Jean Dujardin: « Mon Oscar? Un accident heureux! »

Jean Dujardin a le verbe haut quand il s’agit de parler de lui et de ce milieu du cinéma qu’il considère avec un maximum de recul et… d’altitude!

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Face au plumitif de service, l’interprète d’Un gars, une fille, Brice de Nice, OSS et autres The Artist se révèle à la fois drôle, gentil et pudique. Mais aussi un peu las des retombées sans fin d’un Oscar qu’il n’appelait pas de ses vœux. Et qu’il a très vite rangé au fond d’un meuble de son salon. Un peu comme si on lui avait écrit un scénario dans le dos…

Depuis, il s’emploie à déjouer les pronostics. À revenir là où on l’attend (Brice 3, en automne). Mais aussi dans des projets plus saugrenus. Comme cet Homme à la hauteur, généralement facile, juste parfois drôle, mais parfois touchant. Où un homme version XXS est pris dans les filets d’une femme qui le domine de la tête, des épaules et du sex-appeal. « La petite taille, ça ne se joue pas, ça se subit », nous confirme un Dujardin remis sur ses deux pieds après un tournage qui l’a littéralement mis à genoux pour des besoins techniques. « C’était le meilleur moyen d’être plus petit que Virginie Efira, ma partenaire. Sinon, j’ai beaucoup parlé avec ma doublure dans le film. Le jeune homme en question mesure vraiment 1 mètre 40. Et il a vécu à peu près la même chose que mon personnage. C’est-à-dire un arrêt de croissance. Avec, globalement, des doutes, des fêlures et des angoisse récurrentes. Il n’était pas question de rire du personnage mais plutôt des gens qui le jugent. Bref, ce film devrait faire du bien à tous ceux qui souffrent d’un complexe de petite taille… liée à n’importe quelle partie de leur corps. » (rire)

« Ado, on me prenait pour un débile! »

Dujardin, lui, est sans complexe. Mais, par contre, du genre très timide. Une tare qui a causé quelques malentendus… « La notoriété crée beaucoup de fantasmes. Certains ne m’envoyaient plus leur scénario juste parce que j’étais à Los Angeles, devenu soi-disant inaccessible! Mais je suis juste discret, en fait. Voire timide sur les bords. Je n’aime pas attitrer la lumière. Là, je n’ai pas pu empêcher les gens d’imaginer des choses: j’aurais pété les plombs, tenté une carrière américaine, essuyé un flop… et je serais revenu la queue bien basse. Foutaises! Mais quand on raconte des inepties à votre sujet, si vous ne dites rien, c’est que vous cautionnez. Et si vous tentez de rétablir la vérité, vous mentez… forcément!« 

Bref, vous avez ressenti un solide retour de bâton après avoir reçu votre Oscar?

Jean Dujardin – Oui! Au point que quand je lance: « Putain! » en recevant la statuette, ça signifie en fait : « Ouf, c’est fini! » C’était un accident heureux, mais je ne voulais pas spécialement de cet Oscar. Les récompenses, ça n’a jamais été mon moteur. Mais j’ai pourtant entendu plein de gens balancer n’importe quoi à mon sujet ensuite. Ce qui insulte un tout petit peu mon intelligence, mon éducation… Ma mère m’a dit: « Mais ils te prennent pour un imbécile ou quoi? » Je me suis senti humilié, parfois… Remarquez, ce n’était pas la première fois dans ma carrière.

L’humiliation, parlons-en! Dans Brice, par exemple, ce jeu de casser l’autre a parfois l’air tellement revanchard que l’on se demande si, pour ce rôle, vous n’avez pas été inspiré par un souvenir d’humiliation d’enfant?

J.D. – Je ne vais pas faire pleurer dans les chaumières. Mais, oui, j’ai pu goûter à l’humiliation dans mon enfance. Certaines scènes de Brice m’ont permis d’exorciser ça. Vous avez raison!

