Ma maison sous détox

Vêtements, détergents, cosmétiques… Et si on profitait du grand nettoyage de printemps pour balayer tous les produits toxiques?

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Incrustée dans la penderie, la literie ou les armoires de cuisine, la pollution squatte tous les étages. Allergènes, irritants, perturbateurs endocriniens (ces molécules capables de se substituer à nos hormones), produits cancérigènes… Avec près de 1.000 substances chimiques émises à domicile, l’atmosphère de notre home sweet home serait même de trois à huit fois plus toxique que l’air extérieur. Or, dans les pays du nord de l’Europe, nous passons plus de 90 % de notre temps à l’intérieur (maison, bureau, transports…). Alors, quand on sait que sur les 100.000 produits chimiques autorisés sur le marché européen, seuls 3.000 ont déjà vu leurs effets étudiés, et que l’OMS vient de rappeler que 25 % des problèmes de santé ont une origine environnementale, on se dit que désintoxiquer sa maison ne relève plus aujourd’hui du principe de précaution mais juste du bon sens. Mais par où commencer?

On fait la chasse aux volatiles inutiles

« Commencez par aérer correctement votre maison et éliminez les sources de pollution totalement inutiles », conseille d’emblée Jean-François Rixen, ingénieur agronome et secrétaire général de l’association de consommateurs écoconso. « Notamment ces produits qui dégagent ces fameux composés organiques volatiles (COV) qui se retrouvent en bout de course dans nos poumons peuvent causer des allergies, des troubles du sommeil et des infections des voies respiratoires, mais peuvent aussi se révéler cancérigènes ou perturbateurs endocriniens. Comme les solvants présents dans les pots de peinture qui traînent dans nos caves, par exemple. Au cas où on en aurait encore besoin… À ce jour, aucun contenant n’est hermétique à 100 %. Même logique avec ces panneaux de bois aggloméré ou ces vieilles étagères stockées au grenier et dont la colle à bois renferme du formaldéhyde (irritant et cancérigène – NDLR). »

Rappelons qu’un panneau en MDF contient jusqu’à 15 % de colle… Lors de nos prochains achats bricolage, on se rappellera aussi que les étiquettes apposées sur les dérivés de bois ou les pots de peinture mentionnent désormais les taux de formaldéhyde ou de COV.

On vire les indésirables en cuisine

Certains y verront un retour un arrière, d’autres, l’opportunité de réapprendre à cuisiner. Mais vu que nombre d’entre elles contiennent des dérivés fluorés et autres perturbateurs hormonaux qui deviennent toxiques à partir de 230°C et peuvent contaminer les aliments, on vire ses poêles antiadhésives et on garde précieusement ses casseroles et autres ustensiles en fonte et en inox. Et sous l’évier? On part à la chasse aux produits d’entretien à base d’ammoniaque ou d’eau de javel dont l’utilisation peut entraîner une irritation des voies respiratoires ou des nausées.

Même prudence avec les produits de vaisselle aux phosphates qui peuvent causer de gros dégâts en cas d’ingestion accidentelle et se retrouvent de toute façon en fin de cycle dans l’environnement. On garde donc tous les produits naturels, comme le savon de Marseille, les détergents à base de bicarbonate de soude – qui peuvent remplacer les très agressifs décapants pour four – ou le vinaigre blanc, idéal pour nettoyer les vitres. Ces recettes de grand-mère vous laissent dubitatif? Rabattez-vous alors sur les produits d’entretien labellisés Eco Garantie, EcoCert, EcoLabel, Nordic Swan ou Nature & Progrès, par exemple.

Même le bio n’est pas tout vert

Selon les récentes analyses réalisées par le magazine UFC-Que choisir, 185 cosmétiques courants contiennent des substances indésirables. A commencer par les fameux parabens. Si les plus nocifs ont été bannis et les plus légers blanchis par les experts, le butylparaben et le propylparaben et leurs dérivés restent autorisés bien que considérés comme des perturbateurs endocriniens. Crèmes de visage, fonds de teint, gels douche… On en trouve même dans des lingettes pour bébés.

Méfiez-vous des mentions « hypoallergénique », « peau sensible » ou « testé dermatologiquement ».   

