Marc Goblet: « Avec ce gouvernement, pas d’autre alternative… »

On les avait presque oubliées... Les grèves. Alors que la Belgique se remet à peine des attentats de la cpaitale, est-ce bien le moment? Réponse avec le fer de lance de la contestation sociale, le patron de la FGTB.

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Le terrorisme, les attentats, la crise des réfugiés, les problèmes de transports, les centrales nucléaires vieillissantes, les tunnels qui s’écroulent, le Métro pas entièrement fonctionnel, la sécurité à Zaventem… L’actualité charrie autant d’informations anxiogènes qui, ces derniers mois, ont pu affecter le quotidien de nombreux Belges, touchés là par un deuil, ici par un embouteillage, une déviation, une entrée pas accessible, une file d’attente.

Alors, lorsque le patron de la FGTB annonce une manifestation nationale en front commun suivie d’une grève générale, on se demande si le syndicat socialiste ne cherche pas à exploiter le ras-le-bol qui point chez de nombreux Belges. Quitte à le précipiter.

La Belgique a-t-elle vraiment besoin d’une grève générale en ce moment ?

Marc Goblet – D’abord, je voudrais souligner que la grève n’est pas un objectif en soi. La question que vous me posez – la vraie question – c’est le gouvernement qui devrait se la poser. Mais dès le moment où il n’accepte plus la concertation et qu’il ne respecte pas la dignité des travailleurs – et j’y inclus les indépendants – nous n’avons pas d’autres alternatives que de réagir. Et nos moyens d’action, ce sont les manifestations et les grèves…

Oui, mais le timing… Le pays se relève à peine des attentats…

M.G. – Il faut poser la question au gouvernement. Pourquoi cette attitude de provocation permanente? On devait, sur les « mesures Peeters » de la réforme du Travail, avoir, d’abord, un débat avec le Groupe des Dix, c’est à dire les dirigeants des organisations syndicales et patronales. Au lieu de ça, c’est discuté au sein du conclave budgétaire, par les membres du gouvernement. Ça n’a rien à y faire. Sauf que c’est un moyen pour eux d’essayer de dire que par ce biais-là, ils vont être capables de respecter les contraintes budgétaires imposées par l’Europe. C’est eux qui contournent la concertation sociale, pas nous. N’importe quel syndicat digne de ce nom se devait de réagir.

« J’espère que cette majorité n’est pas machiavélique au point d’organiser l’état de siège pour faire passer ses lois. »

 

N’est-ce pas ajouter du chaos au chaos, on ne pouvait pas attendre quelques mois?

M.G. – Et le gouvernement, il ne pouvait pas attendre? Qui rajoute du chaos au chaos? C’est le gouvernement! Au lieu de prendre le temps de régler tous les problèmes de sécurité, de stabiliser le pays, il se lance dans un timing infernal! Regardez ce qui s’est passé à Zaventem et qui a été mis sur le dos des syndicats policiers. Eux évoquaient la nécessité d’avoir plus d’effectif pour pouvoir ouvrir plus de postes de contrôle. Ils constataient qu’avec les moyens alloués, on allait créer une pagaille invraisemblable, des files d’attente hallucinantes. Ils avaient prévenu, c’est tout. On en a fait « une exigence syndicale » alors que c’était du simple bon sens. Qui est responsable, le syndicat qui avait prévenu et prévu ou le gouvernement qui ne remplit pas sa mission? Et puis vous parliez d’attendre quelques mois, et bien les syndicats l’ont déjà fait.

Quand ça?

M.G. – On avait un plan d’actions prévu pour les derniers mois de 2015. Suite aux attentats du 13 novembre, à Paris, on a décidé de reporter tout le mouvement parce qu’on mesurait bien que ce n’était pas le moment. Mais on n’est plus dans cette situation, maintenant. Oui, on fait peur, oui on communique sur la sécurité, le niveau d’alerte, le terrorisme à longueur de J.T. L’armée dans les rues, la police en alerte… C’est comme-ci nous étions en état de siège. Mais qui organise cela?

Vous pensez que cet « état de siège » est entretenu par le gouvernement pour faire passer certaines lois plus facilement?

M.G. – Je ne vais pas affirmer ça, mais j’espère en tous les cas qu’il n’y a pas d’hommes politiques au sein de la majorité suffisamment machiavéliques pour y avoir pensé…

Une grève générale, un 24 juin, pendant les examens, ça ne va pas redorer le blason des syndicats auprès des étudiants…

M.G. – On a tout de même analysé avec précaution nos dates d’actions. Si on a choisi le 24 mai pour la manifestation, c’est parce que les examens n’ont pas encore commencé. Et le 24 juin pour la grève, c’est parce que la majorité de ceux-ci sont terminés. Alors, oui, il y aura quelques mécontents, mais encore une fois, nous suivons le rythme du gouvernement: il dépose ses projets de loi fin juin.

Jusqu’ici, les actions syndicales n’ont pas vraiment infléchi la ligne du gouvernement… Alors jusqu’où comptez-vous aller?

M.G. – Je vais vous donner une analyse. Le gouvernement n’est pas aussi stable qu’on veut le faire croire. Il y a des tiraillements surtout entre les partis flamands. On ne sait pas ce qui va sortir de la commission d’enquête sur les attentats du 22 mars. Il est possible, voire probable, que les conclusions de cette commission soient désastreuses pour le gouvernement. On pourrait s’attendre à des démissions et à un chambardement dans la majorité. Ce ne sera, en tout cas, pas sans conséquences, c’est certain. Si, parallèlement, nous, les syndicats, mettons la pression, les choses peuvent changer.

Avec les congés parlementaires, ces chambardements ne se passeront pas avant l’automne…

M.G. – Oui, c’est à cette période qu’il faudra être prêts, qu’il faudra mettre une pression maximale.

Par une grève générale au finish?

M.G. – Pour l’instant, on encadre encore les actions. À un moment, on peut être dépassé par la base. Il suffit de regarder ce qui se passe dans les prisons. Ce qui risque de se propager à d’autres secteurs publics, puis après, pourquoi pas, dans le secteur privé. Je vois les agriculteurs, les transporteurs indépendants. Il y a un sentiment qui gagne: ceux qui travaillent, on les fait payer; ceux qui spéculent, qui fraudent, qui vivent de leurs rentes, on les protège. Une grève générale au finish ne se décrète pas. Ce sont les centrales syndicales qui, peu à peu, secteur par secteur constatent cette évidence. Une grève générale au finish se décide parce que le sentiment de révolte a gagné toute la base. En automne prochain, si le gouvernement ne change pas d’attitude, elle est parfaitement envisageable.

Le journal l’Echo a calculé que la CSC pourrait financer un mois de grève générale, vous pourriez en faire autant à la FGTB?

M.G. – Je n’ai aucune idée de nos capacités en la matière: les centrales sont indépendantes chez nous et chacun a ses chiffres…

Le calendrier social

24/05/2016: manifestation fédérale interprofessionnelle en front commun

31/05/2016: manifestation des services publics en front commun soutenue par le privé

Du 20/06/2016 au 24/06/2016: sensibilisation dans les entreprises

24/06/2016: grève nationale de la FGTB (CGSLB: décision le 25/05/2016)

29/09/2016: manifestation fédérale interprofessionnelle en front commun (CGSLB: décision le 25/05/2016)

07/10/2016: grève générale en front commun (CGSLB: décision le 25/05/2016)

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