Pendant votre scolarité?

J.D. – J’ai été très, très malheureux à l’école. Dans cette compétition avec un premier et un dernier. Et où il se trouve que vous êtes le dernier… Il faut vous trimbaler ça pendant des années. Vous savez que vous ne vous en relèverez pas. C’est un cauchemar. J’étais déjà dans un imaginaire. On m’appelait Jean de la lune. En secondaire, je n’arrivais même pas à écrire sur les lignes. Alors vous passez pour un débile. Vous sentez que ça s’agite autour de vous. J’entendais mes parents, à travers la porte, dire: « Mais qu’est-ce qu’on va en faire? » On vous emmène voir un psy. C’était un psy qui avait quatre doigts à chaque main. Il me regardait, le menton entre les mains, et me disait: « Qu’est-ce qui ne va pas, Jean? » Je voyais ses huit doigts et je pensais: « Moi, tout va bien. Mais toi? » J’avais l’impression de parler à Mickey. (rires) Pendant toutes ces années, on a des complexes, on s’imagine moins futé que les autres. L’œil vide d’OSS 117… cet œil stupide avec un trou noir au milieu, vient de là. C’est le regard de Jean à 12 ans, qui ne comprend rien devant une division. 

Vous vous en êtes sorti comment?

J.D. – J’ai quand même eu mon bac, grâce à Baudelaire, à l’oral: « Sois sage ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille. » C’est un poème qui me parlait. J’ai donné mon diplôme à ma mère et j’ai dit: « Maintenant, je vais travailler, je veux être libre. » J’ai commencé à vivre véritablement à 20 ans. Avant, j’étais en veille. J’observais. Puis, tout ce que j’ai observé, j’en ai fait des sketches. J’ai pris mes accessoires: mon petit sac, un paravent… et j’ai joué mes trucs dans une cave. Il fallait quand-même du courage. C’est pour ça que je suis détendu par rapport à ce métier. Que je ne me prends pas pour Jean Dujardin.

Avec le carton de Brice et quelques autres, vous n’avez jamais senti que vous risquiez d’attraper la grosse tête?

J.D. – Ceux qui montent des orphelinats en Afrique ont le droit d’avoir le melon. Mais nous, les comédiens, qu’est-ce qu’on a fait? On joue! Est-ce que vous vous rendez compte? On me dit: « Action! Joue! ». 
C’est ça, mon métier. Quel luxe! C’est le bon sens qui empêche le melon… et mes trois frères aînés qui me le dégonfleraient très vite!

Dans votre parcours, vous avez aussi fait des flops. C’est angoissant, la chute après la gloire?

J.D. – Non. J’ai fait quatre millions quatre cent mille entrées avec Brice, et deux cent mille avec L’Amour aux trousses juste après. Mais c’est la règle. J’ai essayé de comprendre mais j’ai appris à me pardonner. Cette variation est intéressante. C’est horrible une vie où l’on n’enchaînerait que des succès. Il faut chuter, puis remonter et retomber. Je n’aime pas l’habitude, j’aime bien me faire des secousses. Mon but, c’est de crever l’ennui.  

Les acteurs qui partent du bas de l’échelle disent souvent que le succès les a progressivement rendus plus beaux. Vous confirmez?

J.D. – Ben oui! Des gens qui ne vous regardaient pas se mettent à vous tourner autour. Mais je ne suis pas dupe de ça. Toutefois, en toute sincérité, je me trouve mieux maintenant qu’à 20 ans. Je me ressemble enfin! Je voulais être un homme, et ça y est. Je voulais garder l’enfance en même temps. Et je pense que j’y arrive… Dans OSS, j’ai été surpris par moi-même. J’en jetais! Je sais bien que c’était tout un travail d’apparaître autant à mon avantage, mais c’était quand même grisant. Il faut prendre ce plaisir d’être considéré comme beau, ne pas le bouder.

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