Fait-on trop confiance à ses assurances?

Les primes sont parfois low cost, certains contrats sont simplifiés, et le métier de courtier est mieux régulé. Sauf que, dans le secteur, la concurrence fait rage, parfois au détriment du client. Voici l'essentiel à savoir pour mieux tirer la couverture à soi.

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Hospitalisation, soins dentaires, voyage… Le Belge sort de plus en plus souvent couvert. Au risque de ne plus y voir clair? Selon une enquête du bureau d’études iVox, 89 % des Belges estiment être bien assurés. Ce qui ne veut pas dire qu’ils savent vraiment de quoi ils parlent. Car 73 % d’entre eux avouent par ailleurs être un peu paumés dans le domaine de l’assurance… Et six Belges sur dix ignorent même totalement combien ils paient pour l’ensemble de leurs couvertures.

Quant à ceux qui pensent le savoir, ils sous-estiment souvent ce montant. Il faut dire qu’entre les différents acteurs (assureurs, banquiers, courtiers, voyagistes…) et les innombrables formules (sans intermédiaire, sans franchise, au kilomètre…), il y a de quoi y perdre son latin. Et sa fortune? Dans les secteurs les plus lucratifs comme l’assurance vie ou la branche auto, la concurrence effrénée se fait-elle désormais au détriment du consommateur?

Optimiste, le Belge s’estime donc bien couvert. Mais l’est-il vraiment? Non, répondent en chœur les assureurs pour qui tout risque est synonyme de prime. Chaque ménage belge dépense pourtant en moyenne près de 2.000 euros par an en assurances. Encore insuffisant? « Si on veut être totalement couvert, explique l’employé d’une grande compagnie d’assurances, cela revient quasiment à 5.000 euros par an… » Alors les Belges privilégient surtout leur patrimoine, leur habitation, leur voiture et souscrivent une RC familiale. Après, ce sont les épargnes pension et les assurances vie. Et ensuite, c’est du complémentaire. Les priorités des uns n’étant pas forcément celles des autres. « Les Belges investissent plus dans leur omnium que dans leur assurance santé! »

En Belgique, le marché des assurances santé dépasse d’ailleurs à peine le milliard d’euros. Malgré une contribution individuelle aux coûts médicaux régulièrement revue à la hausse, ce type de couverture est encore trop souvent réservé aux salariés des grandes entreprises et à une minorité de particuliers. Alors qu’en France, où l’employeur a désormais l’obligation de prendre cette assurance complémentaire à sa charge, 92 % de nos voisins sont couverts. Mêmes lacunes du côté des assurances voyage. Selon une récente enquête (commandée par Touring), un Belge sur deux ne serait pas couvert lorsqu’il part à l’étranger. Les assurances contre la perte ou la détérioration des bagages ne seraient pas non plus leur priorité. Et avez-vous pensé à une protection juridique au cas où votre voisin vous attaquerait en justiceonvaincu du danger que vous courez, il ne reste plus qu’à trouver couverture à votre pied. Sauf que dans certains secteurs particulièrement rémunérateurs, la concurrence rend parfois les choses très compliquées. A l’image de la RC auto qui se décline aujourd’hui à toutes les sauces. Personnalisée, tarifée au kilomètre ou sans franchise. Chez Axa, l’installation d’un mouchard dans la voiture permet même aux jeunes de faire baisser leur prime de 50 % en cas de bonne conduite (voir ci-contre). Tandis que les AP Assurances nous proposent l’installation d’une caméra embarquée afin que les images puissent servir de preuves en cas d’accident. Ces initiatives sont-elles réellement destinées à pacifier les routes? « Je dirais plutôt que c’est un moyen comme un autre de se démarquer de la concurrence… » confie un ex-assureur. Mais aussi de récupérer la manne – de plus en plus large – des non-assurés en leur promettant de se racheter une bonne conduite.

Alors, par où commencer? Par le traditionnel courtier dont on dit la profession menacée ou via le Web auprès d’un assureur direct de type Corona ou Ethias qui vous garantit une souscription sans intermédiaire? Une seconde option valable… à condition de bien lire son contrat et en particulier les clauses qui permettent à l’assureur de se défaire de sa responsabilité. « Car les conditions générales de la plupart des compagnies d’assurances sont extrêmement longues et incompréhensibles pour une personne lambda! » En Belgique, la compagnie Baloise Insurance vient d’ailleurs de lancer le premier contrat auto sans petites lettres et compréhensible par un adolescent. Il leur a fallu huit mois pour simplifier le contrat…  

D’où l’intérêt de passer par un courtier qui va synthétiser et vulgariser ce charabia? Confirmation auprès d’un ex-cadre d’une grande compagnie: « Avec les assurances directes, vous n’êtes qu’un numéro. Un bon courtier, lui, vous fera indemniser bien plus rapidement! » Et de tirer ensuite sur ces couvertures offertes par les nouveaux acteurs comme les voyagistes, par exemple. « Une assurance annulation à l’année peut vous couter trois ou quatre fois moins cher que celle facturée à chaque voyage… »

Reste que le marché de l’assurance se concentre aujourd’hui dans les mains d’une poignée de géants. « Les courtiers qui traitaient par le passé avec plusieurs dizaines de compagnies le font désormais avec quatre ou cinq groupes. Aujourd’hui, certains bureaux ont 60 % de leur portefeuille chez Axa… » Alors qu’en est-il de leur indépendance? Il n’y a pas si longtemps, nous confie une autre source, certains courtiers transféraient leur portefeuille d’une compagnie à une autre uniquement parce que le voyage de l’année offert par la seconde était plus alléchant… En cas de sinistre, seront-ils alors plus enclins à défendre le client ou la compagnie d’assurances?

Outre les commissions et autres bonus, il faut savoir que les courtiers sont régulièrement évalués par ces sociétés sur le ratio sinistre/prime. A eux donc d’engranger le maximum de primes chez les clients qui enregistrent le moins de sinistres. Conséquence? « Si vous alignez les sinistres, vous serez non seulement viré de votre compagnie mais aussi par votre courtier! » D’autant plus si les montants engagés s’avèrent élevés car il faudra alors du temps au bureau de courtage pour redresser sa cote. Rien d’étonnant donc à voir son concurrent reprendre le contrat au prix d’une surprime qui peut facilement monter à 300 %.

Un système dénoncé par les assureurs eux-mêmes… « Cette discrimination est inadmissible, peste un ex-courtier devenu assureur. Ça annihile l’objectivité des bureaux de courtage et même celle des compagnies. Normalement, tout le monde devrait avoir droit à une assurance. Mais aujourd’hui, si un de nos clients a un gros sinistre, on perd nos commissions et nos bonus. Donc on choisit les bons clients et on n’assure plus tout le monde. C’est honteux, mais c’est comme ça. » Le client idéal est donc celui qui souscrit un maximum tant en épargne qu’en assurance et n’a jamais d’accident. « Une minorité de la clientèle! »

La suite du dossier dans le Moustique du 13 avril 2016

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