Traquez ensuite le sodium lauryl sulfate (SLS) et son cousin l’ammonium lauryl sulfate (ALS) dans les savons et les shampooings. Utilisés comme tensioactifs (pour permettre aux corps gras de la formule de se disperser dans l’eau), ces irritants notoires ont même été détectés dans des produits destinés à l’hygiène intime. Repérez enfin dans les déodorants et les vernis à ongles la présence des benzophenone-1 et benzophenone-3, ces filtres UV responsables de nombreuses allergies et classés comme des perturbateurs hormonaux.

A noter que les grandes marques ne sont pas épargnées par cette enquête puisque les analyses révèlent la présence de perturbateurs endocriniens dans plusieurs produits Roc et L’Oréal. Même méfiance à l’égard des mentions « hypoallergénique », « peau sensible » ou « testé dermatologiquement » apposées notamment sur les laits de toilette, les produits d’hygiène intime ou les crèmes pour les fesses des bébés. Dans certains cas, l’association de consommateurs met en évidence la présence de méthylisothiazolinone (MIT), puissant biocide élu « allergène de l’année » en 2013 par une société de dermatologues américains. Une substance que l’on retrouve également dans certains produits labellisés « sans parabens » et dans près de 50 cosmétiques. Son interdiction dans les produits sans rinçage a d’ailleurs été demandée par la ministre française de l’Environnement Ségolène Royal à l’Union Européenne.  

Quant aux cosmétiques bio, ils ne sont pas tous verts non plus, le magazine français ayant notamment retrouvé du triclosan dans certains dentifrices biologiques. Utilisé dans les déodorants et les bains de bouche, cet antibactérien est pourtant un perturbateur endocrinien avéré. « Bio ne veut pas dire bon pour votre santé, rappelle Jean-François Rixen. Cela signifie juste que cela a été produit dans des conditions respectueuses de l’environnement. Reste que dans la plupart des cas, ces produits bio sont aussi plus sains pour le consommateur. » Face aux nombreuses réactions d’indignation qui ont suivi la publication de ces résultats, cet ingénieur agronome relativise d’ailleurs le phénomène. « Bien que très volatiles, les cosmétiques sont loin d’être la première source de pollution intérieure car leur volume est limité en comparaison avec les dizaines, voire les centaines de litres de peinture nécessaires aux finitions d’une maison, par exemple. »  

On n’échappe pas au vide-dressing

Imperméabilisés, ignifugés, antitaches, antibactériens, anti-odeurs… Pour parer au pire, les textiles se gorgent aujourd’hui de substances en tout genre. A tel point qu’il faut désormais un kilo de produits chimiques pour concevoir un kilo de vêtements! Une mixture qui n’est pas sans conséquence. Selon l’Agence suédoise des produits chimiques, près de 250 substances utilisées dans notre industrie textile se révéleraient préoccupantes pour la santé humaine. Vu le peu d’infos disponibles sur les étiquettes de vêtements, le consommateur n’a donc d’autre choix que de privilégier les produits labellisés Oeko-Tex 100, Fairtrade, Ecolabel ou GOTS qui bannissent les pesticides les plus dangereux et limitent les substances nocives ou les émissions dans l’air. Attention aussi aux pyjamas pour enfants aux motifs plastifiés qui peuvent contenir les fameux phtalates, dont certains sont cancérogènes et mutagènes. En cas de doute, on lavera ces vêtements deux fois avant de les porter pour la première fois. Et tant qu’on y est, on passe en revue ses tapis et ses matelas qui peuvent contenir des pesticides destinés à tuer les acariens. Ces protections chimiques sont elles aussi potentiellement toxiques.

Mais comment se fait-il que les fabricants ne testent pas ces produits avant les mettre sur le marché? « Ils le font, conclut Rixen, mais ces études ne sont pas réalisées dans des conditions réelles car elles se déroulent en laboratoire, dans un laps de temps défini et sans tenir compte des interactions avec toutes les autres substances chimiques présentes dans nos intérieurs. Et puis, les sujets de ces expériences sont des hommes et des femmes adultes en bonne santé et non des personnes plus sensibles. Or, en matière de perturbateurs endocriniens, par exemple, on sait très bien que les femmes enceintes et les jeunes enfants sont particulièrement menacés. »

Plus d’infos?

www.ecoconso.be

www.quechoisir.org

www.consoglobe.com

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