Some Weird Sin

Funtime

Tonight

Sunday

German Days

Mass Production

Nightclubbing

Gardenia

The Passenger

China Girl

 

Rappel:

Break Into Your Heart

Fall in Love With Me

Repo Man

Baby

Chocolate Drops

Paraguay

Success

 

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