Keren Ann « Je me dis que j’ai beaucoup de chance »

La chanteuse nomade plus épanouie que jamais sur le merveilleux "You're Gonna Get Love".

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Nous l’avions quittée en 2011 alors qu’elle nous jouait une  version moderne de la Purdey de Chapeau melon et Bottes de cuir dans le très glamour/vintage « 101 ». Cinq ans plus tard, Keren Ann nous revient en maman épanouie et auteure-compositrice particulièrement bien inspirée sur « You’re Gonna Get Love ». Enregistré entre Brooklyn et Paris, ce sixième album de l’artiste israélienne nomade met en valeur des chansons soignées et profondément intimistes qui réussissent le challenge de sonner moderne tout en étant inscrites dans la grande tradition du songwriting anglo-saxon.

Aventurière dans l’âme et dans la plume, Keren Ann évoque sans détour un papa trop vite disparu (Where Did You Go?), fantasme sur une relation sentimentale irréalisable (Insensible World), nous replonge avec la sulfureuse plage titulaire dans un générique de James Bond, mais sait aussi trouver le ton qu’il faut pour évoquer des enfants partis au front. Keren, il faut qu’on vous l’avoue, cinq ans d’absence, c’était long. Beaucoup trop long…

Comment se sont faites les retrouvailles avec les chansons?

Keren Ann – Depuis la tournée qui a suivi mon album « 101 », en 2011, j’ai enchaîné différents projets: musique de théâtre, participation à des albums hommages, le film Yossi d’Eytan Fox… Je suis surtout devenue pour la première fois maman (d’une petite Nico – NDLR) en 2012. Lorsque j’ai commencé à travailler sur mon nouvel album en 2014, j’ai trouvé très vite la fluidité pour la composition des musiques. C’est quelque chose qui est resté très instinctif. Par contre, l’écriture a été plus complexe. Avant, je pouvais consacrer plusieurs heures d’affilée à une chanson. La maternité m’a poussée à m’organiser et à trouver des plages de travail plus courtes. Ça m’a obligée à aller à l’essentiel.

Vos auteurs préférés sont Bob Dylan, Bruce Springsteen, Leonard Cohen ou encore Joni Mitchell. En quoi vous influencent-ils?

K.A. – C’est mon école, j’ai grandi avec leurs chansons. Tous les artistes que vous citez fonctionnent comme des repères pour moi. J’aime notamment chez eux la répétition des mots dans les couplets ou le refrain, comme s’ils voulaient créer des frontières. Le vocabulaire, les rimes, le rythme, le flow, les couplets… Tout est conçu chez eux comme une architecture. Ce sont des vrais raconteurs d’histoire qui ont pour point commun une empathie totale pour les narrateurs de leurs chansons. Même si ce n’est pas leur histoire, ils se l’approprient. C’est ce que j’essaie de faire sur mes albums.

La suite dans le Moustique du 29 mars 2016

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